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mardi 21 août 2012

Quand être Kabyle est déjà un combat!


Quand être Kabyle est déjà un combat!

August 28, 2011
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Les maisonnées humbles qui s’agrippent aux cimes, les villages comme des miradors qui épient au lointain, au qui-vive du plus ténu murmure qui annoncerait l’ennemi, l’ailleurs, l’extérieur… les robes des nubiles avec des foulards d’où dépasse une culture, les chants dans les épousailles, l’espace public de Thajmaath, notre relation avec les éléments, avec les divinités, avec la religion et les religions, tout cela, et bien davantage, énonce clairement une singularité, une histoire à part qui servirait mieux le grand pays, l’Algérie, si on lui donnait tous les outils pour s’exprimer, toute la liberté pour s’accomplir et s’épanouir  pleinement. Il en va de même pour toutes les cultures qui expriment l’espace méditerranéen, humain…   
-          Vous êtes arabe?
-          Non.
-          Vous avez un accent pourtant!
-          Pourquoi chaque bonhomme avec un accent se doit d’être arabe? On a inévitablement une dissonance lorsque la langue ne nous est pas maternelle. Si un français vient en Algérie c’est lui qui a l’accent, mais, si c’est moi qui vais à Paris, c’est moi qui a l’accent. 
-          Quand même, il n’y a pas de mal, je travaille ici depuis plusieurs années, je parle quotidiennement à des gens de toutes races; je sais reconnaître un accent, quoi!

C’était l’espace d’une communication téléphonique. Le bonhomme voulait me vendre un abonnement à un journal. Pour parler rond, il était un publicitaire. Aussi, Afin qu’il communique mieux avec son interlocuteur, il crut bien ou mieux de personnifier, de sympathiser, d’engager la discussion. Normal dans le pays de la prévalue, sauf qu’il se prenait mal à mon humble avis. Du reste, il n’était pas sûr que je sois arabe. Mon prénom ne sonne pas arabe. Le bonhomme hésita, son français était, disons, correct, de ces français qui transpirent l’héritage colonial, mais le prénom l’embrouillait apparemment; il ne lui disait pas grand-chose. Alors, pour faire court, il en vient à sa besogne : je ne pouvais qu’être arabe!
-          Êtes-vous un immigré?
-          Oui.
-          De quel pays?
-          D’Algérie.
-          Vous êtes arabe je vous disais!
        Il conclut. Il croyait sans doute que je n’étais plus pour placer une seule. Sa voix chevrotante respirait d’emblée la certitude. Ça y est, devait-il se dire, voici comment est ébruité le mensonge; que l’y a-t-il obligé?
-          Non, dis-je benoîtement, je ne suis pas arabe.  
-          Mais l’Algérie est arabe pourtant cher ami. 
Un brin de colère mettait des cailloux à ma voix. Ou peut-être était-ce de dépit, de mollesse à vouloir engager la discussion; il était sûr, peut-on convaincre quelqu’un qui est sûr. Oh! Des conneries pareilles on en boit chaque jour la coupe jusqu’à la lie. Des manuels scolaires, officiels, académiques, critiques tout ce que vous voulez, ne nous gloussent-ils pas journellement que nous ne pouvons être autre chose qu’arabes; des enturbannées à chaque coin de venelle qui nous plombent de leurs fadaises sur la langue du paradis, sur la condition sine qua non pour y accéder; des enseignants, enfin des ouailles aux cervelles enchevêtrées d’inextricables toiles faites d’à priori, de préjugés et de certitudes indiscutables et indiscutées. Bref, si j’étais là, à l’autre bout du fil, dans un pays qui a posté à la lisière de chaque poche un moralisateur pour nous voler avec en sus la conscience du devoir accompli, à répondre à une publicité en de lointaines contrées avec, pour une fois, l’une des rares choses pour lesquelles je me sens le droit d’être sûr, la certitude que je suis un berbère, un kabyle, c’était, pour tout dire, déjà beaucoup.
-          Je suis un berbère, dis-je pour résumer sans grande conviction eu égard à l’inanité de la discussion qu’il voulait engager avec deux pailles d’outils savants.   
Parce qu’au fond, je n’avais pas pensé important de m’étaler quelque peu. Du genre un saut dans le passé, puiser dans l’histoire plusieurs fois millénaire, faire appel à des noms, à des lieux de mémoire, à des légendes, à des mythes, à des évènements; bref, fouiner un tantinet du côté de l’ancêtre. Parler comme dirait un historien, raisonner savamment comme ferait le livre savant qui fait appel aux outils méthodologiques et scientifiques des sciences humaines. Mais qu’en aurais-je glané? Un rire narquois tout au plus. Le bonhomme d’ailleurs m’était parvenu dans ma tête même physiquement. Fallait juste qu’il annonçât la prochaine carte. Voila, s’il n’y avait pas le voile virtuel du téléphone, je jurerais que la rougeur escaladait déjà sa frimousse ou le dévalait, c’est selon. Ma réponse était une injure, une offense. Il en avait le fer au flanc. Pour preuve, quelque colère égosillait sa voix.  

