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mardi 11 septembre 2012

QUELLE ÉCONOMIE POUR LA KABYLIE (5ÈME PARTIE)


MARDI 11 SEPTEMBRE 2012

Quelle économie pour la Kabylie (5ème partie) | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie


Selon plusieurs études, le massif Kabyle contient d’importants gîtes de minerais qui offrent une association atypique de plomb mélangé naturellement avec le zinc, ainsi que d’autres associations atypiques de minerais de cuivre, de pyrite, de fer, de baryum, d’arsenic, d’antimoine, de mercure, de nickel, d’argent et d’indium. Plus au sud, on trouve d’importants gisements de minerais de zinc, de plomb, de cadmium, de galène, de germanium, de pyrite, de terres rares, de cuivre, d’antimoine et de mercure.
11/09/2012 - 00:06 mis a jour le 11/09/2012 - 00:05 par Bouaziz Ait Chebib
Ressources minières
Selon plusieurs études, le massif Kabyle contient d’importants gîtes de minerais qui offrent une association atypique de plomb mélangé naturellement avec le zinc, ainsi que d’autres associations atypiques de minerais de cuivre, de pyrite, de fer, de baryum, d’arsenic, d’antimoine, de mercure, de nickel, d’argent et d’indium. Plus au sud, on trouve d’importants gisements de minerais de zinc, de plomb, de cadmium, de galène, de germanium, de pyrite, de terres rares, de cuivre, d’antimoine et de mercure.
Le pays kabyle recèle plusieurs gisements important notamment de gypse, de calcaire, de sable, d’argile, de dolomie, des carrières d’agrégats, des gîtes pour la fabrication de ciments...
Une étude de l’Office National de Recherche Géologique et Minière (ORGM) élaborée en 1994 pour la wilaya de Tizi Ouzou a révélé les grands groupes de substances minérales non métalliques existantes, à savoir :
Des calcaires et dolomies localisés au Sud de la Wilaya
Des marbres et calcaires marbrés au centre
Des grès situés le long du littoral
Des argiles au centre d’Est en Ouest
Des tufs suivant la direction Nord-Est / Sud-Ouest.
Le sous-sol de la wilaya de Bejaia renferme d’importants gisements de substances minérales, métalliques et non métalliques dont :
Le gisement de polymetaux (Zn, Pb, Cd et Ag) à Amizour,
Les gisements d’argile à R’mila, Tala Hamza et Boukhlifa,
Les gisements de gypse et de la céléstine à Boudjellil,
Le gisement de grès siliceux a T/IGHIL
Le gisement de calcaire a Ighil Ali ,
Les calcaires du Massif de Bouzegza et de Si Mustapha présentent des réserves satisfaisantes en substances utiles nécessaires à la production d’agrégats.
Une meilleure exploitation du gisement d’Amizour, le cinquième au monde par son importance, orientée vers l’exportation, sera d’un apport important pour booster l’économie kabyle.
La consommation mondiale de zinc en 2004 a été de l’ordre de 10 millions de tonnes. Le zinc est l’un des métaux non ferreux cotés à la bourse des métaux de Londres. Son prix au comptant, exprimé en $, est cyclique : entre 1994 et 2005, il a varié entre 725 $/t et 1 760 $/t. En 2006, il a dépassé les 3 000 $/t.
La prospection minière doit faire l’objet d’un intérêt particulier pour déceler les trésors cachés en terre kabyle. Les pseudo-recherches réalisées dans ce domaine par l’Etat algérien n’ont aucun crédit dès lors que l’une de leurs vocations consiste à prouver à tort la pauvreté du sol kabyle pour inculquer un sentiment de vulnérabilité économique au peuple kabyle.
Par la diversité des ressources et des richesses minières, le secteur de l’industrie et des mines offre une multitude de créneaux d’investissement dans la sous-traitance, les activités liées aux bâtiments et travaux publics ainsi que dans l’industrie de transformation en général et celle de l’exploitation minière.
Énergies nouvelles
Les spécialistes du Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER) de Bouzaréah sont unanimes à affirmer que le recours aux énergies nouvelles est faisable, même dans les zones montagneuses. Selon ces chercheurs, le chauffage des habitations à partir de capteurs solaires et l’eau chaude sanitaire avec une économie de 70% d’énergie sur l’année sont désormais possibles dans les hameaux.
Compte tenu de son climat et de son relief, la Kabylie se développera très rapidement, dans le domaine des énergies renouvelables, solaires et éoliennes, biomasse (bois, biogaz).
