dimanche 6 juillet 2014

Comment j’ai dû traduire un album de Matoub Lounès ?

Par Le Matin | Il y a 59 minutes | 
La première fois que j’ai discuté de façon significative avec Matoub Lounès, dont je suivais de loin l’engagement entier et tempétueux, ce fut en juin 1993 pour l’enterrement de Tahar Djaout.

Matoub Lounès, l'icone de la chanson kabyle.
Matoub Lounès, l'icone de la chanson kabyle.
Par Arezki Metref

Je l’avais bien croisé, fugace, auparavant, sans pour autant nouer de dialogue. Il était venu à Oulkhou pour la veillée funèbre, un mouton dans la malle de sa Mercedes, partie visible de son iceberg de générosité. Il proposa un concert de solidarité en faveur de la famille du défunt au stade de Tizi-Ouzou. Quelques jours plus tard, avec Arezki Aït Larbi, nous sommes allés le trouver chez lui, à Taourirt Moussa, afin d’en discuter. Je ne sais plus pourquoi ce projet resta inabouti.

Nous nous retrouvâmes en France, où nous nous rencontrions fréquemment. Ce devait être à l’automne ou à l’hiver 1993. Il me fit écouter la maquette de l’album Kenza, dédié à Tahar Djaout, au Palais berbère, un restaurant de La Chapelle tenu par l’un de ses meilleurs amis à Paris, mon homonyme et néanmoins ami, Rachid Metref.

Je me suis toujours interrogé sur le sens de cette course à la proximité post mortem avec ceux qui ont connu une mort héroïque. L’amitié réelle ou frelatée procure-t-elle un surcroît de légitimité ? Je ne me suis jamais demandé au moment de l’évoquer si Matoub était un ami. L’amitié s’accordant réciproquement, lui seul aurait pu répondre. Pour ma part, j’avais pour lui une profonde admiration fraternelle. Et puis, au fond, qu’importe ! Si je raconte cette histoire, c’est simplement pour apporter un témoignage sur un fait précis.

Il me demanda, pour le sous-titrage de je ne sais plus quel film documentaire ou reportage, de traduire du kabyle au français sa chanson Kenza. Me sachant piètre traducteur, je refusai. Je considérais, — et considère toujours, — que la traduction est un métier, que je ne connais pas. En outre, mes compétences en berbère étaient insuffisantes pour entreprendre une telle tâche. Et enfin, il faut le dire, la poésie de Matoub n’est pas la plus simple qui soit. Je le revois, au Palais berbère, tentant de me rassurer en me disant que nous travaillerions ensemble. En effet, il traduisit lui-même le texte, mon rôle se limitant à arranger la version française. Ce fut à la faveur de cette expérience et à celle d’autres circonstances que je m’aperçus de sa belle maîtrise du français, le subjonctif tombant, chez lui, comme un pli enrobé de son inexpugnable et savoureux accent kabyle.

En 1996, lorsque je présentais à l’ACB à Paris, Abat-jour, un recueil de poésies que je venais de commettre, il vint me demander une dédicace avec une humilité qui le grandissait davantage : «J’échangerais volontiers tout ce recueil en français contre un seul de tes vers en kabyle», crois-je lui avoir écrit.

Toujours en 1996, il réalisa un nouvel album, La complainte de ma mère. Je proposai à Meziane Ourad, qui faisait partie de l’équipe d’Alger info international, le quotidien algérien publié à Paris par Rabah Mahiout et Belkacem Sobhi, un article sur cet opus, qui m’avait bouleversé. Pour la petite histoire, j’appris qu’un courant anti-Matoub, excédé par le ton louangeur de mon papier, exigea la publication d’un papier contre. Ce fut fait.

Tout dans cet album, et dans la très longue discussion que j’eus avec lui sur l’inspiration de ses chansons, m’incita à intituler l’article «Matoub, le fils de sa mère». Sachant la portée quasi blasphématoire de cette expression, au regard des codes de la tradition kabyle, je pris soin de lui téléphoner pour tester sa réceptivité. Bien entendu, s’il y avait vu le moindre inconvénient, je l’aurais modifié.

- Non, c’est très bien comme ça, tu as saisi ce que je voulais dire. Un hommage à la femme kabyle et à la mère, dont nous sommes tous les enfants.