-          Mais c’est pareil, me dit-il.
-          Non, dis-je.
-          Pourquoi?
-          Pour rien, parce que je ne suis pas arabe. 
-          Mais moi aussi je suis algérien.   

J’éclatai d’un franc rire. Tant mieux pour ma convivialité de Kabyle ou d’homme. Après tout n’était-il pas mon hôte? Virtuellement du moins. Il était chez lui du moment que je lui concédais le droit d’essayer de me convaincre pour m’abonner à son journal. Hormis, bien entendu, qu’il me faisait perdre mon temps dans une certaine mesure.
-          Puis-je vous demander monsieur pourquoi vous riez? me dit-il tancé.
         Il reprenait du service. Un publicitaire qui affûtait le verbe, qui savait soudoyer l’émotion à faire avaler des couleuvres, qui cajolait dans le sens du poil le sentiment de son client. J’ai pensé que ce pouvait être un superviseur qui passait par là. Au pays de du tout consommable, y compris le sentiment et l’humanité, l’idéologie est monnaie ou alors elle ne vaut pas la chandelle. Peut-être étais-ce une affaire d’orgueil : un arabe, se pensait-il peut-être, pure souche peut-il enfin se laisser enquiquiner par un kabyle? La question est peut-être exagérée, mais, tout bien pensé, je ne le crois pas. Pas du tout. Un bonhomme, il raisonnait comme le téléphoniste, un algérien habitant à 80 kilomètres de Bejaia, m’avait dit un jour qu’il ne savait pas pour les 130 morts kabyles, assassinés un printemps durant, au su et au vu d’une planète civilisée qui caquète sur tous les toits le droit, la dignité, la démocratie et tout le tralala; il n’en a jamais entendu parler! Mais, sans qu’il le sache, me fiant à ses dires, il m’avait dit que de toute manière, nous, les kabyles, nous cherchons les poux dans des têtes chauves. J’ai dit au téléphoniste publicitaire :
-          Je ris, j’en ai le droit; tu es dans ma maison à ce que je sache… et puis, tu veux le savoir, c’est tout simple : votre syllogisme me fait rire…
-          Pardon!
-          Je te résume. Aristote en des temps anciens, dans la Grèce antique, a inventé ce que l’on nomme en arabe El Mantik, le syllogisme ou la logique aristotélicienne. Tu t’en souviens peut-être; je te donne un exemple : l’Algérie est arabe, je suis algérien, donc je suis arabe.  
-          Est-ce que vous êtes intéressé monsieur par mon offre.
-          Non.
-          Je vous souhaite une belle soirée…
 Point. Si je disais maintenant que je ne voyais pas, mais alors pas du tout, où était l’offense qui fit qu’il coupa court, serais-je pour autant orgueilleux, incommode, insolent? Pour sûr que non. D’ailleurs une histoire similaire m’était arrivée il n’y a pas bien longtemps. Nous étions quatre nord-africains, enfin quatre maghrébins. Un collègue belge nous questionna :
-     Êtes-vous arabes?
-          Oui, a dit naturellement l’un d’entre nous.
-          Non, crus-je dans le devoir de corriger, moi je ne suis pas arabe, je suis berbère.
-          Qu’est-ce que tu veux dire par là? dit le bonhomme en question un peu confus.  
-          Rien., que je suis berbère kabyle et amazigh d’Algérie. .
-          Je peux te faire une remarque?
-          Deux si tu veux!
-          Je n’ai jamais compris votre manie, vous les kabyles, surtout les kabyles, à vouloir vous distinguer, à mettre votre cheveu à chaque soupe…
-          Je vais t’expliquer puisque tu me poses la question : si j’étais arabe je serais fier de l’être, mais comme je ne le suis pas, je ne peux être fier de ce que je ne suis pas.  
-          Ah! Ok… Mais nous sommes tous des algériens.
-          Oui, si tu avais dit que j’étais un algérien, je n’aurais rien pu rajouter, parce que tu aurais dit vrai.
La question : est-ce une affaire de culture? Oui, si tant est que la culture soit une production sociale de l’homme qui exprime un espace lieu et temps. Quand tu as des écoles qui ne sont que lieux de cultes de diverses idéologies funestes, c’est sûr qu’il est grave d’être autre chose qu’arabe et musulman. Quand le violeur qu’était Okba Ibnou Naffa est glorifiée et qu’est avilie, reniée et interdite l’histoire de Dihia, l’autochtone violée; quand les ouragans et sirocos aux exhalaisons pestilentielles sont source de fierté et que notre histoire plusieurs fois millénaire est à la poubelle, enfoncées à mille et un lieux sous les couches de la mémoire savante, eh bien, tu as en finalité des hommes et des femmes qui sanctifient l’absurde, qui se pensent dans l’ultime vérité à défendre becs et ongles, griffes et dents; tu as des gens qui te disent arabes à la barbe de ta maman.
Un sociologue des religions égyptien, Sid El Quomni en l’occurrence, menacé de mort pour apostasie, ironise avec ses mots à lui, dans un égyptien pur terroir, sur les innombrables conquêtes de l’Égypte par les conquérants musulmans : « Tu es venu; tu as dis vouloir répandre l’islam, la parole de dieu. Ok, tant mieux, bienvenu! Tu es au mieux un messager sincère de Dieu, au pire, un prosélyte qui voulait nous extorquer. Mais, tu nous as demandé de l’argent pour que tu nous protège; la Dthimitude pour les chrétiens, juifs et païens, la protection pour les musulmans, et ce, bien que nous soyons sur la terre d’Égypte, notre patrie depuis des millénaires. Puis, tu es resté, tu t’y es plu. Comment ça s’appelle cela historiquement et humainement? Ça s’appelle une conquête cher Monsieur, une colonisation, une spoliation, une domination. Parce que la question lancinante est celle-là : pourquoi tu n’es pas reparti après avoir répandu ta religion? C’est donc que tes intentions ne soient plus désormais d’ordre divin ou humain ».
