mercredi 22 janvier 2014

tahar djaout ..........da mouloud mammeri
Lettre à Da L'mulud

par : Tahar Djaout
Lettre de Tahar Djaout à Mouloud Mammeri

Cette lettre a été écrite par Tahar Djaout après la mort ( 25 le 1989 février ) de Mouloud Mammeri en 1989 et a été publié par AWAL.

Comme il va être dur de devoir désormais parler de toi au passe! Quelques heures après ta mort, que ta famille et tes amis ignoraient encore, un universitaire qui venait d'assister a ce colloque d'Oujda d'ou tu revenais toi aussi m'entretenait de toi. Il me disait, entre autres, que tu avais passe sept heures a la frontière; trois heures et demie du cote algérien et autant du cote marocain. En dépit de ce que tu as donne a la culture maghrébine, tu demeurais un citoyen comme les autres, un homme qui n'a jamais demande de privilèges qui a, au contraire, refuse tous ceux qui lui ont été proposes. Depuis le prix littéraire qui a couronne ton premier roman et que tu as refuse d'aller recevoir, tu t'es méfie de toutes les récompenses parce que tu savais qu'elles demandaient des contreparties. Tu n'étais pas de ces écrivains qui voyagent dans les délégations officielles, dans les bagages des ministres ou des présidents, et qui poussent parfois le cynisme jusqu'a écrire, une fois rentres, des articles contre les intellectuels aux ordres des pouvoirs !

Tes rapports avec le pouvoir (tous les pouvoirs) ont été très clairs; une distance souveraine. Tu étais, au lendemain de l'indépendance, président de la première Union d'écrivains algériens. Mais le jour ou l'on était venu t'informer que l'Union allait passer sous l'autorité du Parti, tu avais remis le tablier avec cette courtoisie seigneuriale qui t'est coutumière. Tu n'acceptais aucune contrainte, aucun boulet a ton pied, aucune laisse a ton cou. Tu étais par excellence, UN HOMME LIBRE. Et c'est ce que AMAZIGH veut dire. Cette liberté t'a coûté cher. De toute façon, tu en savais le prix et tu l'a toujours accepte. Tu as été peut-être le plus persécute des intellectuels algériens, toi l'un des fils les plus valeureux que cette nation ait jamais engendres. Le soir ou la télévision avait annonce laconiquement et brutalement ta mort, je ne pus m'empêcher, en dépit de l'indicible émotion, de remarquer que c'était la deuxième fois qu'elle parlait de toi; la première fois pour t'insulter lorsque, en 1980, une campagne honteusement diffamatoire a été déclenchée contre toi et la deuxième fois, neuf ans plus tard, pour nous annoncer ta disparition. La télévision de ton pays n'avait aucun document a nous montrer sur toi; elle ne t'avait jamais filme, elle ne t'avait jamais donne la parole, elle qui a pérennise en des kilomètres de pellicule tant d'intellectuels approximatifs, tant de manieurs de plume aux ordres du pouvoir.

Mais je vais clore la le chapitre navrant et long des brimades. Ce serait faire affront a ta générosité et a ta noblesse d'âme que de m'attarder a l'énumération des injustices, des diffamations qui glissaient sur toi comme de simples égratignures, qui te faisaient peut-être mal a l'intérieur mais ne transparaissaient pas. Tes préoccupations étaient ailleurs, tu avais autre chose a faire. Et puis, tu respectais trop les autres, même lorsqu'ils te faisaient du mal. Sans avoir jamais prétendu donner de leçon, ta vie, ton comportement, ton courage et ton intégrité constituaient en eux mêmes un exemple et une leçon. C'est pourquoi, toi l'homme modeste et brillant qui ne se montre gène et pris de court que lorsqu'il s'agit de lui-même, tu as toujours été au coeur de ce qui fait ce pays. Et les 200 000 personnes venues de toute l'Algérie escalader ces "chemins qui montent" pour t'accompagner a ton ultime demeure au coeur du Djurdjura témoignent en quelque sorte de cela. Toi l'homme pacifique et courtois, toi qui ne claques les portes que lorsqu'un pouvoir ou une chapelle quelconque tente de t'embrigader, tu as aide, non par des déclarations fracassantes, mais par ta lucidité, par ton travail intellectuel minutieux et soutenu, au lent cheminement de la tolérance et de la liberté.