Lorsque l’article parut, le 11 mai 1996, je me rendis comme d’habitude au Petit Balcon, un café du XXe arrondissement de Paris, que nous fréquentions. Ses aficionados, qui avaient repéré le titre sans avoir forcément lu le texte, me sautèrent dessus. J’échappai in extremis au lynchage, grâce à l’intervention de Matoub, qui venait d’arriver.

L’année suivante, en 1997, il me relança, cette fois pour un gros coup, la traduction et la présentation de l’album Au nom de tous les miens. Je lui fis remarquer, en riant, que le titre était celui d’un livre et d’un film de Martin Gray. Matoub, qui possédait une grande curiosité culturelle, avait lu le livre et vu le film. Il me répondit :

- Lui a les siens, moi j’ai les miens. Et ce sont les Kabyles.

Je dus lui répéter ma parfaite incompétence, et je lui suggérai de s’adresser à des professionnels. Mais non, il tenait encore une fois mordicus à ce que ce soit moi. Cependant, et comme la première fois, il s’engagea à faire la moitié du travail avant de me livrer les textes traduits dans une première mouture. A charge pour moi de les adapter en français.

C’est alors, je crois, qu’il rencontra Nadia, en Kabylie. Il dut y retourner pour la cérémonie du mariage.

J’avoue avoir ressenti un certain soulagement en pensant que le projet était enterré. Secrètement, je mis son silence sur le fait qu’il s’était convaincu de la nécessité de choisir un traducteur digne de ce nom. Je savais qu’il était déjà en contact avec l’excellent Yalla Seddiki, qui avait travaillé avec lui sur les livrets de plusieurs de ses CD, dont le fameux La complainte de ma mère, et dont il parlait avec considération. En 2003, ce dernier publiera la traduction et la présentation des chants de Matoub Lounès, une somme de ses œuvres. 

Eh bien non ! Un jour, le téléphone sonna. C’était Matoub, de Taourirt Moussa.

- Excuse le retard. On va t’apporter l’album et à toi de jouer.

Je protestai sur la modification des termes du projet. Matoub Lounès invoqua la tyrannie des circonstances. Et pour ajouter à la pression, il m’informa du délai très court dont je disposais. Le lendemain, Malika Matoub me remit les cassettes et les textes écrits en berbère. Toute la nuit, j’écoutai les splendides chansons de Matoub avec cette angoisse oppressante qui devait s’abattre sur Sisyphe lorsqu’il poussait son rocher. A peine esquissé péniblement la traduction d’un vers, déjà l’autre arrivait et il me semblait voir dégringoler le rocher. Je me disais que non seulement il ciselait des vers dans un kabyle «nucléaire», pour reprendre son expression, mais en plus il m’oblige, moi qui le comprends avec peine, à le traduire. En rogne contre lui, je me souvins de cette façon qu’il avait de se moquer :

- Votre kabyle à vous, ceux d’Alger, c’est pas du kabyle.

Je tentais d'expliquer que, ayant baigné dans d’autres langues, nous avions peut-être bien plus de mérite que ceux qui avaient été élevés dans un village de Kabylie. Ce dont Matoub Lounès avait d’ailleurs bien conscience.

Le lendemain de cette nuit blanche, je l’appelai à mon tour pour lui faire part, une fois encore, de mon embarras. De plus, j’étais conscient que ses fans, des puristes de la langue qui ressentaient la moindre vibration syntaxique de sa poésie, m’attendraient au tournant. Décidément, je ne faisais pas le poids. Cependant, l’expérience eut quelque chose de révélateur. Elle m’apprit qu’on n’extirpe jamais mieux les pépites poétiques d’un aède qu’en s’arrimant à ce travail d’orpaillage qu’exige la traduction. Ceci, je peux le dire avec le recul, mais, au moment où le travail s’effectuait, il fallait d’abord décrypter mot pour mot les 11 textes de l’album avant d’établir l’équivalence en français. Un gouffre sémantique ! En tout cas, cette ascèse me fit dédier une profonde et définitive admiration pour les traducteurs, notamment de poésie.

J’ai le souvenir de m’être littéralement enfermé ayant un dead line d’une dizaine de jours, imposé par Blue Silver, le producteur du CD.