Et si l’on mettait toutes ces considérations objectives qui classifient le colon et l’indigène, le violeur et le violé, le voleur et le volé, etc., si on persistait toujours et  n’empêche à enseigner le mensonge aux écoliers, si on disait que l’histoire païennen’était guerre de l’histoire, puisque les ancêtres animistes, juifs ou chrétiens, à l’instar de Saint Augustin, de La Kahina, de Jugurtha… ne peuvent avoir l’honneur d’être des musulmans, parce que l’Algérie, la vraie, c’est Okba, les Oulémas, la luminescence arabe qui a heureusement avalé les ténèbres accumulées des peuples égarés que nous étions avant l’avènement du jour de la raison, serait-on dans le droit de dire que nous enseignons l’histoire, que nous nous éduquons à la lumière de temps modernes, que nous aurions un peuple aux cimes de son humanité et humaniste? 
      L’histoire, disait l’imminent historien français Fernand Braudel, n’est pas celle desfaux sommets, celle de l’idéologie qui façonne l’histoire en blocs, en hommes uniformes et homogènes, en évènements objectifs et prévisibles. L’histoire est une lame de fond qui traverse les âges, charge les hommes de sensibilités, de mémoire collectives mais aussi individuelles, de parcours de groupes mais aussi d’individus, d’espaces subjectifs, spontanés ou construits; l’histoire est le tout sans être un tout. L’Émir Abdelkader est notre histoire, Jugurtha est notre histoire, Kahina est notre histoire, les dictateurs sont notre histoire, le colonialisme est notre histoire… Okba est notre histoire. 
Cependant, voici quelques mensonges endossés à notre histoire et que les badauds reproduisent comme des cantiques ânonnées par les enfants: les hordes d’Okba, disent les manuels en d’autres mots, ont pacifiée Thamazgha, l’Afrique du Nord, à coups de roses, de sérénades et de poèmes; chaque arabe avait pris pour épouse une berbère et vice versa! Est-ce historique? Non, une couleuvre indigeste, ou non, une connerie incroyable à mâchouiller!  La vérité historique qui nous enseigne par les outils des sciences humaines qu’aucune conquête ne se fait pas sans le sang. Donc, il aurait fallu que nos manuels disent à la place ceci : à coups de haches, de glaives, chevauchant des étalons intrépides, à la tête d’une nuée d’escadrons, des guerriers sanguinaires et impitoyables, convaincus ou pas, car, qui avait un but lucratif, qui le pouvoir, qui voulait se taper la chaire des amazones berbères, qui voulait spolier des terres, etc., sont venus; ils ont violé, volé, rapiné, tué, massacré et le hic ne sont pas repartis. Qu’ils aient dit Aslim Taslam ( Deviens musulman, tu auras la vie sauve! ), là est une autre question. Toutes les religions ont raconté cela aux conquis; le christianisme à la conquête du nouveau monde, le judaïsme pour justifier le viol de la Palestine…  L’apothéose! Quelques années plus tard, ils n’étaient pourtant installés que dans les espaces urbains, ils nous dirent que le peuple berbère était désormais arabe. Voyons la chose en termes simples, avec des mots de tous les jours: je suis le propriétaire d’un lopin de terre, je l’ai hérité de mon père, et lui pareillement de grand-père et grand-père de mon arrière grand-père, etc. Tu débarques un jour, tu m’y vois suspendu à mon antique araire derrière une paire de bœufs; j’y creuse mes sillons pour mon carré annuel de navets qui m’aide à pourvoir aux besoins de la fratrie. Soudain, tu me dis qu’au nom de dieu sait quoi, la terre t’est confisquée; tu m’en spolies, tu m’affames par conséquent; passent plusieurs années, voire des siècles, tu enseignes à mes arrières rejetons que la terre est tienne voila des lustres et qu’au nom de dieu, l’ancêtre s’en était délestée, le cœur gonflé de joie et de fierté pour le sacrifice voué à Dieu,  serait-ce authentique comme histoire? Serait-ce de l’histoire tout court? Non. Et si tu persistes n’empêche à enseigner ce genre de fadaises et que l’on te dise que c’est faux, serons-nous les fautifs, les fauteurs de trouble? Bien sûr que non. Enseigner une histoire pareille c’est continuer à violer la culture vernaculaire des gens, c’est persister à les violer chaque jour tout en criant haut et fort le droit féodal du pucelage…
Un autre exemple : les oulémas dans le sens du poil théologique, les Ibn Badis et consorts, des illuminés investis par l’ordre céleste, ont enclenché la révolution algérienne; celle-là même qui a ébranlé les soupentes du système colonial. Vrai ou faux? Faux. Tous ces gens étaient assimilationnistes. Que tu les aimes ou pas, que tu en aies des affinités ou pas, l’histoire est entêtée. Voici ce que l’histoire  dit sur cela en général : les pouvoirs cléricaux, religieux si l’on veut, ont toujours été de pair avec les tyrans, pas toujours mais la plupart des temps. Pourquoi? C’est historique, le dogme a besoin de pouvoir, de force et d’influence pour se répandre. Les donatistes berbères ont été sacrifiés par l’église dont faisait parti le concepteur de La guerre juste saint Augustin; le clergé musulman a soutenu Hitler pendant la deuxième grande guerre; le Vatican a soutenu le nazisme; l’église a soutenu la conquête du nouveau monde; le clergé islamique a justifié les conquêtes… parce que l’expansion est inhérente au pouvoir en place… La révolution algérienne a été déclenchée par des gens qui ne pensaient pas que la charia est le système idéal pour gouverner les algériens.  
 
