dimanche 25 janvier 2015

«Je suis toujours Matoub» - La Dépêche de Kabylie

La Kabylie commémore, aujourd’hui, le 59e anniversaire de la naissance du rebelle

«Je suis toujours Matoub»

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Parmi les personnes à qui Aït Menguellet s'est identifié, dans le contexte du "Je suis Charlie" qui a coïncidé avec son gala du 11 janvier dernier au Zénith de Paris, il y a le nom de Matoub Lounès.
Ce dernier a été joint à Tahar Djaout, Saïd Mekbel, Smaïl Yefsah et tous ceux qui ont été ciblés par les balles assassines, pour ceux qu'ils représentent sur le plan culturel, intellectuel, symbolique et de lutte identitaire. Il fait partie de cette élite décapitée par la bêtise humaine. Une bêtise "infinie comme l'univers", précise le chanteur Idir, en citant le grand Einstein, toujours à l'occasion des attentats de Paris de la première semaine du mois de janvier. La bêtise qui a mis fin à la vie de Matoub Lounès, un certain 25 juin 1998 à Tala Bounane, n'est sans doute pas si "bête" que cela, oserions-nous dire. Car, elle s'en est prise à un symbole immense, l'un des rares qui fût en communion complète, charnelle, avec la société kabyle, dans un moment où les repères commençaient sérieusement à se brouiller, où les partis politiques s'étaient montrés inefficaces, où les associations étaient neutralisées et où presque tous les médiateurs culturels, portant les espoirs et les malaises de société, étaient "clientélisés". Né le 24 janvier 1956, Matoub se fera connaître presque "en déboulant", c'est-à-dire d'un seul coup, à partir de la fin des années 1970. À la veille du Printemps amazigh d'avril 1980, Aït Menguellet, Idir, Ferhat Imazighène Imula et d'autres ténors de la chanson kabyle à texte, furent rejoints par Matoub. Son nom s'imposa rapidement. Il apportera un autre style chanté par une voix rocailleuse et disant les choses sans détour. Il ira droit au cœur de la jeunesse, assoiffée de vérités et de vivre son identité sans complexe. Pendant vingt ans, Matoub déroulera sa saga poétique, accompagnant la jeunesse dans toutes espérances de promotion sociale, de reconnaissance identitaire et d'émancipation politique. Il paya le prix fort de son courage et de sa ténacité, non seulement en étant censuré et "ostracisé" des médias officiels, mais en recevant à deux reprises des rafales de kalachnikov (octobre 1988 et juin 1998) dont la seconde lui fut fatale. Ce prix, on est tenté de lire dans ses chansons, qu'il le voyait venir, étant conscient du combat qui fut le sien, par lequel il porta les revendications historiques de la société tendant à réhabiliter la citoyenneté dans sa dimension intégrale: politique, culturelle et sociale. Il pourfendra les politiques, les militaires, le système policier, la médiocrité de l'école, l'intégrisme islamiste et tous éléments de la stérile régression qui ont affecté la société algérienne dès le lendemain de l'Indépendance du pays. Mieux, il fouinera même dans la période de la guerre de Libération, précisément dans les "purifications" qui s'y étaient produites pour y trouver les germes de nos futurs malheurs. La vie de Matoub se confondra avec le combat quotidien mené par toute la société, et ce, non seulement en se lançant de tout son poids sur le terrain des luttes, mais également dans le teneur de plusieurs de ses textes, où la frontière entre la vie réelle du chanteur, la création artistique et le combat de la société est presque effacée, donnant l'impression d'une épopée générale. Dans la longue chanson "A tarwa lhif" (1986), ce brassage est sans doute plus visible qu'ailleurs. Se mêlent alors les scènes de la vie privée, le bréviaire des errements du pouvoir politique, l'arbitraire dans la gestion du pays, les leçons et la philosophie de la vie. Avec les textes d'Aït Menguellet, de Ferhat, d'Idir et d'autres chanteurs qui ont fait de l'engagement une valeur exactement aux antipodes de l'"encagement" et de l'embrigadement recherché et encouragé par le pouvoir politique de l'époque, la chanson de Matoub s'inscrit dans cette épopée de remise en cause de l'ordre établi sous toutes ses déclinaisons: politique, sociale, philosophique et culturelle. Sa présence avait une telle prégnance que les vingt ans pendant lesquels il avait produit ses albums étaient vus et vécus comme un demi-siècle, sinon plus. Et dire que, à sa mort, Matoub n'était âgé que de 42 ans. Parti au moment où il pouvait donner davantage, en pleine maturité, à l'image de Mouloud Feraoun, un enfant de Béni Douala ayant, lui aussi, reçu une rafale de balles 36 ans auparavant, et de Tahar Djaout, en 1993, Matoub Lounès demeure plus vivant que jamais auprès d'une jeunesse qui n'a pas eu le privilège de la connaître de son vivant; une jeunesse pour laquelle le verbe de Lounès se conjugue toujours au présent et surtout au futur. Un verbe portant dans sa trajectoire les dimensions de Tamazight, de la démocratie, des droits de l'homme, de l'État de droit, de la justice sociale; autant d'idéaux pour lesquels des luttes sont menées depuis des décennies et dont les territoires se gagnent progressivement, malgré l'infortune des jours et l'adversité du moment. On a pris l'habitude de nous plaindre parfois du retard que l'on met à rendre hommage à un artiste ou un écrivain de valeur, jusqu'à ce que sa mort vienne nous surprendre dans notre torpeur. Matoub en a parlé dans "A tarwa l'hif": "C’est après qu’il meurt qu’on accorde à l’homme sa valeur". Cependant, il se situe à mille lieues d'une telle situation, sachant que la reconnaissance de Matoub s'est établie de son vivant dans une légendaire communion avec la jeunesse kabyle, et continue à être alimentée par les nouveaux combats et défis de la société.
Amar Naït Messaoud

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Inédit Matoub Lounès nous livre ses pensées sur Radio Beur.

samedi 24 janvier 2015

matoub lounes sa meilleur chanson

24 janvier 1956 : naissance de Matoub Lounès, chanteur, poète, « Algérien, Berbère, et laïc » 

A l'âge de neuf ans, il fabrique sa première guitare à partir d'un bidon d'huile de moteur vide, et compose ses premières chansons durant l'adolescence. Sa prise de conscience débute lors de la confrontation armée entre les Kabyles et les forces gouvernementales en 1963-1964. En 1968, le gouvernement algérien introduit une politique d'arabisation dans le système éducatif au détriment du berbère. Matoub réagit en n'allant plus à l'école. Finalement, il quitte le système éducatif et devient autodidacte. En 1978, il émigre en France.