Je fis appel à Meziane Ourad dont le kabyle tout autant que la familiarité avec l’univers poétique de Matoub étaient bien supérieurs aux miens. Mais cela n’était pas suffisant. Il me fallut téléphoner à ma pauvre mère, parfois à pas d’heure, pour solliciter d’elle le sens de tel mot ou tel vers. Avec Meziane, nous contactions différentes personnes, des vieux Kabyles de Paris, supposés jongler avec la langue, dont notre ami Momo. Nous établîmes ainsi une sorte de répertoire téléphonique des meilleurs locuteurs de kabyle à Paris. Je sollicitai aussi souvent Malika Matoub, qui a grandi dans le bain de la langue et de la poésie de son frère. Puis un soir, alors que nous butions sur une expression, Meziane eut une idée lumineuse :

- Mais c’est Matoub lui-même qu’il faut appeler !

Nous prîmes l’habitude de lui téléphoner fréquemment. Lorsque ce fut terminé et que je remis ce qui devait constituer le livret, il me sembla que toutes les vapeurs et fumées de cigarettes en suspension dans l’air s’étaient soudainement dissipées pour laisser place à ce vide métaphysique que l’on ressent après un dépassement surhumain de soi.

Le lendemain en relisant tout cela, la tête un peu plus dégagée, l’exaltation de l’effort dissipée, je trouvai le résultat moyen. Moyen ! Et ce qui devait arriver arriva, les puristes m’accusèrent d’une sorte de profanation. Matoub lui-même, que je revis une ou deux fois après cette expérience, sans me le dire explicitement, me fit comprendre sa réserve. La plupart des textes ont été retraduits, en mieux, j'avoue, par Yalla Seddiki.

Cependant, 17 ans plus tard, je me suis laissé aller à un peu d’autosatisfaction en les relisant. Oui, franchement, je suis plutôt fier d’avoir été capable de traduire, même imparfaitement, la si complexe et si belle poésie de Matoub Lounès.

A. M.

vendredi 4 juillet 2014

MATOUB LOUNES

Ajoutée le 20 mars 2013
Matoub Lounes - Ay Adrar Nath Irathen

Lounès Matoub, plus communément appelé Matoub Lounès, est un chanteur et poète kabyle, engagé dans la revendication identitaire berbère.
Il est né à Taourirt Moussa Ouamar le 24 janvier 1956, en Kabylie, Algérie. Il meurt le 25 juin 1998, assassiné sur la route de At Douala. Officiellement, cet assassinat est attribué au GIA. Mais le pouvoir algérien est accusé, notamment par sa famille de l'avoir assassiné.
Matoub acquiert un statut de martyr pour les régionalistes et militants kabyles, qui estiment que leurs droits sont bafoués.
A l'age de neuf ans, il fabrique sa première guitare à partir d'un bidon d'huile de moteur vide, et compose ses premières chansons durant l'adolescence.
Sa prise de conscience identitaire et culturel débute à la confrontation armée entre les Kabyles et les forces gouvernementales en 1963-1964.
En 1968, le gouvernement algérien introduit une politique d'arabisation dans le système éducatifau détriment du berbère. Matoub réagit en n'allant pas à l'école. Finalement, il quitte le système éducatif et devient autodidacte. En 1978, il émigre en France à la recherche de travail.
Arrivé en France, Matoub Lounès anime plusieurs soirées dans des cafés parisiens fréquentés par la communauté kabyle. C'est là qu'il se fait remarquer par le chanteur Idir qui l'aide à enregistrer son premier album, Ay Izem, qui remporte un vif succès.
En 1980, le poète se produit pour la première fois à l'Olympia en plein évènements du printemps berbère. Il monte alors sur scène habillé d'une tenue militaire pour manifester son soutien aux manifestants kabyles.
Il s'oppose à la politique d'arabisation et d'islamisation de l'Algérie. Il parle le kabyle, le français, et comprend l'arabe sans l'employer. C'est un partisan de la laïcité et de la démocratie, et s'est fait le porte-parole des laissés-pour-compte et des femmes.
Opposé à l'islamisme et au terrorisme islamiste, il condamne l'assassinat d'intellectuels. Il fut enlevé le 25 septembre 1994 par le GIA (Groupe Islamique Armée), puis libéré au terme d'une mobilisation de l'opinion publique de la communauté kabyle. La même année, il publie un ouvrage autobiographique, Rebelle, et reçoit le Prix de la mémoire des mains de Danielle Mitterrand.
Le 25 juin 1998, il est assassiné sur la routemenant de Tizi Ouzou à At Douala en Kabylie à quelques kilomètres de son village natal (Taourirt Moussa). Les conditions de ce meurtre n'ont jamais été élucidées. Les funérailles du chanteur drainèrent des centaines de milliers de personnes, tandis que toute la région connut plusieurs semaines d'émeutes.