Les républiques islamiques connues de par le monde sont l’Iran, le Soudan, l’Afghanistan, l’Arabie; elles règnent au nom de dieu; un homme a le droit de violer son épouse parce elle lui est terrain de labeur, une femme est lapidable pour un soupçon, une main est coupée pour un œuf, un homme peut être polygame mais jamais une femme polyandre, le citoyen est croyant, l’incroyant est pendu, le divergent religieusement est sous homme, un Dhimmi, etc. La question : est-ce de dieu? Bien sur que non. Ou alors il gouverne mal et est vindicatif et cruel. Je ne peux imaginer dieu comme ça. La preuve, pas un seul bonhomme de ses républiques qui ne rêve pas d’accoster en des îles païennes et hérétiques: Amérique et Europe.  Avez-vous déjà entendu parler d’un clandestin qui trépassa pendant son périple vers l’Arabie? Non. C’est les mers nous séparant des mécréants qui vomissent journellement des corps sans vie de rêveurs s’en allant conquérir leur droit à la vie…
La Kabylité pour revenir, la Kabylie comme est la négritude pour Léopold Sédar Senghor ou Aimé Césaire, deux immenses penseurs qui repensèrent la couleur figée dans les imaginaires. Quand je dis que je suis Kabyle, il n’est nullement dans mon intention de dire que je déteste les arabes. J’aime les arabes comme j’aime n’importe quel peuple au monde, comme n’importe quel être humain qui partage mes valeurs. Je les aime d’autant plus quand le vin capiteux de Abu Nawas auréole le cerveau de tendres chimères, quand Abu El Alla El Maari ose la question qui ne sied pas aux dogmatiques, quand il met la question existentielle à l’épicentre de l’homme; je les aime quand Averroès encourt la mort pour avoir osé dire et penser, quand Majnoun de Layla s’emmaillote du silence mystérieux d’Arabie pour puiser dans les jarres célestes des mots comme des flèches qui font dans les coeurs des dégats irreversibles; je les aime davantage quand El Moutanabi ou Ibn Arabi font papillonner dans le firmament de leurs mots rêveurs et hardis, quand Omar El Khayam, éperdu, fou amoureux, ivre de la vie, parle de cette dernière comme d’une ivresse où une femme belle, bardée d’interdits et d’attributs, est l’échanson; je les aime quand la diversité culturelle, sociale et historique leur était un socle pour le vivre ensemble; j’aime la civilisation arabo-musulmane quand elle avait les cercles de débat, les espaces de la dispute intellectuelle (Halakat El Kalam, Al Mounadhara…, jadis, quand le tout confluait vers l’homme, l’humanisme, la rencontre avec l’autre… Mais quand Ibn Badis dit que l’Algérie est arabe et que l’instituteur aux boutons purulents avec sa langue qui scie du bois à longueur d’année me dit qu’il est un messie, je ne puis que rejeter en bloc ses salades…
L’autre jour une collègue me dit que c’était donc pour cela que je ne considérais pas Ibn Badis penseur.  Oui, c’était pour cela en partie, mais il ne m’est pas un penseur parce qu’objectivement il n’a rien donné à la science. Si attaquer le sophisme algérien était de la science qui justifie le 16 avril journée de science en Algérie, eh bien, il faudrait redéfinir l’espace des sciences.  Ibn Badis arrivait avec la certitude que nous avions, nous les algériens, tout faux, or, la science n’est sûre de rien, elle répond juste à Comment! Elle ne peut répondre à Pourquoi.
Qu’a fait Ibn Badis de ma berbérité? De ma mère à qui je traduis à 100% le bulletin sibilant du vingt heures de la muette algérienne unique qui scie du bois à longueur du temps? Elle ne comprend pas un traitre mot de l’arabe; elle n’a pas été à l’école ma mère. Est-elle arabe malgré tout? 
Les maisonnées humbles qui s’agrippent aux cimes, les villages comme des miradors qui épient au lointain, au qui-vive du plus ténu murmure qui annoncerait l’ennemi, l’ailleurs, l’extérieur… les robes des nubiles avec des foulards d’où dépasse une culture, les chants dans les épousailles, l’espace public de Thajmaath, notre relation avec les éléments, avec les divinités, avec la religion et les religions, tout cela, et bien davantage, énonce clairement une singularité, une histoire à part qui servirait mieux le grand pays, l’Algérie, si on lui donnait tous les outils pour s’exprimer, toute la liberté pour s’accomplir et s’épanouir  pleinement. Il en va de même pour toutes les cultures qui expriment l’espace méditerranéen, humain…   
 La Kabylie, l’Algérie, le pays des ancêtres, le pays de l’authenticité, de la pluralité, de la diversité, fait peur, affole; la patrie de la différence  fait perdre la raison comme une magnifique femme, une amazone pucelle qui donne des envies irrépressibles de viol.