A Paris, Matoub Lounès anime des soirées dans des cafés parisiens fréquentés par la communauté kabyle. C’est là qu’ Idir le remarque et l’aide à enregistrer son premier album, Ay Izem, qui remporte un grand succès. En 1980, il se produit pour la première fois à l’Olympia en plein pendant les évènements du printemps berbère. Il monte alors sur scène habillé d’une tenue militaire pour manifester son soutien aux manifestants kabyles.
Depuis la sortie de son premier album Ay izem (Ô lion), Matoub Lounès célèbre les combattants de l’indépendance et fustige les dirigeants de l’Algérie à qui il reproche d’avoir usurpé le pouvoir et de brider la liberté d’expression. Chef de file du combat pour la reconnaissance de la langue berbère, il est grièvement blessé par un gendarme en octobre 1988. Il raconte sa longue convalescence dans l’album L’Ironie du sort (1989).
Opposé à l’islamisme et au terrorisme islamiste, il condamne l’assassinat d’intellectuels. Il est enlevé le 25 septembre 1994 par le GIA (Groupe Islamique Armée), puis libéré au terme d’une mobilisation de l’opinion publique de la communauté kabyle. La même année, il publie un ouvrage autobiographique « Rebelle » et reçoit le Prix de la mémoire des mains de Danielle Mitterrand.
En 1998, il sort les albums Tabratt i lḥukem et Ilḥeq-d zzher, il y dénonce la lâcheté et la stupidité du pouvoir algérien. Le morceau Tabratt i lḥukem de l’album éponyme, est construite en « kacide » (enchaînement de musiques différentes). Le dernier morceau est une parodie de Kassaman, l’hymne national algérien.
Le 25 juin 1998, il est assassiné sur la route menant de Tizi Ouzou à At Douala en Kabylie à quelques kilomètres de son village natal. Les conditions de ce meurtre n’ont jamais été élucidées, officiellement cet assassinat est attribué au GIA, mais le pouvoir algérien est régulièrement accusé de l’avoir assassiné. Les funérailles du chanteur drainèrent des centaines de milliers de personnes, tandis que toute la région connait plusieurs semaines d’émeutes.
Cinq rues portant le nom de Matoub Lounès ont été inaugurées en France à sa mémoire : à Paris, Aubervilliers, Saint-Martin, Vaulx-en-Velin et Pierrefitte.



Ce que disait Hocine Aït Ahmed lors de l’assassinat de Matoub Lounes
« Les Kabyles ne se soumettront pas ! »
Je suis consterné et révulsé par cette exécution abominable. On a supprimé un homme emblématique, un homme de conviction. On a endeuillé une famille et toute une région. Le meilleur hommage a lui rendre doit être pacifique et non-violent, un hommage digne parce Matoub Lounès était un homme de dignité. Bien sûr, cet assassinat ne pouvait que déboucher sur une réaction populaire très forte parce qu’il représentait quelque chose de très puissant . Il y avait un rapport magico-mystique entre lui et la population. Et pas seulement avec les kabyles. Une sorte d’attachement à l’artiste qui sait trouver les mots pour exprimer les idées, les sentiments d’une population, de toute une jeunesse. Son désespoir, ses frustrations, son courage. Matoub Lounès, lui aussi, n’avait jamais peur. Ni des islamistes, ni du pouvoir. L’avoir exécuté, c’est vouloir atteindre la région et ceux qui l’habitent, en plein cœur. Je comprend très bien la réaction de la jeunesse. Dégradation sociale, violence, exclusion politique, culturelle…cette région est un véritable baril de poudre et le pouvoir n’a, à l’‘évidence, rien compris aux émeutes d’octobre 88. Quant à l’identité de ses assassins, vous savez la difficulté en Algérie d’identifier les véritables auteurs de la violence. Dimanche, par exemple, à Tazmalt, c’est le maire, chef de la milice, qui a tiré et tué un manifestant. Cette prolifération des seigneurs de la guerre s’ajoute aux activités des groupes para-militaires et crée une situation inextricable. Voilà pourquoi nous avons demandé une commission d’enquête pour mettre fin à l’impunité qui encourage les règlements de compte.

mardi 20 janvier 2015

Communiqué
Recueillement à la mémoire de Matoub Lounes
Lyes Ait Maamar, président de la coordination

A l’occasion du 59 ème anniversaire de la naissance du rebelle, la coordination MAK de Tizi Ouzou, organise un recueillement en sa mémoire le 24 janvier 2015, suivi d’un dépôt de gerbe de fleurs, à la place Matoub Lounes (en face de l'ancienne gare routière), à 11h.
20/01/2015 - 14:36 mis a jour le 20/01/2015 - 14:40 par La Rédaction

Matoub Lounès est né le 24 janvier 1956 à Tawrirt Moussa, à At Dwala, en Kabylie. Toute sa vie durant, il s’est donné corps et âme pour sa langue, sa culture, son identité…pour « son peuple », comme il le disait lui-même.
Matoub Lounès a combattu, en même temps, les deux versants idéologiques sur lesquels sont basés la négation de son peuple : l’arabisme et l’islamisme ; ces deux fléaux savamment instrumentalisés par l’Etat algérien pour organiser l’éradication du sous-continent amazigh, à commencer par la Kabylie qui est le bastion de la réappropriation identitaire en Afrique du nord.
Et si Matoub Lounès a été assassiné un certain 25 juin 1998 à Tala Bounane, ses assassins doivent savoir que s’ils ont tué son corps, ils ont immortalisé son esprit et son combat qui, désormais, vivent à jamais à travers des millions d’autres kabyles. Pour le peuple kabyle, Matoub Lounès a rejoint le panthéon des repères de leur Histoire. Il sera pour toujours l’éclaireur des consciences kabyles et le porte-voix immortel de son combat libérateur.
A l’occasion du 59 ème anniversaire de la naissance du rebelle, la coordination MAK de Tizi Ouzou, organise un recueillement en sa mémoire le 24 janvier 2015, suivi d’un dépôt de gerbe de fleurs, à la place Matoub Lounes (en face de l’ancienne gare routière), à 11h.
Le public est cordialement invité.
Tizi Ouzou, le 20 janvier 2015
Lyes Ait Maamar, président de la coordination
20/01/2015 - 14:43 par SIWEL - Agence kabyle d'information