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jeudi 26 juin 2014

Vidéo: Ould Ali Lhadi pris à partie par les kabyles à Tawrirt Moussa sur la tombe de Matoub Lounès

Vidéo: Ould Ali Lhadi pris à partie par les kabyles à Tawrirt Moussa sur la tombe de Matoub Lounès

26/06/2014 - 02:14

TAWRIRT MOUSSA (SIWEL) — Le Bachagha Ould Ali Lhadi a quand même réussit à sortir de la maison de Lounes où il avait été reçu dans la demeure du rebelle . Il a même réussit à monter jusqu'à la tombe de l'icone du combat kabyle et amazighe pour y déposer un énième affront...déguisé en gerbe de fleurs! Cependant, les jeunes kabyles n'ont cessé de le traiter de harki, de traître, de kabyle de service, reprenant la fameuse chanson de Matoub justement sur les kabyles de service. Un jeune dit " Limer yufi ad yekkes Mouloud maameri ad yawi abdelkader " (NDLR: "s'il pouvait enlever Mouloud Mammeri pour le remplacer par Abdelkader, il le ferait")


Une foule importante de jeunes kabyles outrés de voir le Bachagha Ould Ali Lhadi souiller la demeure du rebelle (PH/DR)
Une foule importante de jeunes kabyles outrés de voir le Bachagha Ould Ali Lhadi souiller la demeure du rebelle (PH/DR)
... 
Et c'est sous ce tonnerre d'injuste qu'il s'en est retourné à la maison du Rebelle où la porte lui fut de nouveau grande ouverte pendant qu'elle se refermait sur le peuple kabyle qui criait à la trahison! " Vous avez vendu Lounès" criait le peuple kabyle à la Fondation Matoub Lounès...Chante Matoub Chante! un poète peut-il mourir ? 

Non, bien sur, Matoub nous l'a prouvé encore aujourd'hui , tout comme il nous a encore prouvé combien ses paroles étaient vraies: " oui, sauf le peuple comme un seul homme a osé défier la peur " ! car Ould Ali Lhadi est bien le représentant du pouvoir criminel d'Alger, celui-là même qui l'assassiné. 

Muhend Arab Bessaoud avait aussi dit une phrase légendaire qui ne cesse de se charger de nouvelles victimes: " Heureux les martyrs qui n'ont rien Vu" 

Tous les kabyles digne savent que Lounès Matoub aurait retourné ciel et terre s'il avait assisté à un tel déferlement de trahisons. 

maa, 
SIWEL 260214 JUIN 14


Vidéo: Ould Ali Lhadi pris à partie par les kabyles à Tawrirt Moussa sur la tombe de Matoub Lounès

Matoub Lounès: 10 rues portent le nom du Rebelle kabyle...en France !

Matoub Lounès: 10 rues portent le nom du Rebelle kabyle...en France !

26/06/2014 - 19:54

DIASPORA (SIWEL) — Pas moins de 10 rue, en France, portent le nom du Rebelle kabyle, Lounès Matoub, le chantre du combat et de l'identité amazigh. Pendant que certains s'évertuent à vouloir exporter Lounès à Alger et que l'Etat algérien se fait un malin plaisir de refuser officiellement la tenue d'un hommage au rebelle, par ailleurs assassiné par ses bons soins, les associations kabyles de la diaspora en France ont réussi à faire inaugurer de nombreuses rues par les communes où elles activent. C’est ainsi qu’une dizaine de rue portent le nom de l'illustre Rebelle " Lounès Matoub.