H. Lounes

jeudi 14 juin 2012

La Kabylie Un Bastion De Resistance Et De Rebellion (rétrospective historique)


Ajoutée par aghrive06 le  5 févr. 2010
Le wali de Tizi-Ouzou annonce que « la couverture sécuritaire de la wilaya sera renforcée, à court terme, par de nouveaux apports structurels ». Il précise que les 21 daïras de la wilaya seront dotées de sûretés urbaines et que « des unités spéciales de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et le banditisme » seront mises en place.


Et finalement, dans une bouffée de défiance quil a du mal à dissimuler, il annonce que les 67 communes de la wilaya seront dotées chacune dune brigade de gendarmerie avant la fin 2010.


M. Mazouzi qui sest reclus dans son bunker de Tizi-Ouzou depuis que son cortège a fait lobjet dune embuscade aux environs dAin El Hammam fait semblant dignorer quil y a actuellement plus de policiers, gendarmes, militaires au mètre carré en Kabylie que nulle part ailleurs en Algérie. Sans compter les innombrables barbouzes du DRS qui écument les villes et les campagnes.


En Kabylie, nul nignore que Bouteflika et Zerhouni ont transformé toute la région en un casernement démesuré qui ressemble à une occupation militaire qui nose pas dire son nom.


Le peuple kabyle nest pas près doublier le comportement des gendarmes durant le Printemps noir où partout, ils ont tiré, tué et blessé des centaines de citoyens. Sans parler des obscénités dardées par la voix et le geste face aux façades dimmeubles dans les rues et les places publiques.


En Kabylie, les escadrons de gendarmerie quils sappellent brigades ou unités spéciales sont assimilés à un corps expéditionnaire chargé détouffer les libertés si chères aux Kabyles et dimposer dans le détail un mode de vie de soumission et de fatalisme dinspiration arabo-islamique.


Par la bouche de M. Mazouzi, on apprend que le régime compte réserver à la Kabylie un traitement « spécial » et cette spécification va prendre corps à travers des « Sections spéciales dIntervention ». Connaissant lanimosité et lesprit vindicatif qui caractérisent les tenants du régime envers la Kabylie, il y a tout lieu de sattendre au pire sur le plan de la répression quotidienne.