KABYLIE (SIWEL) — Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie appelle au recueillement à la mémoire de Matoub Lounès ce 24 janvier 2015, à 11h, sur la place portant le nom du rebelle kabyle. La déclaration du MAK rappelle à ses assassins qu’ils "doivent savoir que s’ils ont tué son corps, ils ont immortalisé son esprit et son combat qui, désormais, vivent à jamais à travers des millions d’autres kabyles". Les kabyles sont appelés à s’y rendre en masse pour honorer sa mémoire et perpétuer son combat.
Le MAK appelle au recueillement à la mémoire de Matoub Lounès, ce 24 janvier à 11h

AFRANIMAN I TMURT N IQVAYLIYEN

MOUVEMENT POUR AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE

M.A.K

Coordination de Tizi Wezzu

Recueillement à la mémoire de Matoub Lounes 



Matoub Lounès est né le 24 janvier 1956 à Tawrirt Moussa, à At Dwala, en Kabylie. Toute sa vie durant, il s’est donné corps et âme pour sa langue, sa culture, son identité…pour « son peuple », comme il le disait lui-même. 

Matoub Lounès a combattu, en même temps, les deux versants idéologiques sur lesquels sont basés la négation de son peuple : l’arabisme et l’islamisme ; ces deux fléaux savamment instrumentalisés par l’Etat algérien pour organiser l’éradication du sous-continent amazigh, à commencer par la Kabylie qui est le bastion de la réappropriation identitaire en Afrique du nord. 


Et si Matoub Lounès a été assassiné un certain 25 juin 1998 à Tala Bounane, ses assassins doivent savoir que s’ils ont tué son corps, ils ont immortalisé son esprit et son combat qui, désormais, vivent à jamais à travers des millions d’autres kabyles. Pour le peuple kabyle, Matoub Lounès a rejoint le panthéon des repères de leur Histoire. Il sera pour toujours l’éclaireur des consciences kabyles et le porte-voix immortel de son combat libérateur.

A l’occasion du 59 ème anniversaire de la naissance du rebelle, la coordination MAK de Tizi Ouzou, organise un recueillement en sa mémoire le 24 janvier 2015, suivi d’un dépôt de gerbe de fleurs, à la place Matoub Lounes (en face de l’ancienne gare routière), à 11h.

Le public est cordialement invité.

Tizi Ouzou, le 20 janvier 2015

Lyes Ait Maamar, président de la coordination

SIWEL 201443 JAN 14

dimanche 28 décembre 2014




Madani Redjdal
Au milieu d'une conjoncture qui n'était pas comme toutes les autres, marquée par la guerre d'Algérie, et plus exactement le 24 janvier 1956 naquit Lounès Matoub au sein d'une famille humble et très modeste, dans la région d'Ait Douala dans les montagnes de Djurdjura, à une vingtaine de kilomètres de Tizi-Ouzou.
A l'aube de son enfance, commença à pousser chez Lounès un germe d'indocilité, un germe qui en fera de lui un Rebelle. En revanche, au cours de cette période où l'on ne trouve guère place à l'innocence, il essaya de refouler toute idée d'oppression en risquant de mettre le feu à son village; c'est sa façon à lui, en tant qu'enfant de s'insurger, de s'extérioriser, de dire non à la domination.
Il survint le jour où il partit, en compagnie d'un groupe d'enfants, turbulents comme lui, dans une cabane pour fumer discrètement. En allumant, la cahute fut prise par le feu. Toute une histoire s'est orchestrée; déplacement sur les lieux des troupes françaises, une double-enquête ! De ces dernières et des maquisards…et finalement ce n'était qu'un petit enfant, innocent, révolté appelé Lounès Matoub. Il en était fier!
Sous l'ombre d'une situation difficile, marquée par l'émigration des Algériens en France - surtout les Kabyles - à la recherche d'un emploi pour assurer une certaine vie à sa famille, le petit Lounès était contraint de vivre loin de son père parti en exil. Il deviendra ainsi le "petit homme" du foyer, aux côtés de sa mère et grand-mère qui occupaient ensemble leur maison à Taourirt Moussa. Après la naissance de sa sœur Malika, en 1963, il garda toujours son statut de "l'homme de la maison", il demeurait, alors, gâté en dépit des carences multidimensionnelles dues à une misérable situation où sombrait l'Algérie colonisée. Pour se consoler de l'absence de son père, Lounès éprouvait un puissant attachement à sa mère qu'il considérait "merveilleuse". En effet, c'était elle qui veillait sur les besoins de la maison en l'absence de son mari. En ces moments rudes, la mère de Lounès endossait toutes les charges ; se soumettait aux exigences de la vie quotidienne, chez elle ou ailleurs, et prenait en charge son enfant. Tout en s'absorbant dans le travail, qu'il soit à la maison (dans la cuisine surtout la préparation du couscous), aux champs… elle chantait - afin de se consoler - ce qui avait suscité chez son enfant une vigoureuse volonté de s'aventurer dans la chanson. Héritant le critère oral qui détermine la culture berbère, elle racontait à son fils, chaque soir, des contes kabyles desquels le futur chanteur acquiert un lexique d'une richesse "terrible".