Qui peut oublier les débuts de l'année 80 ? Des hommes qui nient une partie de la culture de ce peuple (tout le monde heureusement a oublie leurs noms, car ce ne sont pas des noms que l'histoire retient) t'interdisent de prononcer une conférence sur la poésie kabyle. De partout, de Bejaia, de Bouira, de Tizi-Ouzou, la Kabylie se lève pour défendre ses poètes. Et c'est toute l'Algérie qui, peu a peu, année après année, rejettera les baillons, les exclusions, les intolérances, la médiocrité et qui un jour d'octobre descendra dans la rue pour l'affirmer en versant une fois encore son sang. Toi, l'humaniste sceptique et indépendant qui n'a jamais assené de vérité, qui n'a jamais juge personne, tu étais, presque malgré toi, en amont d'une prise de conscience.

Et voici que nous devons désormais nous passer de ta présence chaleureuse et brillante, de ta superbe intelligence, de ta bonne humeur a toute épreuve, de ton endurance physique (on peut difficilement t'imaginer malade, par exemple) qui te faisait faire des centaines de kilomètres par jour pour aller donner bénévolement une conférence et remonter tout de suite après dans ta voiture. Tu es mort au volant de ta 205 (une voiture de jeune) comme le jeune homme fougueux que tu as toujours été. Sois rassure, Da Lmulud, la dernière image que je garderai de toi ce n'est pas celle, émouvante, du mort accidente que j'ai vu mais celle de ce jeudi 16 février ou nous nous étions retrouves avec d'autres amis a Ighil-Bwamas pour discuter du tournage d'un film. Tu étais élégant et alerte comme toujours, en tennis. Tu étais le premier au rendez-vous. Tu nous plaisantais sur notre retard, disant que tu croyais te tromper de jour. Tu étais aussi le premier a repartir, toujours disponible et toujours presse. Tu avais beaucoup de choses a faire, a donner a cette culture que tu as servie généreusement, sans rien demander en retour, supportant au contraire avec dignité les brimades que ton travail t'attirait. Tu étais impatient en ce jeudi 16 février comme si tu savais déjà que le temps pressait. Je te vois monter dans ta 205 et démarrer bruyamment sur la route difficile tandis que nous étions encore a bavarder. C'était la dernière fois que je devais te voir vivant.

La jeunesse assoiffée de culture et de liberté t'a toujours reconnu comme l'une de ses figures symboliques, quelques intellectuels et artistes t'ont toujours témoigne amitié, respect ou admiration dans les moments les plus difficiles. Mais ces derniers mois, c'est tout le monde intellectuel et médiatique algérien qui a commence a comprendre ton importance et qui a recherche ton point de vue. C'est vrai que certains medias, qui avaient peur de "se compromettre", te sont demeures fermes jusqu'a ta mort. Mais que de projets auxquels des gens voulaient t'associer ! que de journaux t'ont interviewe ! Et toi, porte et comme enivre par cette brise de liberté, tu te démenais, tu prenais ta voiture, sillonnais les routes et te rendais partout ou l'on te sollicitait. Oran, Ain-El-Hammam (ou tu devais rendre hommage a Si Mohand ou Mhand et ou l'on t'avait offert un burnous), Bejaia. Et enfin Oujda. Au mois de janvier, a Bejaia, ta conférence sur la culture berbère a draine tellement de monde qu'aucun édifice ne pouvait le contenir. Et c'est dans le stade de la ville que des milliers de gens t'ont écoute et ont discute de leur culture. Quelle belle revanche sur l'interdiction de ta conférence en 1980 ! Quel trajet parcouru depuis cette date sur le chemin de l'expression libre !

Je te revois a cette époque ou nous préparions l'entretien qui allait paraître aux éditions Laphomic. Je me rappelle la vivacité de ton intelligence, ton sens de la repartie, ta pudeur et ta gène lorsque nous sortions du domaine de l'esthétique ou des idées et que je te demandais de parler de toi-même ( ton combat nationaliste, par exemple, ton militantisme au MTLD, ce que tu as souffert durant la guerre, tu ne les évoquais jamais même lorsqu'on te contestait ton passe ou qu'on t'en fabriquait un autre ). Je me rappelle surtout ta jeunesse indéfectible. Je nous revois prenant des glaces dans l'un de ces innombrables salons de thé qui encombrent la rue Ben M'hidi ou dans le café "Le Véronèse" a Paris.

Tu seras toujours près de nous, éternel jeune homme des Ath Yenni et d'Algérie.
Qim di lehna
Tahar Djaout
Lettre à Da L'mulud
par : Tahar Djaout
Lettre de Tahar Djaout à Mouloud Mammeri

Cette lettre a été écrite par Tahar Djaout après la mort ( 25 le 1989 février ) de Mouloud Mammeri en 1989 et a été publié par AWAL.