Lhistoire récente a appris à lhumanité que quand un État parle de « mesures spéciales » destinées à une population spécifique, cest le commencement dun génocide ourdi. Le monde a connu ce quil y a de pire dans le domaine, à limage des Schutzstaffeln, Sonderkommandos et autres Einsatzgruppen. Mais peut-être que lesprit malade de nos dirigeants nous réserve-t-il un nouveau raffinement ? Car jusquà présent, cest le seul domaine où limagination de nos dirigeants phosphore à plein régime.


Pour autant, la Kabylie qui a survécu durant la colonisation à 14 assauts militaires de grande envergure, dont les expéditions tragiques de 1857, 1864, 1865 et 1871, et qui sest immunisée contre 15 siècles dacculturation est plus que jamais déterminée à vivre libre et souveraine sur son territoire.


Ce ne sont pas les menaces et les gesticulations dun pouvoir aux abois, miné par une corruption devenue mode de gouvernance qui va aliéner ou altérer une raison kabyle qui a surfé sur 2000 ans de domination étrangèr


mercredi 13 juin 2012

La hogra, un mal algérien


La hogra, un mal algérien
L’injustice et l’humiliation en Algérie
Depuis pas mal de temps, le lexique algérien a intégré des mots d’un genre particulier, tels que hagar et mahgor, ce qui veut dire, en plus atténué, oppresseur et opprimé. Institutionnalisée par l’occupant pendant la période coloniale, les Algériens acceptent mal que soit reconduite une telle pratique et appellent, par sa dénonciation, à l’égalitarisme citoyen qui a toujours fait défaut entre gouvernants et gouvernés.
Lorsque Mohamed, jeune père de famille, apprend que la wilaya de Chlef compte raser le bidonville dans lequel il habite, son corps est au bord de l’explosion. La colère, tant réprimée au vu des rejets de demandes de logement et des innombrables frustrations, se heurte au mépris affiché par les responsables de l’APC de Chlef avec lesquels il souhaite avoir une explication. Bien sûr, les responsables locaux, par cynisme ou par dépit, ne voudront pas le recevoir, prétextant des affaires plus urgentes. Cette fin de non-recevoir est vécue comme un affront. Le jeune homme perd patience, la colère grandit jusqu’à prendre le dessus. Dans un sursaut suicidaire, il s’asperge d’essence et tente de mettre fin à ses jours.
Ce sentiment mêlant humiliation, injustice et violence est bien connu des Algériens, ils l’appellent : "Hogra". Ce mot, qui n’a pas d’équivalent sémantique dans les autres langues, est utilisé par les grévistes, toutes sections confondues, par les jeunes en mal de considération, par les chômeurs en quête d’occupation ou par les femmes peinant à trouver leur place dans une société machiste.
Pour Amir, étudiant, la hogra fait partie de la vie de tous les jours. « La hogra c’est lorsqu’on te retire ton permis de conduire pour une broutille, quand toutes les portes de l’administration se referment et qu’il n’y a même pas où déposer une réclamation, quand on te fait poireauter des heures pour un banal papier administratif. En somme, c’est la routine. » D’après lui, elle tire ses origines de l’apparition de ce qu’il qualifie de « secte d’intouchables » qui se croirait au-dessus des lois.

C’est aussi, selon lui, le « règne de la médiocrité » et la « déchéance des valeurs ». Les plus âgés diront qu’ils ont toujours connu ce sentiment, de la période coloniale à l’indépendance du pays. Certains se rappellent sans doute de l’appel du président Ben Bella, en octobre 1963 lors La guerre des sables, dans lequel il criait : « Hagrouna el merrakchia. »
Bouziane Benachour, journaliste et écrivain, auteur d’un roman intitulé simplement Hogra, considère que c’est là un concept strictement algérien, parce qu’il est le cri « communautaire » des exclus – de tous les exclus – et de toutes les exclusions face à la machine bureaucratique insinuée magistralement dans les arcanes de l’Etat-nation et de ses tentacules. « Le mot hogra, dit-il, ne peut être approché par d’autres langues mais ne peut être effectivement rendu qu’en langue populaire algérienne. Hogra n’a qu’une seule nationalité : algérienne, qu’une couleur, la couleur des sans-voix, qu’un emblème, celui des sans-grade, ceux qui ne sont inscrits dans aucun réseau », une définition de Mouloud Hamrouche. « Depuis, la hogra est restée telle quelle. Le concept n’a pas bougé. Son sens premier non plus . »