Consciente de ce que vaut l'instruction, la mère de Lounès insistait à ce que son fils fréquente l'école avant d'atteindre l'âge requis. Mais, Lounès voyait en celle-ci une cellule, une prison qui le prive de beaucoup de préoccupations puériles; il lui réservait moins d'importance.
Scolarisé en 1961 à l'école de son village, une des vieilles écoles de Kabylie construite à la fin du siècle dernier, Lounès était un enfant bavard et ce durant toute sa scolarité. Ce qui lui a valu d'être renvoyé de l'école à plusieurs reprises.
Cependant, il préférait courir derrière la "liberté", celle qu'il retrouvait quelque part ailleurs, loin de l'école, à la chasse "pratiquement kabyle" ; poser des pièges, tendre des lacs… Véhiculé par l'innocence et l'inconscience enfantine, il se souciait moins de ses devoirs scolaires qu'aux aventures puériles.
Tout en se référant au combat opposant l'armée française à l'ALN, les enfants tel que Lounès, qui estimait les maquisards, fabriquaient des "armes" afin de peindre ce combat et lui donner une image qui leur est propre.
Etant un petit enfant, Lounès n'était pas apte de garder en mémoire tous les événements qui se sont produits durant la guerre, néanmoins il se rappelait bien de quelques scènes qui ont marqué son enfance innocente et demeuraient, a posteriori, gravées dans sa mémoire. C'est le cas des ratissages dont faisait l'objet son village, les tableaux représentant la complicité des harkis …D'ailleurs, on craignait moins les Français que ceux-là.
Lounès se rappelait également, très bien, du jour où les Kabyles qui vivaient à Alger débarquèrent chez eux fuyant l'OAS. Il s'en souvenait, très bien, puisque leurs enfants ramenèrent leurs jouets de qualité. Jalousie d'un enfant ! Quoi qu'il soit indifférent à l'école, Lounès garde en mémoire de sa scolarité, l'image des pères blancs qu'il appréciait autant qu'il respecte leur enseignement. Pour lui, ces "religieux" représentaient une lueur lui éclairant - et pour tous les enfants de sa génération - une vision sur un monde moderne qui tient ses racines de l'ancien, plutôt des ancêtres. D'ailleurs, d'après lui toujours, ils leur enseignaient même des cours d'histoire, de "notre civilisation" ; celle de Jugurtha, ils apprenaient, en outre, aux filles à coudre, à tisser, presque toutes les activités manuelles… Plus loin encore, ils s'impliquaient dans le mouvement de la guerre aux côtés des Algériens. Par conséquent, ces instructions avaient contribué de façon à faire de Lounès un homme, auquel la question identitaire devient une priorité, une préoccupation fondamentale, objet de son anxiété même. Dans un sens large, il était reconnaissant à cette qualité d'enseignement qui incarnait l'ouverture d'esprit pour ainsi devenir un véritable militant de la démocratie.
Issu donc d'une école, peut-on le dire, française, il avait le privilège de maîtriser la langue de Voltaire qui suscitera son appétit à la lecture. Il lu, alors Mammeri, Camus, Amrouche,…et Feraoun. Mais la loi de Boumediene, en 1968, portant l'arabisation de l'école - Ahmed Taleb alors, ministre de l'éducation s'en est chargé - vint tel un coup d'épée. Lounès la considérait arbitraire, telle une provocation, et même une agression à toute une région de l'Algérie qu'est la Kabylie. En revanche, il éprouvait dès lors un rejet catégorique à la langue arabe et de même à l'école coranique de l'époque dite "Zawiya". Lui qui était conscient du danger que concourait cette décision n'hésitera guère, plus tard, à crier haut et fort que le FIS, plutôt tous les intégristes soient un produit, pur et net, d'une école algérienne sinistrée.
De ce fait, après "l'indépendance" en 1962, la paix semblait s'installer, et la violence chercher un autre compartiment… Ainsi croyait-on … ! ? Mais, juste une année plus tard, la violence reconquiert la Kabylie. De cette façon, Lounès et sa génération assisteront au conflit qui opposera le régime de Ben Bella, président de "l'Algérie indépendante", aux officiers de la wilaya 3 à leur tête Hocine Ait Ahmed président du FFS (Front des Forces Socialistes). Le conflit a fait plus de 400 morts et des milliers de blessés. Krim Belkacem, un grand homme politique, signataire des accords d'Evian, s'est démarqué de ce conflit. Matoub considérait cet antagonisme comme première déchirure de la Kabylie, mais ce qui le traumatisera le plus est le fait que, 23 ans plus tard - c'est-à-dire -en 1985, ces deux personnalités (Ait Ahmed et Ben Bella), en conflit aigu, se rencontrent dans l'objectif de constituer une alliance contre le régime en place; il qualifia cette initiative d'absurde et aberrante ! En produisant un album pour exprimer son rejet à cette fallacieuse alliance, il a été traité par certains titres de la presse française, de fasciste.
Son destin est ainsi tracé. Qui aurait pensé, même pas lui d'ailleurs, qu'il allait devenir une vedette et l'homme de "la légende vivante". Il a commencé à s'intéresser et à apprendre la musique comme beaucoup d'autres chanteurs montagnards de Kabylie. A l'âge de neuf ans, il fabrique lui-même sa première guitare artisanale à l'aide d'un vieux bidon d'huile. Il commence à gratter sur les fils en plastique en jouant l'air populaire le plus connu : « Ah a madame serbi latay ». (Ah madame sers moi du thé). Lounès n'a jamais appris la musique à l'école, d'ailleurs il disait : « Je n'ai jamais étudié ni la musique ni l'harmonie. Même lors des galas, je n'ai ni partition, ni pupitre, rien. J'ai toujours travailler à l'oreille et j'ai acquis cette oreille musicale en écoutant les anciens, en assistant aux veillés funèbres, là où les chants sont absolument superbes, de véritables chœurs liturgiques. Mais on n'y chante pas Dieu, on parle de misère sociale, de vie, de mort. Ce sont des chants de notre patrimoine, que de générations d'hommes et de femmes ont chantés. Là est ma seule culture musicale. A part cela, je reconnais être incapable de lire