Comme il va être dur de devoir désormais parler de toi au passe! Quelques heures après ta mort, que ta famille et tes amis ignoraient encore, un universitaire qui venait d'assister a ce colloque d'Oujda d'ou tu revenais toi aussi m'entretenait de toi. Il me disait, entre autres, que tu avais passe sept heures a la frontière; trois heures et demie du cote algérien et autant du cote marocain. En dépit de ce que tu as donne a la culture maghrébine, tu demeurais un citoyen comme les autres, un homme qui n'a jamais demande de privilèges qui a, au contraire, refuse tous ceux qui lui ont été proposes. Depuis le prix littéraire qui a couronne ton premier roman et que tu as refuse d'aller recevoir, tu t'es méfie de toutes les récompenses parce que tu savais qu'elles demandaient des contreparties. Tu n'étais pas de ces écrivains qui voyagent dans les délégations officielles, dans les bagages des ministres ou des présidents, et qui poussent parfois le cynisme jusqu'a écrire, une fois rentres, des articles contre les intellectuels aux ordres des pouvoirs !

Tes rapports avec le pouvoir (tous les pouvoirs) ont été très clairs; une distance souveraine. Tu étais, au lendemain de l'indépendance, président de la première Union d'écrivains algériens. Mais le jour ou l'on était venu t'informer que l'Union allait passer sous l'autorité du Parti, tu avais remis le tablier avec cette courtoisie seigneuriale qui t'est coutumière. Tu n'acceptais aucune contrainte, aucun boulet a ton pied, aucune laisse a ton cou. Tu étais par excellence, UN HOMME LIBRE. Et c'est ce que AMAZIGH veut dire. Cette liberté t'a coûté cher. De toute façon, tu en savais le prix et tu l'a toujours accepte. Tu as été peut-être le plus persécute des intellectuels algériens, toi l'un des fils les plus valeureux que cette nation ait jamais engendres. Le soir ou la télévision avait annonce laconiquement et brutalement ta mort, je ne pus m'empêcher, en dépit de l'indicible émotion, de remarquer que c'était la deuxième fois qu'elle parlait de toi; la première fois pour t'insulter lorsque, en 1980, une campagne honteusement diffamatoire a été déclenchée contre toi et la deuxième fois, neuf ans plus tard, pour nous annoncer ta disparition. La télévision de ton pays n'avait aucun document a nous montrer sur toi; elle ne t'avait jamais filme, elle ne t'avait jamais donne la parole, elle qui a pérennise en des kilomètres de pellicule tant d'intellectuels approximatifs, tant de manieurs de plume aux ordres du pouvoir.

Mais je vais clore la le chapitre navrant et long des brimades. Ce serait faire affront a ta générosité et a ta noblesse d'âme que de m'attarder a l'énumération des injustices, des diffamations qui glissaient sur toi comme de simples égratignures, qui te faisaient peut-être mal a l'intérieur mais ne transparaissaient pas. Tes préoccupations étaient ailleurs, tu avais autre chose a faire. Et puis, tu respectais trop les autres, même lorsqu'ils te faisaient du mal. Sans avoir jamais prétendu donner de leçon, ta vie, ton comportement, ton courage et ton intégrité constituaient en eux mêmes un exemple et une leçon. C'est pourquoi, toi l'homme modeste et brillant qui ne se montre gène et pris de court que lorsqu'il s'agit de lui-même, tu as toujours été au coeur de ce qui fait ce pays. Et les 200 000 personnes venues de toute l'Algérie escalader ces "chemins qui montent" pour t'accompagner a ton ultime demeure au coeur du Djurdjura témoignent en quelque sorte de cela. Toi l'homme pacifique et courtois, toi qui ne claques les portes que lorsqu'un pouvoir ou une chapelle quelconque tente de t'embrigader, tu as aide, non par des déclarations fracassantes, mais par ta lucidité, par ton travail intellectuel minutieux et soutenu, au lent cheminement de la tolérance et de la liberté.

Qui peut oublier les débuts de l'année 80 ? Des hommes qui nient une partie de la culture de ce peuple (tout le monde heureusement a oublie leurs noms, car ce ne sont pas des noms que l'histoire retient) t'interdisent de prononcer une conférence sur la poésie kabyle. De partout, de Bejaia, de Bouira, de Tizi-Ouzou, la Kabylie se lève pour défendre ses poètes. Et c'est toute l'Algérie qui, peu a peu, année après année, rejettera les baillons, les exclusions, les intolérances, la médiocrité et qui un jour d'octobre descendra dans la rue pour l'affirmer en versant une fois encore son sang. Toi, l'humaniste sceptique et indépendant qui n'a jamais assené de vérité, qui n'a jamais juge personne, tu étais, presque malgré toi, en amont d'une prise de conscience.