Selon le sociologue Abdenasser Djabi, les accusations de hogra se multiplient à mesure que les inégalités se creusent. « L’Algérien qui a vécu la hogra pendant la période coloniale la rejette aujourd’hui. Ce refus s’est cristallisé en une forme de culture politique populaire appelant à l’égalitarisme », décrypte-t-il, en précisant que le rejet de la hogra reflète le refus de l’inégalité sociale entre les Algériens.
Le fait est, d’après le sociologue, que dans l’imaginaire collectif, la société algérienne a toujours été homogène, du moins idéologiquement. L’émergence d’une nouvelle classe qui n’éprouve aucune honte à étaler son faste et sa puissance creuse l’écart et attise le sentiment de marginalisation. « La société algérienne, dans les campagnes ou dans les ville croit avoir vécu une hogra émanant du colonisateur, qui a failli être une hogra "acceptable". Mais la hogra de l’Algérien envers l’Algérien est, elle, inadmissible », souligne Nacer Djabi.
Haggar et mahgour
Mais si l’Algérien était à la fois bourreau et victime, le haggar et le mahgour de la société algérienne ? Pour mieux étudier ce phénomène, Salaheddine, cadre dans une entreprise privée, recommande d’observer le comportement des conducteurs sur une autoroute : « Les voitures 4x4 y narguent les Renault Symbol et celles-ci doublent les Maruti qui, à leur tour, dénigrent les vieilles R4. »
La moindre once de pouvoir autorise ainsi un comportement méprisant envers les autres. « Malgré son rejet de la hogra, l’Algérien la pratique chaque jour, souligne Djabi. L’enfant algérien subit la hogra dans la rue, à l’école ainsi qu’à la maison, car le père algérien est un "grand haggar", usant de son autorité sur la femme et les enfants. Cependant, il subit, lui-aussi, la hogra dans son milieu de travail de la part de ses supérieues hiérarchiques. » Au final, on est tous le mahgour de quelqu’un. « Le mahgour devient lui aussi haggar, quand les conditions le lui permettent. Quand l’Algérien n’use pas de son pouvoir, il estime qu’il fait là une "faveur" envers lui, parce que c’est "un homme" ou un "fils de bonne famille"’ », explique encore Nacer Djabi.
En tout cas, la hogra reste une injustice à détente multiple dont les victimes se tournent rarement vers un juge pour se voir rétablis dans leurs droits. « La loi est totalement absente dans cette relation, explique Djabi. Ce qui est étrange, c’est que lorsque les Algériens rejettent une personne ou un groupe d’individus, on demande de changer les personnes nuisibles et les haggarine mais on ne réclame point le changement de l’institution ou l’application de la loi. » La psychologue Cherifa Bouatta explique, pour sa part, que le sentiment de hogra est amplifié par le fait qu’il y a une crise de confiance dans le fonctionnement des institutions de l’Etat. « Face à un système politique autoritaire, les jeunes semblent persuadés et se disent sous le règne de la hogra », précise-t-elle.Car ce qui fait la particularité de la hogra c’est ce sentiment d’impuissance qu’elle génère.
Les jeunes, qui s’en disent victimes, se révoltent par le moyen d’émeutes ou en retournant cette violence contre eux-mêmes. Dans son roman, Bouziane Benachour décrit un douar de « laissés-pour-compte » qui s’élèvent contre le diktat et l’arbitraire des pouvoirs publics. « Les personnages disent non, mais leur impuissance est avant toute chose une forme de repli avant réaction, précise l’auteur. Un repli qui peut dire je suis vaincu mais je ne me laisse pas abattre. Je suis en position de faiblesse mais ne comptez pas sur moi pour capituler. Les personnages de Hogra donnent le dos, mais n’offrent pas leur poitrine. » Il poursuit : « Leur résignation est une forme de dédain à l’endroit de tous ceux qui se sont autoproclamés guides des masses. Elle est carapace de mépris face à tous ceux qui se croient investis d’une mission céleste. Ceux qui pensent être des pasteurs alors qu’ils n’ont jamais quitté l’habit du berger selon la vieille formule populaire de chez nous. »
« El Harga » plutôt que la « hogra »
Dans les faits, la majorité des personnes ayant subi la hogra sont contraintes à courber l’échine. « On peut avancer sans se tromper qu’une très grande partie de la jeunesse algérienne est profondément convaincue qu’elle vit sous le règne de la hogra. Ce sentiment est profondément intériorisé au point où tous considèrent, même quand ce n’est pas le cas, qu’ils sont mahgourine », explique Chérifa Bouatta.
Sur le plan psychologique, la hogra ne laisse pas indemne. Dans les stades, rare espace d’expression pour des jeunes en quête de liberté, ils crient que la « harga » (immigration clandestine) vaut mieux que la « hogra ». Comme si l’unique moyen d’échapper à l’humiliation était de brûler ses papiers d’identité. « C’est l’identité même du sujet qui est ainsi attaquée, diagnostique le Dr Bouatta, vous vivez rejeté, exclu, méprisé… Ces sentiments sont très douloureux à vivre, ils engendrent la honte chez la victime de hogra et/ ou la colère et la révolte, d’où souvent les émeutes. » S’il est déjà établi que l’enfer était les autres, l’humiliation peut entraîner des conséquences souvent destructrices pour les victimes. Amrane Layachi, auteur d’un blog sur la hogra dont il se dit lui-même victime, affirme qu’il passe auprès de sa famille et de ses proches pour un « aliéné ». « La hogra, dit-il, amène des gens à mettre fin à leurs jours en s’infligeant d’atroces souffrances. D’autres sont au bord de la folie. Et même quand cela ne transparaît pas au premier coup d’œil, elle laisse des blessures qui ne guériront jamais. » Au fil du temps, l’Algérie devient, pour une partie de la population, un enfer très ordinaire…-
A l’ère des indignés de Hessel
Avant même le succès de l’ouvrage de Stephane Hessel, appelant à l’indignation, les Algériens avaient déjà montré des signes d’exaspération face à la hogra. « Non à la hogra » est d’ailleurs devenu, ces dernières années, un slogan politique. Cela pourrait faire penser au mouvement des indignés apparu dans plusieurs pays à la différence près que l’indignation passe, chez nous, par l’émeute.
Mais s’il y avait une analogie à faire entre les deux formes de protestation, il apparaîtrait que les deux mouvements pèchent par un excès d’utopisme et d’absence de solutions alternatives.