La production d’une énergie renouvelable offre des avantages substantiels :
• Énergies locales,
• Énergies créatrices d’emplois,
• Protection de l’environnement. La Kabylie est bien nantie par la nature. Grace à son potentiel en énergies renouvelables, elle assurera son indépendance énergétique, ce qui la mettra à l’abri du besoin quand l’Algérie aura fini d’exporter son gaz.
Cette technologie nouvelle qui est une alternative aux énergies “traditionnelles” est un créneau très attractif et intéresse les investisseurs étrangers. Ce qui permettra au gouvernement kabyle de trouver facilement des partenaires pour assurer le financement des projets de grande envergure. D’ailleurs, l’Union Européenne est prête à financer des installations d’énergies renouvelables en Kabylie en intervenant sur des sites isolés inaccessibles à la Sonelgaz. Autrement dit, ce serait inutile d’investir de grosses sommes d’argent dans des projets situés dans des localités électrifiées.
Les ressources hydriques :
L’eau est essentielle à la survie et au bien-être de l’homme et est indispensable au fonctionnement de nombreux secteurs de l’économie. Il y a consensus sur le fait que l’eau devient une denrée rare, donc de plus en plus chère. Certains chercheurs parlent déjà de "guerres de l’eau" à venir. Les futurs conflits qui opposeraient bien des pays comme la Turquie et l’Irak, l’Égypte et le Soudan, Israël et la Jordanie …. seraient en rapport avec l’eau.
L’histoire du développement industriel s’est construite en partenariat avec l’eau qui réunit un ensemble exceptionnel de propriétés physiques et chimiques : elle peut devenir solvant, fluide thermique ou tout simplement liquide facile à manipuler. C’est ce qui explique pourquoi l’eau est impliquée dans la plupart des industries. 15 % des consommations d’eau dans les pays développés concernent l’industrie. En particulier, les centrales électriques utilisent beaucoup d’eau dans leurs circuits de refroidissement. L’énergie hydraulique produit 19 % de l’électricité mondiale et peut constituer une source de développement pour la Kabylie au vu de ses ressources en eaux déjà disponibles sous forme d’eaux souterraines (nappes phréatiques et profondes exploitées par des puits ou des forages) ou d’eaux de surface, retenues ou en écoulement (barrages, lacs et rivières).
C’est ce que le pouvoir d’Alger a bien compris puisqu’ il est venu chez nous chercher l’eau qui lui manque dans d’autres grandes villes : Alger alimentée en eau potable par le barrage de Taksebt, Sétif par le barrage de Kherrata et Bordj Bou-Arreridj par celui de Bouhamza…
La géographie physique de la Kabylie nous apprend que ce territoire est un véritable réservoir d’eau. Située dans un étage bioclimatique majoritairement humide et subhumide, la Kabylie possède un bassin de réception des eaux qui va du majestueux Assif Agrioun (Kherrata-Souk-El Tenine) jusqu’à Tagdempt (embouchure du Sebaou à Dellys) en passant par le volumineux Isser ; soit une moyenne annuelle de 900 à 1200 mm de pluies, un enneigement conséquent et assez constant. A elles seules, les eaux superficielles susceptibles d’être mobilisées sur les cours d’eau sous forme de barrages et de retenues dépassent largement le volume de 2 milliards de m3.
Dans les campagnes notamment celles du nord où les ravins, ruisseaux et ruisselets coulent à flots alimentés par les nappes renflouées et débordantes ainsi que les fontes de neige, d’énormes quantités d’eau se perdent dans la nature sans qu’un profit quelconque en soit tiré. La mise en place d’un système d’emmagasinement et de stockage de ces milliards de m3 est vitale. L’existence dans plusieurs endroits de cuvettes naturelles façonnées depuis des millénaires par les cours d’eau entre de hautes collines permettra la réalisation de retenues collinaires sans recourir à une grande technicité ni mobiliser de grand moyens financiers.
Le sous-sol de cette région de Kabylie recèle en effet des capacités en eau susceptibles d’approvisionner non seulement les populations locales à satiété, mais presque toutes les autres régions du pays. D’ailleurs plusieurs wilayas du pays sont connectées à ces sources d’or bleu au moment où beaucoup de localités kabyles crient encore leur détresse quant au manque d’eau potable.