Matoub Lounès: 10 rues portent le nom du Rebelle kabyle...en France !
... 
Ainsi, plusieurs villes de France ont inauguré une rue portant le nom de Lounès Matoub en France : 
Paris, 19ème 
Aubervilliers 
Saint-Martin-d'Hères près de Grenoble. 
Vaulx-en-Velin, près de Lyon (nom inauguré le 22 novembre 2003). 
Pierrefitte-sur-Seine 
Nancy 
Argenteuil (inaugurée le 01 juin 2013) 
Arcueil 
Sarcelles 
Dijon. 

Une maison du quartier et une crèche portent aussi son nom dans la ville de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. 

L'Etat français, qui est incontestablement l'allié inconditionnel de l'Etat algérien qui a fait assassiner Lounès Matoub n'en demeure pas moins un Etat démocratique, du moins, sur son propre territoire et ne peut pousser sa complaisance envers l'Etat criminel d'Alger en allant jusqu'à museler ses propres élus. 

zp, 
SIWEL 261954 JUIN 14 

« Lounès Matoub: le poète qui défia à lui seul la forteresse de l’abîme. ». Contribution de Lahouazi Djillali

« Lounès Matoub: le poète qui défia à lui seul la forteresse de l’abîme. ». Contribution de Lahouazi Djillali

26/06/2014 - 18:27

(SIWEL) — Seize ans, jour pour jour, après son assassinat, Matoub Lounès s’impose dans la mémoire collective. Présent éternellement dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, il s’installe également dans l’âme de ceux qui sont nés après sa mort. Bien qu’il fût ravi aux siens un jeudi 25 juin 1998, Lounès accède au rang du barde éternel.


« Lounès Matoub: le poète qui défia à lui seul la forteresse de l’abîme. ». Contribution de Lahouazi Djillali
Seize ans, jour pour jour, après son assassinatMatoub Lounès s’impose dans la mémoire collective. Présent éternellement dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, il s’installe également dans l’âme de ceux qui sont nés après sa mort. Bien qu’il fût ravi aux siens un jeudi 25 juin 1998, Lounès accède au rang du barde éternel. 

Le 25 juin 1998 restera une date ancrée dans les esprits de tous les Kabyles, jour de l’assassinat du chantre de l’Amazighité, Matoub Lounès, à Thala Bounane, près d’Ath Douala, par un commando du DRS. 

Un coup dur pour la liberté et Tamazight. Une étoile s’est éteinte. Le courage de Matoub prenait une telle dimension qu’il dérangeait les plus hautes sphères du régime. Lounès est devenu une personnalité kabyle très connue au monde…. plus que tous les chefs d’Etat Algérien. 

Il a osé reprendre la musique de l’hymne algérien en affirmant dans son premier refrain le montagnard (le Kabyle) ne sera jamais président quelques soit son statut et ses compétences. En d’autres termes laKabylie sera éternellement dominé par le régime d’Alger et aucun espoir n’est possible avec le régime du DRS. 

Heureux, Matoub Lounès, qui a inscrit son nom dans l’étérnité comme repère identitaire de toute la Tamazgha, destin accompli pour Matoub Lounès, qui est mort tel qu’il l’avait souhaité, c’est à dire, en martyre pour ses idées, et non de vieillesse dans son lit. 

Comme disait une pub anti tabagisme aux Etats-Unis, mourir de tabac, c’est mourir pour rien (dying from smoking, is dying for nothing). De cepoint de vue, Matoub qui n’est pas mort pour rien et qui a vécu pour quelque chose, a doublement réussi: sa vie et sa mort. 

Sans être universitaire, ni, non plus, de ces intellectuels qui produisent des expressions qui garnissent des discours à la démesure de leur engagement, Lounès a vécu en authentique égal à lui-même dans ses qualités et ses défauts, ses manques et ses excès, sa révolte et sa tendresse, il a forgé sa grandeur de la façon la plus dure qui soit pour ainsi durer jusqu’à l’éternité dans la mémoire des hommes. 

Il est le produit du sens commun et des choses de la vie, mu par l’instinct de survie qui est celui de tout un peuple, Il est comme le soleil, il est haut, il est bas, il est l’enfant terrible de la Kabylie. 