Et voici que nous devons désormais nous passer de ta présence chaleureuse et brillante, de ta superbe intelligence, de ta bonne humeur a toute épreuve, de ton endurance physique (on peut difficilement t'imaginer malade, par exemple) qui te faisait faire des centaines de kilomètres par jour pour aller donner bénévolement une conférence et remonter tout de suite après dans ta voiture. Tu es mort au volant de ta 205 (une voiture de jeune) comme le jeune homme fougueux que tu as toujours été. Sois rassure, Da Lmulud, la dernière image que je garderai de toi ce n'est pas celle, émouvante, du mort accidente que j'ai vu mais celle de ce jeudi 16 février ou nous nous étions retrouves avec d'autres amis a Ighil-Bwamas pour discuter du tournage d'un film. Tu étais élégant et alerte comme toujours, en tennis. Tu étais le premier au rendez-vous. Tu nous plaisantais sur notre retard, disant que tu croyais te tromper de jour. Tu étais aussi le premier a repartir, toujours disponible et toujours presse. Tu avais beaucoup de choses a faire, a donner a cette culture que tu as servie généreusement, sans rien demander en retour, supportant au contraire avec dignité les brimades que ton travail t'attirait. Tu étais impatient en ce jeudi 16 février comme si tu savais déjà que le temps pressait. Je te vois monter dans ta 205 et démarrer bruyamment sur la route difficile tandis que nous étions encore a bavarder. C'était la dernière fois que je devais te voir vivant.

La jeunesse assoiffée de culture et de liberté t'a toujours reconnu comme l'une de ses figures symboliques, quelques intellectuels et artistes t'ont toujours témoigne amitié, respect ou admiration dans les moments les plus difficiles. Mais ces derniers mois, c'est tout le monde intellectuel et médiatique algérien qui a commence a comprendre ton importance et qui a recherche ton point de vue. C'est vrai que certains medias, qui avaient peur de "se compromettre", te sont demeures fermes jusqu'a ta mort. Mais que de projets auxquels des gens voulaient t'associer ! que de journaux t'ont interviewe ! Et toi, porte et comme enivre par cette brise de liberté, tu te démenais, tu prenais ta voiture, sillonnais les routes et te rendais partout ou l'on te sollicitait. Oran, Ain-El-Hammam (ou tu devais rendre hommage a Si Mohand ou Mhand et ou l'on t'avait offert un burnous), Bejaia. Et enfin Oujda. Au mois de janvier, a Bejaia, ta conférence sur la culture berbère a draine tellement de monde qu'aucun édifice ne pouvait le contenir. Et c'est dans le stade de la ville que des milliers de gens t'ont écoute et ont discute de leur culture. Quelle belle revanche sur l'interdiction de ta conférence en 1980 ! Quel trajet parcouru depuis cette date sur le chemin de l'expression libre !

Je te revois a cette époque ou nous préparions l'entretien qui allait paraître aux éditions Laphomic. Je me rappelle la vivacité de ton intelligence, ton sens de la repartie, ta pudeur et ta gène lorsque nous sortions du domaine de l'esthétique ou des idées et que je te demandais de parler de toi-même ( ton combat nationaliste, par exemple, ton militantisme au MTLD, ce que tu as souffert durant la guerre, tu ne les évoquais jamais même lorsqu'on te contestait ton passe ou qu'on t'en fabriquait un autre ). Je me rappelle surtout ta jeunesse indéfectible. Je nous revois prenant des glaces dans l'un de ces innombrables salons de thé qui encombrent la rue Ben M'hidi ou dans le café "Le Véronèse" a Paris.

Tu seras toujours près de nous, éternel jeune homme des Ath Yenni et d'Algérie.
Qim di lehna
Tahar Djaout

jeudi 16 janvier 2014

Zedek Mouloud - Inédit 2014 (uffan ibγiγ)



Publiée le 12 janv. 2014
Le chanteur kabyle, Zedek Mouloud connu pour la finesse de ses mélodies et la douceur de sa voix, écrit, compose et chante avec un style qui lui est propre. Il respire l'originalité, l'authenticité et le poids des mots.

Fin et subtil quand il aborde les thèmes sentimentaux, direct et presque sans détours quand il traite des sujets où l'engagement est de mise.

La poésie du chanteur qui touche au politique, au sentimental et au vécu social, est à méditer par tous ceux qui partagent les valeurs que défend ce chanteur.

Zedek dans le rétro, c'est déjà une quinzaine d'albums en plus de 20 ans de carrière.

La dimension poétique de l'œuvre du chanteur Zedek Mouloud a été l'objet d'une étude à l'université de Tizi-ouzou.