Forte d’une pluviométrie abondante, de ses barrages hydrauliques - deux, sur les piémonts nord et sud du Djurdjura (Taksebt, à Tizi Ouzou, et Tilesdit, à Bouira), un sur le piémont des Bibans (Tichy Haf, à Béjaïa) et le quatrième sur le moyen Isser (Koudiat Acerdoune, dans la daïra de Lakhdaria) - la Kabylie a de quoi développer le secteur de l’agriculture, l’industrie agro-alimentaire et l’énergie électrique. Il est de notoriété publique que l’essentiel de l’énergie électrique en Algérie est basée en Kabylie dont l’électricité va jusqu’au Maroc et en Tunisie.
Les ressources souterraines en eaux de la Kabylie sont énormes. Pratiquement, dans chaque village kabyle, il y a une fontaine. Les hydrologues qualifient le Djurdjura de « château d’eau troué » : la Kabylie étant clairsemée de sources d’eau potable minérale et thermo-minérale susceptibles de permettre de produire et exporter une des meilleures eaux minérales répondant aux vertus thérapeutiques et aux normes gustatives internationales.
Le leadership de « IFRI » sur le marché algérien et sa bonne position sur le marché international notamment en France, Canada, Grande Bretagne, Dubai … dénote la haute qualité des sources minérales que regorge la Kabylie, cette terre généreuse qui ne demande qu’à être traitée avec respect et reconnaissance.
Afin d’en maîtriser la consommation, de fiabiliser le fonctionnement des unités de production, tout en prenant en compte la saisonnalité, les industriels recherchent une ressource en eau sécurisée, d’une qualité irréprochable. C’est là une spécificité qui a fait gagner à Ifri , Toudja … la confiance du consommateur de plus en plus exigeant. Les produits fabriqués à base d’eau minérale sont prioritaires sur le marché. D’ailleurs, ces groupes ont déjà été approchés par des géants étrangers de l’agroalimentaire pour des partenariats.
Toute politique de développement n’incluant pas le citoyen est vouée à l’échec. La préservation des ressources hydriques est un chantier vital pour gérer les ressources en eau de façon durable tout en satisfaisant une demande en constante augmentation. Le bon sens commande donc de prendre des mesures appropriées pour économiser l’eau, notamment par :
- Une campagne de sensibilisation en direction du citoyen sur la nécessité d’économiser l’eau, à défaut d’en éviter les gaspillages domestiques.
- L’encouragement de l’irrigation par aspersion qui permet, sans aucun aménagement du terroir cultivé, d’économiser 30 % à 50 % d’eau par rapport à l’irrigation gravitaire.
- Sur le plan industriel, dans le cadre d’une démarche de non-pollution, l’incitation des industriels, dans un stade préliminaire, d’investir dans la prévention par des réaménagements internes, des restructurations et par la séparation des réseaux d’assainissement, de recyclage et de réutilisation des eaux...
- Des modifications du processus de fabrication et de procédés « propres », véritables innovations qui permettront d’assurer une meilleure gestion (économie de l’eau) et maîtrise de la pollution émise (réduction des flux polluants).
La Kabylie libre fera de la collecte d’information une priorité afin de favoriser de meilleures décisions quant à la gestion et à l’utilisation de l’eau. Répondre à une demande permanente et sans cesse croissante en eau, requiert des efforts pour pallier la variabilité naturelle et améliorer la qualité et la quantité de l’eau disponible :
* Recueillir l’eau de pluie pour reconstituer les réserves souterraines. Cette technique adoptée actuellement en Asie, est relativement peu onéreuse et permet aux communautés locales de développer et d’entretenir elles-mêmes les infrastructures requises. * Détourner les eaux de surface pour les réinjecter sous terre peut aider à réduire les pertes dues à l’évaporation, pallier les variations de débit et améliorer la qualité de l’eau. Le Moyen-Orient et les régions méditerranéennes mettent actuellement en pratique cette stratégie. * Construire de nouveaux barrages et autres réservoirs afin de stocker de l’eau pour l’irrigation et la consommation. En outre, les barrages peuvent fournir de l’électricité et aider à maîtriser les inondations. * Construire des stations de traitement des eaux usées afin de les réutiliser à différentes fins en profitant des progrès réalisés dans leur traitement.
Bouaziz Ait Chebib