En pensant à Matoub, comment il a vécu et comment il a souhaité mourir, il me revient à l’esprit cette phrase de James Dean qui disait que la seule réussite dans la vie c’est d’être immortel. 
Que la meilleure demeure au monde ne soit pas de ces belles villas faites de ciment et de briques, financées à coups de détournements de deniers publics, mais bel et bien le cœur des hommes. 

Repose en paix notre rebelle de Kabylie. 

Lahouazi Djillali 

SIWEL 261827 JUIN 14 

mercredi 25 juin 2014

Dans une très belle déclaration en kabyle, le MAK rend hommage au Rebelle assassiné

Dans une très belle déclaration en kabyle, le MAK rend hommage au Rebelle assassiné

25/06/2014 - 13:12

TAWRIRT MOUSSA (SIWEL) — Aux environs de 9h ce matin, une délégation du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabyle s’est rendue à Tawrirt Moussa pour se recueillir sur la tombe de Matoub Lounès, assassiné le 25 juin 1998 par le pouvoir algérien et ses acolytes. Conduite par son président Bouaziz Ait Chebib, la délégation officielle du MAK, composée de plusieurs cadres et militants dont Abdellah Gherab, Fatiha Rahmouni, Youcef Beneddine (Blessé du printemps noir), Djaffar Khenane, Hamid Ouyad, Karim Rahmani, a déposé une gerbe de fleur à la mémoire du rebelle. Siwel publie dans son intégralité la déclaration en kabyle rendue public par le MAK en signe d’hommage à Matoub Lounes.


Aggad i t-yenγan, ur wwiḍen ara iswi-nnsen. Lwennas yekka-d nnig tatut, ur as tezmir ara lmut. Yeswa adrar s idammen-is, xas tafekka-s ddaw tmedlin, ssut-is ad yebbaεzeq i levda.

Dans une très belle déclaration en kabyle, le MAK rend hommage au Rebelle assassiné
AFRANIMAN I TMURT N YIQVAYLIYEN 

MOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE 

MAK 

Lwennas: azamul n tlelli 

Isem-is inuda-d meṛṛa timura. Yuγal d ayla n talsa. Yid-es, yewwi- isem Aqvayli d yisem Amaziγ, s teqvaylit yessa-ten di yal tiγmert n umaḍal. 

Yecna akeffir-nneγ, yessefra aγiflif-nneγ, yessemγer deg-yiseγ-nneγ, yefka afud i umennuγ-nneγ, icebbeḥ tajaddit-nneγ. Am-wakken yessider tinekkit-nneγ ara yidir deg-wul n tmazγa ur t ntettu ara. Ad d-yeqqim d yiwet ger tqucac n umezruy amaziγ. 

Dans une très belle déclaration en kabyle, le MAK rend hommage au Rebelle assassiné

Lwennas yedder d ilelli, yugi lqid n udavu amesvaṭli. Aḍar-is inuda akal aqvayli , yezreΣ deg-s asirem n tlelli : 
win i k-yennan sanda tleḥḥuḍ, in'as : nekk d amaziγ. 

Zik i d-iveggen taqvaylit: 
kker a taqvaylit svedd lqed-im 
zigh macci d-targit ivan-ed yisem-im. 

Yemla-yaγ-d amek ara nili di liser : win i k-yennan d acu i d-tafat, in'as: d iγallen yedduklen. 

Asirem i t-izedγen, yugar tizzeγzeγt n icinga n tudert: 
Xas neqḍen acḥal d itri, igenni-nneγ ur inegger ara. 

Yenjeṛ avrid n tegrawla i tsutwin ara d-yalin: 
Ddwa-s ad ncerreg tamurt. 

Ur yeǧǧi yiwet, yenna-tent-id meṛṛa. Yal tazlitt d-tamsirt. Yal asurif yedda, yelḥa-t γef tutlayt-is. Yedder i weγref-is. Yefka tudert-is d asfel akken ad d-yefsu ujeǧǧig n tlelli. 

16 iseggasen degmi t-cleqfen wid ineqqen asirem, ur d-ivan ara wi yellan deffir tmenγiwt-is. Anda ulac tidett d teγdemt ulac talwit. Wid Yenγan Lwennas, ad d-vanen ass-a neγ azekka. Ur zmiren ara ad rewlen sdat n umezruy. Annect tevγu tekk-it, ayen zerΣen ad –t-megren. 