Ile de la Réunion: Bientôt un jardin baptisé au nom de Chikh El Hasnaoui

Ile de la Réunion: Bientôt un jardin baptisé au nom de Chikh El Hasnaoui
16/01/2014 - 09:58

ÎLE DE LA RÉUNION ( SIWEL) - Un jeune Kabyle,Youva n Thala Hamou,vient de rendre hommage au grand maître de la chanson kabyle, Chikh El hasnawi,de son vrai nom Khelwat Mohhamed. Et aussi,Youva nous apprend qu’un jardin portera désormais le nom de Chikh . Cette nouvelle reconnaissance témoigne du respect que manifestent les étrangers à notre culture. Hélas, nous constatons avec regret que Chikh El Hasnaoui à l'instar de Slimane Azem et bien d'autres grands noms kabyles ne bénéficient d'aucune reconnaissance chez eux en Kabylie alors qu'ailleurs, il y a même des rues qui portent leurs noms.

Ile de la Réunion: Bientôt un jardin baptisé au nom de Chikh El Hasnaoui
Par ce geste, Youva, ce militant qui porte la Kabylie dans son cœur, nous rappelle le devoir d'entretenir note mémoire sans rien attendre du pouvoir algérien qui ne jure que par notre disparition et nous éveille sur l'impératif de doter le pays kabyle de son propre Etat afin de le réconcilier avec sa véritable identité et assurer son développement en tant que peuple et nation.

mercredi 8 janvier 2014

Matoub Lounès Uzu n tayri sous-titré



Mise en ligne le 14 oct. 2008
http://matoub.rebelle.free.fr/
Chanson de Matoub Lounès "Uzu n tayri" (Le couteau de l'amour). Vidéo sous-titrée en kabyle avec la traduction française de la chanson.
(Transcription en Tamazight et traduction/adaptation en français de Yalla Seddiki - Matoub Lounès, Mon nom est combat).

samedi 4 janvier 2014

La Kabylie dans la révolution : de l’instrumentalisation à la trahison

La Kabylie dans la révolution : de l’instrumentalisation à la trahison

Mots clés : 
Par Le Matin DZ | 05/07/2012 11:52:00 | 11385 lecture(s) | Réactions(44)
De nos jours, on assiste au retour aux vieux réflexes racistes ou régionalistes de la part des courants ou clans islamo-arabistes qui nichent dans les hautes sphères du régime.
Le colonel Mohand OulhadjLe colonel Mohand Oulhadj
Dès la fin des années quarante (crise berbériste de 1949), le courant anti-algérianiste et exclusionniste, mené par un Messali qui se ressourçait d’un panarabiste et d’un panislamisme raciste et intolérant, affichait déjà son anti-amazighisme par la marginalisation des Kabyles militant au sein du PPA pour cause de sentiments affichés par ceux-ci en faveur de leur langue maternelle. Plus tard, il y avait eu même des assassinats au sein des militants kabyles. Cela aurait dû suffire pour réveiller tous les doutes à propos de la destiné des Kabyles dans la future Algérie indépendante. Mais, l’amour des Kabyles à leur patrie les avait empêchés de s’unir pour leur propre cause. Ainsi, bien des militants kabyles avaient accepté de s’effacer et d’enfourcher le cheval de batail islamo-arabiste de Messali pour défendre une Algérie qui ne serait jamais la leur. 
Toujours dans leur torpeur, les Kabyles se sont donné à fond dans la guerre dite de libération de 1954. L’histoire rapporte que la wilaya III avait même dû exporter quelques-uns de ses combattants vers d’autres wilayas pour pouvoir déclencher la guerre contre l’armée française. Puis, vint le Congrès de la Soummam et le problème de l’identité de la future Algérie ressurgit. L’hostilité affichée par les adeptes d’une Algérie arabe envers la charte issue de ce grand congrès était un deuxième signe d’une grande trahison qui se profilait à l’horizon. Hélas, prisonniers de leur propre patriotisme, les Kabyles continuaient à se sacrifier même quand des combattants de valeur comme Abane et Amirouche tombaient dans des embuscades douteuses.
Puis peu après 1962, date de libération du joug colonial, un Ben Bella nassirien jusqu’à la moelle déclara de la tribune de la présidence dont il s’était appropriée que «nous sommes des Arabes, des Arabes, des Arabes !», affichant ainsi avec une telle violence verbale que les Berbères en général et les Kabyles en particulier étaient des citoyens de second degré dans leur propre pays. Cette énième gifle avait enfin fait son effet au sein des Kabyles, du moins pour quelque temps. Car en 1963, Aït Ahmed et le colonel Mohand Oulhadj reprirent le maquis pour relibérer l’Algérie. Pour désunir les Kabyles et casser cette révolte, Ben Bella avait alors recouru avec une grande malignité au patriotisme kabyle. En provoquant une fausse guerre avec le Maroc, le régime de Ben Bella avait réussi à vider la Kabylie d’une partie de ses combattants (le colonel Mohand Oulhadj et ses troupes s’étaient dépêchés aux frontières algéro-marocaines). L’autre partie, restée avec Aït Ahmed, subit alors une véritable descente punitive où des centaines de combattants épargnés par les feux de l’armée française étaient tués.
En 1970, ce fut le tour du chef de la diplomatie algérienne aux Accords d’Évian, le valeureux moujahid  Krim Belkacem ; comme reconnaissance à tout son combat pour l’Algérie, il eut été étranglé dans une chambre d’hôtel en Allemagne. 
Puis depuis les années 80, un franc combat identitaire, qui avait laissé son lot de victimes (emprisonnement et assassinat de militants) était mené essentiellement par les Kabyles en Kabylie et en Algérois. Le Printemps Berbère (1980) et le Printemps Noir (2001-2004) étaient deux périodes qui avaient rapporté bien des acquis à l’Algérie en général et à la cause amazighe en particulier. Du moins pour quelque temps encore. Car de nos jours, on assiste au retour aux vieux réflexes racistes ou régionalistes de la part des courants ou clans islamo-arabistes qui nichent dans les hautes sphères du régime et qui ont des hommes de main dans la société algérienne, aussi bien parmi les arabophones que parmi les berbérophones. Nul n’ignore que la  concentration du terrorisme et du banditisme actuellement en Kabylie n’est qu’un plan bien préparé destiné à punir et à assujettir cette région trop consciente, trop revendicatrice, trop gênante. 
En conclusion, tant que les Berbères en général et les Kabyles en particulier ne jouissent pas de tous leurs droits sur cette terre arrosée de leur sang, cette date du 5 juillet 1962 ne signifie rien pour eux.
D. Messaoudi