la moindre note de musique, au point qu'il m'est impossible de distinguer, sur une partition, mes propres compositions. Tout ce que je fais, je le fais à l'oreille. Je prend mon mandole et j'essaie. Je trouve les accords, puis je compose des airs qui deviennent mélodies. A force de faire et de refaire, je les enregistre dans ma mémoire et je les retiens. J'accorde mes instrument à la voix, je n'utilise pas de diapason. Je sais que cela risque de surprendre un certain nombre de musiciens, mais je n'ai jamais utilisé de diapason. Je ne sais pas ce qui est un "la" et j'ignore la différence entre une clé de "sol" et une clé de "fa". Tout cela m'est étranger. Sur scène, je demande aux musiciens de se régler sur ma voix. C'est toujours ainsi que j'ai fonctionné, et toujours ainsi que j'ai enregistré mes disques. Plusieurs fois, je me suis dit qu'il serait temps d'apprendre la musique d'une manière rigoureuse. Puis j'ai estimé que cette "contrainte" risquait finalement de plus m'embarrasser que me faire progresser. Cela pouvait même me bloquer. J'y ai donc renoncé, et je m'en porte très bien. Et même si je n'ai aucune notion de musique, au sens académique du terme, je sais parfaitement quand quelqu'un joue ou chante faux, ou quand mon mandole est désaccordé. C'est, chez moi, une question d'instinct. Même en matière de musique, je suis anticonformiste, rebelle au carcans des règles et des lois. Et puisque cela fonctionne ainsi, pourquoi se poser des questions ? »
C'est en 1972, qu'un miracle se réalisa pour Lounès. Son père rentre au pays après 30 ans d'émigration en France. A son arrivée à la maison, il lui offre un mandole qu'il lui avait acheté à Paris chez Paul Beusher. C'était le plus beau cadeau qu'il n'avait jamais eu, car il venait de son père. Une année plus tard, au cours d'un jeu de poker il mit la mise sur son mandole qu'il perd dans la partie. Et l'année suivante, il se débrouille pour s'acheter une guitare puis commence à animer régulièrement des fêtes.
Durant l'année 1974, pendant qu'il était interne au lycée de Bordj-Menaïel, il a été renvoyé à plusieurs reprises par le surveillant général à cause de sa mauvaise conduite. C'est à cette époque qu'un grave incident lui arriva. Il blesse un jeune garçon à coup de rasoir suite à une bagarre qui s'est déclenchée dans un salon de coiffure. Interpellé par la gendarmerie, il devait être relâché le lendemain. Au tribunal, Lounès a osé demander au procureur une cigarette. Ce dernier abasourdi par un tel comportement décide de le mettre en tôle. Lounès purgea alors un mois en prison. A sa sortie de prison, il fait un stage de mécanique générale à Alger, après avoir réussi à l'examen final, il enchaîne avec six mois de formation en ajustage.
L'année d'après, en 1975 Lounès Matoub est appelé au service militaire, il rejoint Oran pour passer ses deux années sous les drapeaux. A sa sortie, il est embauché à l'économat du collège d'enseignement moyen d'Ait Douala où son père était cuisinier depuis 1972. sentant le succès lors des fêtes qu'il anime dans son village, il décide de se consacrer davantage à la chanson en tentant sa chance en France.
C'est en 1978 qu'il a débarqué en France. Un soir il anime une soirée dans un café où il gagne 4000 FF, ce qui l'encourage à monter à Paris. C'est là que le rêve commence à devenir réalité. Aussitôt arrivé à Paris, il se produit dans les cafés très fréquentés par la communauté émigrée Kabyle. C'est pendant cette période qu'il rencontre le chanteur Idir. Ce dernier l'a même invité un jour à chanter en compagnie d'autres chanteurs au palais de la Mutualité lors d'un grand récital intitulé "la nouvelle chanson berbère" organisé par la coopérative Imedyazen en collaboration avec le groupe d'Etude Berbère de l'Université de Vincennes. C'est au cours de ce concert que Matoub fait la connaissance de deux monuments de la chanson kabyle : Slimane Azem et Hnifa, d'ailleurs il a réadapté quelques unes de leurs chansons. Il manifestait, même dans ses textes, son affliction du sort de ces deux figures, l'une condamnée à l'exil et l'autre dont le cadavre fut abandonné après sa mort.
Lounès se rappelait bien du jour où son ami Idir, l'accompagna dans une maison d'édition pour faire son premier enregistrement. Son premier disque fut un succès. Puis tout s'est enchaîné de façon accélérée.
En avril 1980, la Kabylie était en plein effervescence, Matoub Lounès se produit à l'Olympia, dans une salle archicomble. Ce concert le contraint de suivre les événements de loin par le biais de la presse, depuis la France. En guise de solidarité avec la population kabyle, il monte sur scène à l'Olympia, la guitare à la main en pourtant un treillis militaire, une tenue de combat estimant que la Kabylie était entrée en guerre.
Ne pouvant rester indifférent aux événements berbère de Kabylie, il tente avec quelques militants kabyles, d'organiser une manifestation devant l'ambassade d'Algérie à Paris. La manifestation fut interdite, Lounès s'est fait embarqué par la police en compagnie de ses camarades en se retrouvant entassé dans des cellules minuscules. Depuis, Lounès Matoub a toujours répondu favorablement lors des célébrations du printemps berbère où il a animé plusieurs galas dans les milieux universitaires, notamment durant la décennie 80-90.
A l'avènement du multipartisme, pour Lounès, toujours fidèle à lui-même, la question identitaire demeurait l'objet de son militantisme et essaya, tant soit peu, d'éviter les clivages partisans. D'autant plus qu'il voyait en le MCB (Mouvement Culturel Berbère) un cadre rassembleur en dépit de toutes les césures. En effet, un certain 25 janvier 1990, date d'une marche historique, il a été désigné pour remettre un rapport à l'APN (Assemblée Populaire Nationale). Lounès déplore les divisions du mouvement, il disait : «malheureusement, c'est là où le bât blesse, lorsqu'on voit le mouvement s'effriter, alors que c'est notre force de frappe et de persuasion. Pour ma part, je ne prête pas attention à ce genre de discours. Le MCB est un mouvement qui draine énormément de foules donc sujet à des exploitations ».