jeudi 14 juin 2012

La Kabylie Un Bastion De Resistance Et De Rebellion (rétrospective historique)


Ajoutée par aghrive06 le  5 févr. 2010
Le wali de Tizi-Ouzou annonce que « la couverture sécuritaire de la wilaya sera renforcée, à court terme, par de nouveaux apports structurels ». Il précise que les 21 daïras de la wilaya seront dotées de sûretés urbaines et que « des unités spéciales de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et le banditisme » seront mises en place.


Et finalement, dans une bouffée de défiance quil a du mal à dissimuler, il annonce que les 67 communes de la wilaya seront dotées chacune dune brigade de gendarmerie avant la fin 2010.


M. Mazouzi qui sest reclus dans son bunker de Tizi-Ouzou depuis que son cortège a fait lobjet dune embuscade aux environs dAin El Hammam fait semblant dignorer quil y a actuellement plus de policiers, gendarmes, militaires au mètre carré en Kabylie que nulle part ailleurs en Algérie. Sans compter les innombrables barbouzes du DRS qui écument les villes et les campagnes.


En Kabylie, nul nignore que Bouteflika et Zerhouni ont transformé toute la région en un casernement démesuré qui ressemble à une occupation militaire qui nose pas dire son nom.


Le peuple kabyle nest pas près doublier le comportement des gendarmes durant le Printemps noir où partout, ils ont tiré, tué et blessé des centaines de citoyens. Sans parler des obscénités dardées par la voix et le geste face aux façades dimmeubles dans les rues et les places publiques.


En Kabylie, les escadrons de gendarmerie quils sappellent brigades ou unités spéciales sont assimilés à un corps expéditionnaire chargé détouffer les libertés si chères aux Kabyles et dimposer dans le détail un mode de vie de soumission et de fatalisme dinspiration arabo-islamique.


Par la bouche de M. Mazouzi, on apprend que le régime compte réserver à la Kabylie un traitement « spécial » et cette spécification va prendre corps à travers des « Sections spéciales dIntervention ». Connaissant lanimosité et lesprit vindicatif qui caractérisent les tenants du régime envers la Kabylie, il y a tout lieu de sattendre au pire sur le plan de la répression quotidienne.


Lhistoire récente a appris à lhumanité que quand un État parle de « mesures spéciales » destinées à une population spécifique, cest le commencement dun génocide ourdi. Le monde a connu ce quil y a de pire dans le domaine, à limage des Schutzstaffeln, Sonderkommandos et autres Einsatzgruppen. Mais peut-être que lesprit malade de nos dirigeants nous réserve-t-il un nouveau raffinement ? Car jusquà présent, cest le seul domaine où limagination de nos dirigeants phosphore à plein régime.


Pour autant, la Kabylie qui a survécu durant la colonisation à 14 assauts militaires de grande envergure, dont les expéditions tragiques de 1857, 1864, 1865 et 1871, et qui sest immunisée contre 15 siècles dacculturation est plus que jamais déterminée à vivre libre et souveraine sur son territoire.


Ce ne sont pas les menaces et les gesticulations dun pouvoir aux abois, miné par une corruption devenue mode de gouvernance qui va aliéner ou altérer une raison kabyle qui a surfé sur 2000 ans de domination étrangèr


lundi 4 juin 2012

"L’Autonomie de la Kabylie est une affirmation forte et noble qu’il faut soutenir