vendredi 6 décembre 2013

Smaïl Medjeber rend hommage à Saïd Mekbel

Smaïl Medjeber rend hommage à Saïd Mekbel

06/12/2013 - 14:46

VGAYET (SIWEL) — Au lendemain de "l’élection"; (je mets ce mot entre guillemets, car il n’a pas le sens exact d’une élection), de Liamine Zeroual, en Algérie, Saïd Mekbel a publié, sur le quotidien Le Matin, une caricature d’Ali Dilem, avec cette phrase : "Zorro est arrivé"
La lettre « Z » coïncidant, en plus, avec la première lettre du nom de « Zerroual ». Ce jour-là, en allant le voir à son bureau, à Hussein-Dey, je le rencontre à l’entrée, il me dit : "Tu sais d’où je viens, Smaïl ?" A ma réponse négative, il me dit :" Je viens du cabinet de la présidence. J’ai été convoqué parce que j’ai publié la caricature de Dilem, avec la phrase qui les dérange "Zorro est arrivé"."


Le 3 décembre 1994, Said Meqbel est assassiné de deux balles dans la tête dans un restaurant à Alger. Said Mekbel succombera à ses blessures le lendemain à l'hôpital et sera enterré en Kabylie, au cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Vgayet (PH/DR).
Le 3 décembre 1994, Said Meqbel est assassiné de deux balles dans la tête dans un restaurant à Alger. Said Mekbel succombera à ses blessures le lendemain à l'hôpital et sera enterré en Kabylie, au cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Vgayet (PH/DR).
Au lendemain de "l’élection"; (je mets ce mot entre guillemets, car il n’a pas le sens exact d’une élection), de Liamine Zeroual, en Algérie, Saïd Mekbel a publié, sur le quotidien Le Matin, une caricature d’Ali Dilem, avec cette phrase : "Zorro est arrivé"
La lettre « Z » coïncidant, en plus, avec la première lettre du nom de « Zerroual ». Ce jour-là, en allant le voir à son bureau, à Hussein-Dey, je le rencontre à l’entrée, il me dit : "Tu sais d’où je viens, Smaïl ?" A ma réponse négative, il me dit :" Je viens du cabinet de la présidence. J’ai été convoqué parce que j’ai publié la caricature de Dilem, avec la phrase qui les dérange "Zorro est arrivé"." Des reproches lui ont été faits avec une grande véhémence, pour cela. Six mois après, le triste jour du 3 décembre 1994, Saïd Mekbel sera assassiné, à deux pas de son bureau.