Ulac ttkal γef udavu azzayri ur ntekkes γef tidett taduli acku seg-es ar ghur-es. Ulamek ara neccekti i win i γ-yewwten. Asmi ara ncerreg tamurt, d aγref aqvayli ara icaxen γef yiman-is, imir-en, tidett anda tella ad-d-tvan: ma di tmurt ad d-tekfel, ma deg-yigenni ad d-teγli. 

Aggad i t-yenγan, ur wwiḍen ara iswi-nnsen. Lwennas yekka-d nnig tatut, ur as tezmir ara lmut. Yeswa adrar s idammen-is, xas tafekka-s ddaw tmedlin, ssut-is ad yebbaεzeq i levda. 

Buεziz u Cebbi , aselway n umussu 

SIWEL 251312 JUIN 14

Maroc : premiere à At Chichar, Nador, Tous les panneaux de signalisation routiers en tamazight


Maroc : premiere à At Chichar, Nador,
AT CHICHAR, NADOR (Tamurt.info) - Les autorités d'Ayt Chichar, ex "Béni Chekri" une localité de la province de Nador, nord-est du Maroc, ont décidé de rebaptiser leur village par son véritable nom At Chichar et non «{Béni Chekri}» et de, tenez vous bien, de ne mentionner sur les panneaux de signalisation routiers que la langue tamazight, bannissant ainsi de ces panneaux la langue arabe et le français.
25/06/2014 - 14:10 mis a jour le 25/06/2014 - 14:06 par Nadia Iflis
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C’est une première au Maroc, voir dans toute l’Afrique du Nord. La semaine passée, à l’occasion de l’inauguration d’une maison de la culture dédiée au célèbre écrivain « berbère » Muḥemmed Cikri (1935-2003), originaire du Rif, on a remarqué que la transcription, sur la plaque de cette structure culturelle, est uniquement en langue tamazight, tifinagh et latin, comme la montre bien notre photo. A cela s’ajoute l’honorable décision des autorités locales de récupérer les vrais noms de cette région en tamazight. Comme ce village d’At Chekri qu’on écrivait avant Béni Chekri et qui désormais s’appelle est s’écrit Ayt Chichar
C’est une initiative à méditer dans toute tamazgha. Cette nouvelle a fait le tour du Maroc. D’ailleurs d’autres villages veulent d’ores et déjà imiter les Ayt Chichar qui se sont distingués par cette décision historique et hautement symbolique.
La poussée de l’islamisme au Maroc a provoqué l’effet inverse de ce que souhaitaient les arabisants. On assiste à une prise de conscience sans précédent et à un grand engouement pour tamazight. Il faut rappeler qu’Imazighen représentent plus de 80% du Royaume chérifien.
Nador, Saïd F pour Tamurt.info

Chanson de Matoub Lounès

Mise en ligne le 8 avr. 2008
Chanson de Matoub Lounès "Hymne à Boudiaf". Vidéo sous-titrée en kabyle avec la traduction française de la chanson.
(Transcription en Tamazight et traduction/adaptation en français de Yalla Seddiki - Matoub Lounès, Mon nom est combat).