Interview avec Boualem Sansal
J’espère bien que le concept de l’autonomie fasse des jaloux et que dans d’autres régions d’Algérie on revendique la même chose.
16/05/2012 - 11:52 mis a jour le 27/05/2012 - 11:54 par Zahir Boukhelifa
-  Tamurt.info : Monsieur Boualem Sansal, azul 
- Boualem Sansal : Azul
- Tamurt : Vous avez déclaré lors de votre conférence, que vous adhérez pleinement à l’idée de l’autonomie et que votre souhait est que cette idée se généralise à toute l’Algérie. Est-ce que c’est une provocation de plus ou un choix réfléchi de votre part ?
- Sansal : Moi, je ne joue pas au jeu de la provocation. C’est un jeu débile, indigne d’un écrivain, d’un intellectuel ou d’un citoyen. S’amuser à cela, c’est faire le jeu du système. Les provocateurs sont comme l’arroseur arrosé, finalement ça se retourne contre eux. Donc, c’est par conviction que j’ai des positions politiques, philosophiques. Ce seront les miennes et comme je les exprime sans langue de bois cela paraît être souvent de la provocation. Je dis les choses directement, sans tourner autour du pot. Pour le reste, les autres sont libres de penser ce qu’ils veulent. Ils peuvent penser que c’est de la provocation, moi j’ai l’intime conviction que l’autonomie de la Kabylie est une opportunité extraordinaire. Cela fait longtemps d’ailleurs que j’attendais que des hommes ayant un pouvoir emblématique dans la région s’emparent de ce thème et en fassent un vecteur de combat. Parce qu’il y a plusieurs façons de se battre contre le régime algérien. On peut, par exemple, prendre les armes, ce n’est pas ce que je souhaite. On peut rentrer dans un processus et réclamer l’indépendance, ce n’est pas non plus ce que je souhaite, cela mettra en danger le pays et la Kabylie elle-même. En revanche le concept de l’autonomie est un concept riche.
C’est l’affirmation d’une identité, c’est une affirmation démocratique. On veut être soi-même et c’est très noble, c’est très puissant et c’est la première fois en Algérie qu’on utilise cette idée. Eh bien c’est fort et il faut la soutenir. J’espère bien que ça fasse des jaloux et que dans d’autres régions d’Algérie on revendique la même chose. J’aimerais par exemple bien, que les universités déclarent leur autonomie par rapport au gouvernement. Là aussi, ce n’est pas seulement l’autonomie, au sens politique comme pour la Kabylie, mais d’une manière générale que les femmes déclarent leur autonomie par rapport à la culture machistes de ce pays. On a besoin de cela. C’est cela le siècle des lumières en Europe. C’est que des gens ont décidé de prendre leur autonomie par rapport à la religion, par rapport aux rois, par rapport aux traditions. Prendre sa responsabilité et décider soi-même pour construire sa vie par le débat, par la confrontation. C’est très important comme convention, la provocation est un jeu ridicule.
-  Tamurt : Le pouvoir accuse les autonomistes d’être instrumentalisés par l’étranger et de vouloir diviser le pays. Il qualifie leurs actions de Tintamare Que pensez-vous de cette propagande du pouvoir algérien qui vise à discréditer ce Mouvement ?
-  Sansal : Il ne faut pas rentrer dans le jeu du pouvoir. Si on fait cela, on est fichu. Je n’ai pas à aller voir le pouvoir pour lui expliquer pourquoi je réclame l’autonomie, ni à discuter avec lui. Je prends ma décision tout seul. A partir du moment où j’ai décide d’être autonome, je n’ai plus besoin de lui. Je n’ai ni à le regarder, ni à polémiquer avec lui, ni…. De toute façon, lui, il va utiliser tous les moyens. Évidemment, pour ridiculiser votre pensée, il vous accusera de tous les maux. Vous allez rentrer dans ce jeu là ? Vous êtes perdant. Non. Je suis autonome et je n’ai plus besoin de vous. Je regarde ailleurs. Je construis ma vie. Si tu veux venir construire avec moi, viens. Sinon toi tu restes, moi j’organise ma vie.
-  Tamurt : Vous parlez du principe : j’existe, je suis autonome ?