Quotidiennement, comme il me l’avait dit, il se savait en danger de mort. Chaque soir, il n’était pas sûr d’arriver jusqu’à chez lui. C’était pour cette raison, le sachant donc en danger, je lui avais proposé, en cas de nécessité et urgence, de venir se réfugier chez moi, à la Cité Amirouche, à Hussein-Dey, pas loin de son bureau. Je me souviens aussi que, lui ayant demandé de sponsoriser une rencontre culturelle amazighe qui aura lieu à Bejaïa, en lui offrant un espace publicitaire, il me dit :
-En plus c’est à Bejaïa ? Tu me fais un double piège, Smaïl. Bejaïa !
Je ne savais pas encore qu’il était natif de Bejaïa, et donc il ne pouvait pas refuser de faire quelque chose pour sa belle région de naissance, d’une part, et, d’autre part, pour la culture amazighe. Il offrit donc ce bel espace à l’association qui organisa cet événement culturel. Saïd Mekbel était d’une simplicité et d’une modestie exemplaire. Il restera, pour l’éternité, un GRAND et INCORRUPTIBLE HOMME de la PLUME LIBRE.

Je m’incline devant lui, devant sa Mémoire.

Brèf récit biographique de Saïd Mekbel :

Saïd Mekbel naquit le 25 mars 1940 à Bejaïa, en Kabylie.

En 1974, il obtient le diplôme d'ingénieur électromécanicien, spécialisé en mécanique des fluides.
1974 -1975, il sera professeur d’écoulement des fluides compressibles au centre de Ben Aknoun et Conférencier technique à l’école technique de Blida.
1975 – 1976, il fait une année à l’école des applications du gaz à Paris.
Il poursuivra ses études à la Faculté des Sciences d'Alger et obtient son doctorat d'ingénieur en mécanique des fluides qu'il soutient en 1978. Puis sera nommé Ingénieur Chef de Région Années 80, il sera professeur associé à l’école polytechnique d’El Harrach (ENP) et membre du jury d’examen de l’IAP de Boumerdes, période durant laquelle, en amateur, il s'adonnera à la photo et montera son laboratoire chez lui.
Il fut Chroniqueur satirique connu sous le pseudonyme Mesmar Dj'ha
Il fera ses premières armes à Alger Républicain où il se fait critique de cinéma.
Sur les conseils d’Henri Allez, alors directeur de publication, il participe à la chronique satirique de L’Ogre ouverte à tous les journalistes du quotidien, qu’il reprendra ensuite sous le nom d’El Ghoul, au même moment il crée sa propre chronique... Mesmar Djeha.
Il reste à Alger Républicain jusqu’au 19 juin 1965 date de la prise de pouvoir d'Houari Boumédiène coïncidant avec l’interdiction du journal à paraître.
En 1989, à l’appel d’anciens d’Alger Républicain, il reprend la plume pour faire renaître la chronique d’El Ghoul, qu'il accompagnera souvent de ses propres caricatures.
Il participe au journal satirique El Manchar.
En 1991, il quitte Alger républicain. Avec une équipe de journalistes qui créent en septembre de la même année, Le Matin où il réapparaît avec Mesmar j’ha, qu’il décide de planter en haut à droite de la 24.
En avril 92, Il crée son propre bimensuel satirique Baroud qu’il arrête après une dizaine de numéros suite à des problèmes administratifs.
1993, il collabore à l'hebdomadaire Ruptures. En septembre de la même année, il sera nommé directeur de la publication du quotidien le Matin.
Saïd Mekbel échappe à un premier attentat le 8 mars 94 à la sortie de son domicile.
Le 3 décembre 1994, il est de nouveau victime d'un attentat dans un restaurant proche du journal à Hussein-Dey. Touché de deux balles dans la tête, Said Mekbel succombera à ses blessures le lendemain à l'hôpital d’Ain Naâdja d’Alger.
Il sera enterré, au cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Béjaia.
Son dernier billet « Ce voleur qui », publié le jour-même de son assassinat, fera le tour de la presse mondiale. (Source Wikipedia)