Matoub Lounes: Un homme d’exception pour la Kabylie et pour l’Algérie


A l’occasion du 16e anniversaire de l’assassinat de Lounes Matoub, nous publions ci dessus cet article signé par Mourad Hammami publié dans le journal La Dépêche de Kabylie du 24 juin 2005.
Matoub est un Jugurtha, un Takfarinas ou un Massinissa, qui a atterri sur la terre berbère au XXe siècle, sa venue est une mission, qui a pour objectif de sauver in extremis ou de ressusciter une culture, une langue une civilisation et un peuple plusieurs fois millénaire, que des circonstances injustes menaçaient d’extermination. Mon nom est combat, tel est le titre donné par Yella Seddiki à son œuvre consacrée à Matoub, édité en 2003.
En effet, le nom de Matoub, ainsi que sa vie tout entière est synonyme de combat. Matoub était bien conscient de la dimension de son destin comme on peut le constater dans sa chanson composée en 1983 sous le titre Ma patrie ou A tamurt-iw
J’ai consulté ma raison
Je forme mon châtiment
Si ma langue est bien pendue
Dites s’il faut y coudre des ourlets
Ma patrieBerceau de mon enfance
Pourquoi suis-je né ?
Puisque je suis né Kabyle
Mon nom est combat
Et si l’union s’émousse
Je l’aiguiserai ;
Ô mon peuple
Des sueurs de mon cerveau
Je t’enduirai
Sept ans après, les circonstance de son assassinat demeurent floues et indéterminées, Matoub pouvait être assassiné par les partisans de l’intégrisme, comme il pouvait être victime d’un complot politique. Une chose est sûre, le Rebelle dérangeait tout le monde, y compris ses propres frères. Matoub est de ceux qui ne peuvent être d’accord, même avec eux-mêmes, lorsque leur raison, voit les choses contraires à leur passion.
Il était de tout temps, un turbulent, un jaloux, un homme qui ne se laisse pas faire, un être prêt à se sacrifier dix fois par jour pour ce qu’il voit juste. Il était un combattant, un rebelle, un Amazigh, au sens le plus large du terme.Tous les pays du monde, tous les peuples de la planète, souhaiteraient avoir un Matoub propre à eux, et qui reviendra tout le temps.En 42 ans de vie, en 20 ans de chant, Lounès a rétabli l’ordre parmi son peuple et sa patrie. Il a su redonner vie à tamazgha, fierté et courage, à ses compatriotes. Il était le porte-parole des pauvres “Skud vrarhent walaiw asnezwiragh imeghven” “Tant que je suis vivant, je serai aux premiers rangs avec les pauvres” chantait le Rebelle en 1991, dans “Le Regard sur l’histoire d’un pays damné.
”Matoub a été lâchement assassiné, mais il est mort comme il l’a toujours souhaité, pour ses idées et en plein feu de l’action mourir ainsi, c’est vivre. Il est né Amazigh, il a vécu Amazigh, et il est mort Amazigh. Ce Che Guevara kabyle a tout donné. Il a secoué les siècles, il a remué le magma de l’histoire qu’on a voulu falsifié dans la foulée des idéologies artificielles. Matoub a su dire non, et son nom a retenti terriblement.
“Segmiw urts faken Lahdur
Elama srugh Laârur
Iqemdhen E sut
Ad Tleqimagh lehdur
Alama yessen waqrur
dachu teswa tmurt”
“De ma bouche, la parole ne s’éteindra pas
jusqu’à ce que pleurent les scélérats
Qui étouffent ma voix
Je ferai les boutures du verbe
jusqu’à ce que l’enfant même mesure
Le prix de notre patrie”,
chantait et promettait Matoub à ses détracteurs au lendemain, où il a été fusillé injustement par un zélateur agent du système.
“En l’assassinant, ils croyaient le faire taire à jamais, finalement ils se sont énormément trompés.Sa mort est une renaissance”, nous dit Hakim, un jeune admirateur de Lounès. Ils ont tué un Matoub, cet assassinat a donné naissance à des millions d’autres Matoub. “Nous sommes tous des Matoub”.“Ô Lounès nous sommes toujours des Amazighs” clamaient, au cœur du brasier, les jeunes révoltés du Printemps 2001.
Son assassinat est une erreur pour ses bourreaux. Ils savent aujourd’hui qu’il leur aurait fait peut-être moins de dégâts en le laissant en vie“Ma darsas ig neqenAkli u mutgh-ara”“Mazal e sutiw adyebaâzakAs deslen”“Nous sommes des enfants de Matoub, même s’ils nous tuent, ils ne peuvent pas nous exterminer”, disait Djamel, dit Djino à sa vieille mère quelques heures avant son atroce assassinat par des gendarmes à Tigzirt, en avril 2002.Comme Djino, ce jeune de 16 ans, d’autres jeunes ont trouvé la mort héroïquement à la Matoubéenne”.
Matoub incarne une dimension que ces quelques lignes ne peuvent pas décrire. Il est une exception de par son courage, son intelligence, la force de son verbe, la sincérité de son engagement, le courage de sa voix, sa jalousie, son esprit de sacrifice… Chante Matoub chante.Ils ne peuvent pas assassiner un homme de ta dimension.
Mourad Hammami