- Sansal : Oui, c’est ça le principe de la démocratie. C’est le principe de la liberté. Je décrète que je suis libre. Je ne dépends plus de vous. Je n’ai pas besoin de discuter avec vous. Je suis libre. En revanche, je dois, puisque on parle de l’autonomie de la Kabylie, me tourner vers les Kabyles et leur faire partager ce sentiment que l’autonomie, la liberté, ça se décrète soi-même, pas contre l’autre. Je suis libre, point. Donc, si tu veux te sentir libre, on se rejoint, on va travailler ensemble à construire cette liberté, lui donner un contenu politique, institutionnel, culturel, etc.
-  Tamurt : Aujourd’hui nous célébrons une fête séculaire : le nouvel an berbère. Combien de fois vous l’avez célébré dans votre vie ?
- Sansal : Trois ou quatre fois. J’habite à Boumerdes et Je l’ai célébré trois à quatre fois en petit groupe.
-  Tamurt : Qu’est-ce que ces célébrations du nouvel an, Chrétien, musulman, chinois, etc, invoque en vous ?
- Sansal : Pas grand chose. Je ne crois pas que la société a besoin de rituels. On peut partager ces moment avec eux, il n’y a pas de problèmes. Il m’est arrivé de fêter n’importe quoi, avec des copains juifs, avec des copains chrétiens. Et voilà ! Être avec eux pour partager un moment. Mais moi, personnellement, ces anniversaires n’invoquent pas grand-chose en moi.
-  Tamurt : Même pas un marquage identitaire pour que l’Algérie, la Kabylie retrouve son identité ? Vous ne croyez pas que cela passe par ce genre d’initiative, par ce genre de célébration ?
- Sansal : Oui, je comprends qu’on ait besoin de ritualiser la vie. C’est comme ça que les identités se maintiennent. C’est une sensation mais c est aussi un rituel comme la façon de manger, de s’habiller, etc. Il ne faut pas aussi tomber dans la ritualisation, s’emprisonner. Je participe à ces fêtes la, quand on m’invite, mais sans être forcement super exalté par la chose. Si je ne le fait pas, ça ne me manque pas spécialement. Je ne réduis pas l’identité à des festivités. C’est une façon de regarder le monde, mais c’est quand même plus compliqué. Je me méfie aussi un peu aussi de cette ritualisation quand elle commence à devenir presque comme une fin en soi, obligatoire, ça devient un peu comme le ramadhan, si on ne le fait pas on est taxé.
Je reviens au concept de l’autonomie, ce n’est pour s’enfermer. S’autonomiser, ce n’est pas échapper à quelque chose pour aller s’enfermer dans une autre chose. C’est beaucoup plus riche, car l’Histoire, c’est important. La symbolique et importante sans tomber dans le folklore.
-  Tamurt : Quel avenir politique présagez-vous pour la cause autonomiste kabyle ?
- Sansal : Je pense que maintenant, il faut travailler à initier le peuple en Kabylie et ailleurs, même partout, à cette affirmation. Nous avons décrété notre autonomie et travaillons à donner corps à cette autonomie. Il ne faut que ça reste un mot seulement. Il faut travailler à cela. Par exemple, le MAK s’est donné un certain nombre d’institutions, c’est déjà important. Maintenant, il faut un programme de travail, obtenir une reconnaissance mondiale. C’est toujours ce qu’on fait quand un peuple décrète sa liberté. Par exemple, le Sud-Soudan, a arraché son indépendance. Maintenant, il faut donner corps à cette indépendance : Se faire reconnaitre par les institutions internationales, obtenir sa place dans le concert des nations, un siège à l’ONU, construire un Etat, abolir tous ce qui est dénoncé dans l’ancien régime et ne pas le laisser se reproduire, etc. Donner vraiment corps à l’idée d’autonomie n’est pas seulement un travail de quelques hommes, mais de tout un peuple. C’est un travail d’éducation, de rénovation de la culture. Enfin, un énorme boulot qu’il faut faire. Sinon ça reste un slogan et une attitude un peu comme ça : Je suis autonome sans plus.
-  Tamurt : N’y a-t-il pas une part d’utopie dans tout cela ?
- Sansal : On ne peut pas vivre sans utopie. Le monde fonctionne comme ça. L’objectif est d’abord lointain, mal défini… Eh bien, c’est la quête du bonheur. Quelle plus grande utopie que cela ! On sait bien que le bonheur n’existe pas, mais on se fixe cet objectif. On y travaille avec des petits plaisirs, des petits bonheurs, des petites réussites, en espérant que ceux qui viendront après iront plus loin. Et voilà, c’est du travail.
Interview réalisée par Zahir Boukhelifa