Matoub qui contestait le régime sous le règne de Boumediene, garda de similaires positions pour celui de Chadli qui maintenait son indifférence à la calamité succédant le 20 avril 1980. Il lui fait grief également, à lui et son gouvernement, d'être à l'origine de ce qui s'est passé le 05 octobre 1988. En ce jour présent dans les mémoires de tous les Algériens et des Algériennes,
Les événements d'octobre 1988 ont laissé des séquelles dans le corps de Lounès. C'était le 9 octobre 1988 quand Matoub en compagnie de deux étudiants, à bord de son véhicule, a pris la destination de Ain El Hammam (ex Michelet) venant de l'université de Tizi-Ouzou pour distribuer un tract appelant la population à une grève générale de deux journées et au calme suite aux manifestations d'Alger. Intercepté par des gendarmes qui le suivaient, l'un deux tire à bout pourtant sur Lounès après l'avoir insulté tout en passant les menottes aux deux étudiants. Lounès Matoub s'effondra il est atteint de cinq balles dans l'une lui traverse l'intestin et fait éclater le fémur droit. Il est ensuite évacué vers l'hôpital de Ain El Hammam puis à l'hôpital de Tizi-Ouzou. Ensuite il est transféré à la clinique des orangers à Alger. Il y est resté six mois avant d'être transféré en France pour des soins plus intensifs à l'hôpital Beaujon le 29 mars 1989. six semaines plus tard, il anime un gala au stade de Tizi-Ouzou devant une immense foule alors qu'il portait des béquilles. En dix huit mois, il a subi quatorze opérations chirurgicales.
Au cours de son séjour à l'hôpital Mustapha, Isabelle Adjani lui rendait visite, ce qui le réconforte considérablement. Deux ans plus tard, et après un fragile rétablissement il replongeait dans le même bain ; cette fois-ci, il a été agressé par son voisin, poignardé au sein même de la brigade de la gendarmerie.
Le 29 juin 1994 lors de la marche organisé à Alger pour exiger la vérité sur les circonstances de l'assassinat du président Mohamed Boudiaf. Il était aux cotés de Said Sadi et Khalida Messaoudi quand une bombe explose au niveau de l'hôpital Mustapha faisant deux morts et plusieurs blessés.
Le regretté s'intéressait autant aux talentueuses plumes algériennes d'expression françaises, qu'il soit Djaout, Mekbel, Boucebci, Kateb, J.Amrouche … et son ami Dilem, un jeune caricaturiste qui lui inspirait l'humour, surtout l'audace et le courage. En effet, les empreintes de ces personnes illuminaient le parcours du Rebelle ; il se référait maintes fois à leurs idéaux - "Tu parles, tu meurs, tu te tais, tu meurs alors pales et meurs", "On veut nous emprisonner dans un passé sans mémoire et son avenir" -
A propos des initiateurs des doctrines obscurantistes, l'exemple de Belhadj, Abassi Madani, Kebir…, Lounès avait la nausée à chaque fois que l'on en fait la moindre allusion. Depuis un très jeune âge, il manifestait publiquement son hostilité absolue à ces courants.
Ses positions étaient formelles face aux hordes du GIA ! Cette attitude a failli lui coûter la vie quelques années plus tard ! Le 25 septembre 1994, à 21h environ, il fut kidnappé par un groupe armé qui le surprit dans un café-bar, pas loin de Tizi-Ouzou.
Son enlèvement a bouleversé toute la Kabylie qui s'est solidarisée jusqu'à sa libération survenue le 10 octobre aux environs de 20h dans un café à Ait Yenni. Durant seize jours de séquestrations, Matoub a été condamné à mort par un tribunal islamique. Grâce à la mobilisation de la population, Lounès a retrouvé les siens sain et sauf. Cet enlèvement a suscité beaucoup de spéculations à tel point que certains l'accusent d'avoir monté un scénario lui-même pour se faire un nom et avoir une grande personnalité. Quelle absurdité ! Lounès a passé quinze nuits de séquestration pendant lesquelles il ne voyait que la mort - une mort atroce - devant ses yeux, se sentait parfois interpellé moralement pour essayer de se justifier et de prouver l'authenticité de son enlèvement. Matoub disait à propos de ces gens : « ceux qui parlent de mise en scène veulent me pousser à bout. Je les gêne tant sur le plan professionnel que politique. Ce sont des individus qui aiment vivre d'amalgames, de calomnies et de mensonges.»
Depuis, en dépit de ce qu'il a subi comme « torture » psychologique pendant sa séquestration et les menaces qui pesaient sur lui, il n'a pas cesser de chanter et de continuer son combat pour tamazight, pour la démocratie et contre l'intégrisme islamiste. Pendant ces moments cruels et sous l'autorité des terroristes, il demeurait inquiet pour son sort lui, qui est conscient du danger qu'il avait concouru. Il est jugé pour ses chansons, il racontait dans son livre rebelle qu'un procès s'est déroulé dans la forêt : « " C'est toi l'ennemi de Dieu." Je n'ai pas répondu. Ensuite, il a passé en revue tous ce qu'ils avaient à me reprocher. J'ai compris à ce moment-là que mon " procès " se préparait. En tête des chefs d'accusation, évidemment, mes chansons. " C'est à cause de tes chansons que la Kabylie est en train de sombrer dans le néant, c'est toi le responsable. " Je n'avais donc que d'autre choix que d'abandonner, je devais cesser de chanter. L'exemple, le modèle qu'ils me citaient sans cesse était celui de Cat Stevens, que tous appelaient de son nom musulman, Youssef Islam. Ce très grand chanteur avait décidé du jour au lendemain de quitter sa vie passée pour embrasser l'islam et rejoindre " les rangs du djihad " »
En revanche, on lui reprochait ses "blasphèmes" recommencés à l'encontre de l'Islam et du Coran, La chanson qu'il avait écrite après la mort de Boudiaf, L'Hymne à Boudiaf, lui a valu une interpellation particulièrement vive : " Comment as-tu pu écrire sur ce chmata, cette saleté ? Tu ne sais pas qu'il a envoyé dix mille de nos frères dans le Sud algérien dans des camps de concentration ? " cependant, ils l'ont mis au même pied d'égalité que Salman Rushdie. Enfin et après un long interrogatoire qui durait des jours, c'est-à-dire, le 10 octobre de la même année, ils le libérèrent en lui confiant un message aux Kabyles.