« Les déclinaisons de la hogra sont forcément multiples et en tout cas suffisamment ductiles pour devenir un argument d’élaboration d’un rapport de force avec les acteurs institutionnels – on l’a observé d’abondance et pas seulement en Kabylie – apparaissent, en même temps, encore trop floues pour initier de véritables mouvements sociaux porteurs autant de contestation que de projets alternatifs », souligne le sociologue Abdelmadjid Merdaci.
Abdenasser Djabi considère, pour sa part, que le « non à la hogra » est une « idée utopique visant à réaliser une société idéale ne se trouve pas sur le terrain ».

L’auteur de Indignez-vous, Stephane Hessel, explique, lui-même, qu’il faut « rapprendre à s’indigner » mais pas « n’importe comment ni contre n’importe quoi ». « Tout ne mérite pas l’indignation. Je crains toujours ceux qui s’en prennent aux institutions sans proposer d’alternative. » C’est là aussi un mal algérien. -
Amrane Layachi, auteur d’un blog contre la hogra : l’homme qui demanda à être déchu de sa nationalité algérienne
L’histoire d’Amrane Layachi, ex-cadre à la direction des impôts de la wilaya de M’sila, ressemble à une magistrale pièce de théâtre de l’absurde. Se disant victime de « la hogra », il aura surpris tout le monde en demandant, dans une lettre adressée au ministère de la Justice et celui des Affaires étrangères, à être déchu de sa nationalité algérienne. Comble de la provocation : il sollicite l’acquisition d’un passeport israélien. La réaction des autorités publiques ne se fit pas attendre : Amrane Layachi a été écroué, cinq jours après l’envoi de sa requête, pour… « divulgation d’informations secrètes au journal El Watan ».
« Ces informations ayant trait aux impôts n’avaient rien de secret, elles sont sur le Journal officiel, c’est juste qu’ils n’ont rien trouvé à mon encontre », nous a-t-il expliqué.

Son enfer a débuté lorsque ses responsables de la direction des impôts de la wilaya de M’sila l’ont accusé d’avoir falsifié un extrait de rôle. « J’ai eu à subir les foudres d’un lobby au sein de l’entreprise. On m’a démis de mes fonctions. Ayant fait un recours à la justice, j’ai été innocenté mais j’ai dû subir l’acharnement d’un groupe de personnes. Ce clan n’a cessé de grossir, englobant des membres de la police, un procureur, etc. Excédé par les pressions, j’ai préféré donner sa démission », raconte-t-il à El Watan. Son expérience de la hogra l’a amené à s’intéresser à d’autres cas de mépris. Il a ainsi lancé, sur la Toile, un blog consacré à la hogra hogra.centrblog.net dans lequel il répertorie soigneusement tous les cas d’injustice allant des affaires de mœurs aux scandales de corruption. « Depuis quelques temps, je n’arrive plus à poster quoi que ce soit sur mon blog, c’est comme si on me l’avait bloqué », confie-t-il.
Ayant renouvelé sa demande après avoir envoyé sa demande au ministère de la Justice, on lui remit, le 7 février 2012, la réponse suivante : « Dites-nous quel est votre problème, nous vous apporterons notre appui sur le plan légal. » Mais pour Amrane Layachi, l’affront qu’il a subi ne peut être lavé avec quelques mots.

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Par Amel Blidi