Lounès était aussi un fervent supporter de la JSK depuis longtemps, il a d'ailleurs composé plusieurs chansons sur le club kabyle, malgré que les dirigeants de la JSK n'étaient pas favorables à ce que ce club soit une tribune d'expression pour la revendication identitaire. Le jour de l'enlèvement de Lounès, un ami à lui, tenta vainement de persuader les dirigeant de la JSK de rompre la rencontre l'opposant à un club des Aurès (un autre club berbère), Il écrit dans son livre Rebelle : « Un ami est allé trouver la JSK pour demander aux responsables du club d'annuler la partie. Refus. Il a proposé alors que les joueurs portent un brassard noir à la mi-temps. Nouveau refus. Ou les responsables ne se sentaient pas concernés, ou ils craignaient d'éventuelles représailles. Ils ont souvent manqué de courage. La preuve : je leur avais demandé de sponsoriser le Mouvement culturel berbère lors d'un match important…». « Leur refus a été catégorique, sous prétexte que le danger était trop grand. Le danger terroriste, bien sûr. Les dirigeants de la JSK à mon sens, ne sont pas réellement sensible à la cause berbère. ».
Le 24 novembre 1994, Matoub a été l'hôte du directeur de l'UNESCO, en présence de nombreux hommes des arts, des lettres et des journalistes lui rendant hommage pour son combat pour la démocratie. A l'issue de cette rencontre, Lounès a remis à son hôte le coffret complet de son œuvre. Aussi, en guise de reconnaissance et de récompense pour son combat pour la démocratie, il reçoit le 06 décembre de la même année, le Prix de la Mémoire qui lui a remis Madame Danielle Mitterrand à l'amphithéâtre de l'université de la Sorbonne à Paris. Il devient le chanteur le plus médiatisé. Sa popularité ne cesse de prendre de l'ampleur. Sa carrière de chanteur s'approfondit considérablement en faisant dans l'innovation artistique. Ses dernières productions parlent d'elles-mêmes tant sur le plan musical qu'à travers les textes.
En dehors de la France où il se produit très souvent, Lounès a animé un gala le 16 janvier 1993 à Montréal, à l'occasion du nouvel an berbère, puis à New-York le 20 janvier 1993 et en Californie le 13 mars de la même année.
En janvier 1995, il publie aux éditions Stock, à Paris, un livre sur sa vie qu'il considère comme un reflet de son parcours, il disait à propos de cela : « cet ouvrage est la somme de toutes les souffrances passées. Mon rapt, puis ma libération grâce à la mobilisation de la population a été le déclic qui déclenché le besoin d'écrire. C'était un moment important dans ma vie. Quand j'ai été blessé, la population a été pour moi d'un grand réconfort psychologique. Par contre le dernier épisode a été très fort, très douloureux. 15 nuits de séquestration c'est 15 morts consécutives. J'en garde encore des séquelles. C'est ce qui m'a motivé pour écrire ce livre. L'écrit reste comme un témoignage impérissable du péril islamiste auquel certains osent trouver des circonstances atténuantes et vont même jusqu'à le soutenir ».
Deux années après ce succès, en 1997 le rebelle rencontrera Nadia qui deviendra sa troisième femme, après Saadia. Le 25 juin de l'année suivante, revenant de Tizi-Ouzou, afin de rentrer chez lui en compagnie de sa femme et ses belles sœurs, Matoub Lounès fut lâchement assassiné par un groupe armé qui l'assaillirent en tirant sur son véhicule d'une bourrasque de balles de kalachnikov. Ainsi nous quitta à ne plus jamais le symbole de la chanson engagée d'expression kabyle. Tel un coup de tonner, l'information jaillissait de partout la Kabylie. Une grande révolte des populations de Lounès succéda à sa disparition…
Bouleversé par les événements, rattaché par la fidélité à son combat et contraint de mener sa vie telle que voulue pour cause d'insécurité, telle était la situation dont s'était retrouvé Matoub Lounès. C'est son choix ; « Moi j'ai fait un choix. Tahar Djaout avait dit : il y a la famille qui avance et la famille qui recule. J'ai investi mon combat aux cotés de celle qui avance. Je sais que je vais mourir dans un, deux mois, je ne sais pas. Si on m'assassine, qu'on me couvre du drapeau national et que les démocrates m'enterrent dans mon village natal Taourirt Moussa. Ce jour-là, j'entrerai définitivement dans l'éternité ».
De par ses textes, ses chansons, ses interventions…nul ne peut nier ni le talent de Lounès dans la chanson, ni son combat pour une Algérie debout, ni son militantisme zélé pour l'aboutissement de la revendication identitaire.
Dans son dernier album il reprend l'hymne national à sa manière, malgré les dangers qu'ils attendaient : « Je sais que ça va me valoir des diatribes, voire un enfermement, mais je prends ce risque, après tout il faut avancer dans la démocratie et la liberté d'expression »
Il était aussi un fervent défenseur du système fédéral qu'il considérait comme solution à tout les maux de l'Algérie : « Le régionalisme est une réalité politique, il s'agit de l'assumer dans un système fédéral. L'histoire a façonné le peuple algérien suivant des composantes distinctes, qui expriment aujourd'hui des aspirations contradictoires. Il faut diaboliser cette notion de fédéralisme qui est une forme d'organisation très avancée. Régionaliser, c'est donner plus de pouvoir aux régions. C'est pour le bien de tout le pays. Plusieurs exemples dans le monde montre l'efficience de cette forme d'organisation ».
Quelles que soient nos tentatives de faire valoir l'expression, les mots seront pauvres pour évoquer le sacrifice, et l'activisme de Matoub. Le moins qu'on puisse dire qu'on a perdu, un grand chantre, un vrai patriote, un véritable militant de la cause démocratique. Un Rebelle, tout cours !

vendredi 26 décembre 2014

L’assassinat d’Abane Ramdane ou l’inauguration de l’antikabylisme physique par le Clan d’Oujda

Assassinat de ABANE Ramdane - anti kabylisme
Cet homme politique kabyle d’exception dont le seul tort était de surpasser par sa vive intelligence politique tous les hommes de sa génération dans la conduite de la guerre de libération nationale algérienne et de tracer les grandes lignes du mouvement révolutionnaire consistant à créer un Nouvel État Algérien dans lequel l’élément politique l’emporte sur l’élément militaire, prônant ainsi le pluralisme politique et linguistique en Algérie, en consacrant pour la première fois dans les textes le principe de l’Algérie Algérienne. La récente pseudocrise Égypto-algérienne a brutalement rappelé à tous les citoyens d’Algérie, qui cultivent encore le sens de la souveraineté de leur État, combien ils sont encore loin de cet idéal d’État moderne dont ils rêvent encore et dont avaient pourtant tracé les contours Abane, il y a plus d’un demi-siècle de cela. Malheureusement pour eux, c’est par ce que Abane était KABYLE qu’il fut éliminé physiquement avant de concrétiser son projet historique. Au lieu et place d’une véritable république moderne et citoyenne, les citoyens d’Algérie se sont suffi d’un État archaïque complètement inféodé aux puissances étrangères et un gouvernement dont la logique de fonctionnement n’a rien à envier aux plus lugubres et sinistres sectes du moyen-âge. Ce fut le faramineux prix du sang que durent payer les pseudocitoyens d’Algérie.
Ainsi, « Abane Ramdane dérangeait beaucoup de monde, c’est pour cela qu’il a été assassiné », a déclaré l’ancien chef de gouvernement Belaïd Abdeslam, il y a quatre ans, lors d’une conférence qu’il avait animée au forum d’El Moudjahid à Alger. « Vu sa personnalité et sa persévérance, Abane commençait à s’imposer comme le leader de la révolution, ce qui n’a pas été du goût de certains », avait-il expliqué. Pourquoi ? Pourtant, il s’était engagé dans la révolution algérienne cœur et âme au point même de stigmatiser et d’isoler les « berbéristes » irrédentistes encore présents au sein de la Fédération de France. C’est parce qu’il est uniquement Kabyle !
Les détracteurs d’Abane le qualifiaient, expliquait, il y a plus de 10 ans de cela, l’ancien président Ben Youcef Benkhedda, tantôt de «régionaliste » , hostile à « l’arabo-islamisme », tantôt d’« autoritariste », voire par certains d’« agent de l’ennemi », de « traître ». En clair, on faisait mine de l’accuser de tout, sauf du véritable chef d’inculpation : sa Kabylité ! Il est kabyle et doué (donc, potentiellement inaliénable ni à l’Occident ni à l’Orient) et cela fut suffisant pour lui ourdir un complot pour l’éliminer physiquement !
Cinquante-deux ans après le crime abject de Tétouan, certains pseudo « acteurs » de la révolution hantés par les cris de Tétouan, n’ont pas hésité à s’attaquer à la mémoire de l’architecte de la révolution algérienne et néanmoins initiateur du congrès de la Soummam. Ainsi, c’est l’ancien président du Haut Comité d’État (HCE), Ali Kafi, qui a inauguré la série d’attaques contre Abane. La campagne orchestrée par l’ancien patron de l’O.N.M. visait à souiller la mémoire d’un héros qui, en 1956, avait réussi à rassembler les chefs des régions militaires autour d’une plate-forme fondatrice de l’État algérien. Ali Kafi présentait dans ses Mémoires intitulées « Du militant politique au dirigeant militaire », Abane Ramdane comme un despote qui ne cherchait qu’à « étendre son pouvoir sur la révolution et à arracher ses leviers de commande à la délégation extérieure ». D’ailleurs, selon l’auteur, Abane Ramdane n’avait ni une orientation de gauche ni des ambitions idéologiques. L’ancien président de l’O.N.M. ne s’est pas arrêté là, il est allé plus loin dans ses accusations en remettant en cause y compris l’engagement militant d’Abane. Selon M. Kafi, « Abane avait des contacts secrets avec l’ennemi qu’il n’avait pas divulgués à ses collègues dans la direction jusqu’à ce qu’ils les aient découverts par leurs efforts et leurs propres moyens ». En effet, pour tuer son chien, on l’accuse de la rage, dit le dicton. Dans sa volonté de justifier l’assassinat de l’organisateur du congrès de la Soummam, Ali Kafi écrit, que c’est pour donner suite « aux soupçons qui ont entouré Abane », que ses collègues l’ont persuadé d’aller avec eux au Maroc sous prétexte de rencontrer le roi Mohammed V.
« Là il fut jugé et exécuté », souligne l’ancien président du H.C.E. qui ne cache pas sa haine viscérale contre Abane. Pour sa part, il y a 7 ans de cela, le pion des services secrets égyptiens, Ahmed Ben Bella pour ne pas le nommer, avait affirmé, sur une chaîne arabe (El Djazira), qu’« Abane Ramdane n’a jamais été dans le premier noyau qui a initié la guerre de libération. Il n’a jamais fait partie de l’Organisation spéciale (OS) ». Peu de voix algériennes, hormis des voix kabyles, sont élevées pour clouer le bec à cet imposteur ! Pour rappel, le chef d’inculpation qui avait été retenu par la justice française lors de l’arrestation d’Abane en 1951 était son appartenance à l’O.S ! Lors de cette émission télévisée, l’ancien président algérien réaffirmait notamment ses accusations contre Abane Ramdane qu’il décrivait comme un agent de la France!
Pis, Ben Bella affirmait que « Abane était en relation avec le gouvernement français », qui explique que « c’est ce qui a conduit à neutraliser Abane puis à l’exécuter (à l’assassiner en réalité pour être cohérent avec les formes) au Maroc ». Une manière pour l’ancien président déchu de justifier l’assassinat d’Abane. Ces accusations ont soulevé un tollé de protestations de l’ensemble de la Kabylie pour dénoncer ces propos injurieux et calomnieux. Cinquante-deux ans après l’assassinat de l’enfant d’Iazzuzen, son œuvre, sa conception de l’État, son intelligence politique, son franc-parler, sa résistance, son militantisme et son engagement dérangent encore certains dirigeants et responsables. Même mort, Abane Ramdane continue à faire peur aux usurpateurs de la souveraineté populaire et autres imposteurs de la révolution.
La Kabylie autonome n’oubliera jamais le sacrifice des meilleurs de ses fils et l’honorera tous les 26 décembre de chaque année afin que nul Kabyle n’oublie sa figure généreuse, son dévouement et son sacrifice pour doter l’ensemble algérien d’un État libre moderne inféodé à aucune officine étrangère. La Kabylie autonome plus que jamais est aujourd’hui déterminée à imposer son autonomie régionale sur le terrain pour soustraire sa personnalité identitaire, culturelle, linguistique et historique de la flétrissure dont s’est ligué le Clan d’Oujda, assassin d’Abane Ramdane pour s’accaparer par trahison du pouvoir absolu de l’État. La Kabylie se relèvera comme un seul homme et demandera des comptes pour le sang versé par ses fils.
L’État régional kabyle n’oubliera jamais ses martyrs, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain. Il les honorera tant que durera l’histoire !
Dahmen at Ali

lundi 22 décembre 2014



Inauguration d'un rond-point Matoub Lounès à Massy


L'association franco-berbère de l'Essonne et la ville de Massy (91) inaugurent un rond-point Lounès Matoub Lounès le samedi 24 janvier 2015 à 10h en présence du Sénateur-Maire de Massy Vincent Delahaye et Na Aldjia.
Angle du Boulevard du 1er Mai
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Massy
Dates: 
Samedi, Janvier 24, 2015 - 10:00