Par Smaïl Medjeber
SIWEL 061446 DEc 13

jeudi 5 décembre 2013

Said Mekbel… 03 décembre 1994: La vérité a besoin de témoins

Said Mekbel… 03 décembre 1994: La vérité a besoin de témoins

2 décembre 2013 23:19
Said Makbel. Photo DR
Said Makbel. Photo DR
Il y a dix neuf ans, Said, ce voleur qui… nous quittait en laissant plus de mille billets. Des chroniques : El Ghoul, A belles dents, Mesmar J’ha, en passant par des interviews imaginaires, des écrits dans El Manchar, Baroud, ou encore Rupture.
De ses écrits, il dira « je ne comprends pas grand chose à ce qui se passe… j’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux…dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. »
Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec, quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil régla ses comptes … en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 88… ».
Mais c’est Double Casquette paru à la Une du premier numéro d’Alger-Rép en 89, qui signe son retour à la presse, il demande alors, à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la république « d’aucuns souhaitent que le président de la république abandonne la présidence du FLN. ». Il reprend en 91 « De la stature de notre président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? »
Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque «Il apparaît avec un chapelet de prières à la main …qui pourrait bien annoncer… le ralliement …la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre «Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…et cette personnalité du pouvoir: dorénavant les journalistes devront arracher la liberté de la presse » ?
Au Cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires. Il répondra «… je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. »
A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note L’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant « ce morceau de datte qui est recraché … signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge »
Concernant le passé de la presse, il écrira « nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs»
De Boutefika notre président, il aura cette prémonition, « après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler »
Puis à certains qui proposent la création d’un Comité d’éthique, il répondra «Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession…Ceux qui retournent la veste, Ceux qui s’agenouillent et se prosternent offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. »
Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant «qu’ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier. »
A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… »
De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah «qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir »
Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : «…Son frère répétant sans cesse :  » Khad’ouna  » – ils nous ont trahis – » Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut «vous trouvez normal …qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autre énergumène politique peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? »
Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer, «j’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car plus encore «Je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ».
A un avertissement du HCE, il répondra «mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés qui risquent leurs vies …gendarme, soldat, policier et aujourd’hui, simple citoyen… il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. »
De la jeunesse, il se demande «quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogues, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… »
Des femmes, il dira «combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme, qui vient de recevoir, une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique «je ne dors plus car je ne sais quoi faire…» Il conseil «confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. »
Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées. ..», il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles. « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu …qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde. Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière? ».
L’avenir du pays ? Il constate « chaque jour qui passe vaut une année de perdue…au moins dix ans de retard sur les terrains…on a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… ».
Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux, en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen…car, la vérité est comme la justice: elle a besoin de témoins…Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »
Nazim Mekbel, article publié avec son aimable autorisation

lundi 2 décembre 2013

Entretien avec Lounès Matoub | Interviews | D.N.Kabylie

Entretien avec Lounès Matoub

9 novembre 2013 22:42
Matoub Lounès, chanteur du peuple. Photo DR
Matoub Lounès, le chanteur du peuple. Photo DR
Lounès MATOUB est né le 24 janvier 1956 en Kabylie. A 9 ans, il fabriqua sa première guitare avec un bidon vide. Il publie son premier album en 1978. Criblé de balles par un gendarme en 1988, enlevé par les islamistes en 1994 et libéré par un gigantesque mouvement populaire, il était le chanteur le plus populaire de Kabylie. Il a été assassiné le le 25 juin 1998, en Algérie, dans dans des conditions non élucidées, vraisemblablement par des milieux proches du pouvoir.
Son œuvre riche de 36 albums traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les droits de l’Homme, les problèmes de l’existence …



Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j’ai mûri, et la popularité m’a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.
Je me dois d’être fidèle à moi-même. C’est que, profondément, mon personnage est resté le même. J’essaie d’être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu’au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu’il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur « non ».
Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s’éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m’intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l’artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d’indiscipline, insurgé, je n’ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d’épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l’amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d’odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l’imposture aux mille visages.
Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.

Tu dois avoir pas mal d’ennemis ?
Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu’ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les « parachutés » (.. Je n’aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu’à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu’il n’est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.
Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ?
Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m’accorde pas beaucoup d’entretiens, c’est parce que je refuse toute concession dans l’expression de mes opinions. On n’a rien à me reprocher. Sinon d’avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui – oui. Je ne suis pas l’homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m’affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J’aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l’ai jamais fait. Car je ne suis d’aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d’ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi.
Ils ont fait de moi le familier des prostituées et des truands. Ils ont inventé, pour me salir, des légendes scabreuses.
Dans les rédactions algériennes, on me discute longuement. J’étonne et j’inquiète.
Certains journalistes (critiques de variétés) ont de quoi me rendre circonspect. Pour des raisons qu’on devinera aisément, je me méfie de certains d’entre eux.
Plusieurs rédacteurs en chef ou directeurs de rédaction coupent cyniquement, dans des articles, tout ce qui se rapporte (de positif) à moi. A part quelques articles élogieux (parus après octobre 88, il faut le souligner), les journalistes algériens de la culturelle m’ont ostensiblement, pour une raison de censure ou autres, dédaigné, et tout cela à cause de mes audaces de vocabulaire, la franchise et la précision des images, le caractère même des réponses et des sujets traités. Ignorant les interdictions, dédaignant les menaces, j’ai continué de composer et de chanter, quand même, envers et contre tous. C’est par la suite que j’ai appris que tout honneur est source de contraintes.

Que signifie pour toi le fait de chanter en tamazight ?
En tant que chanteur, je suis le représentant d’une vision et d’une _expression personnelle du monde qui m’entoure et de moi-même. Je ne veux pas mourir pour un héritage que je n’aurais pas assumé.
Je revendique le fait d’être chez moi dans ma tête et dans mes mots et de vivre comme je le sens.
C’est la raison pour laquelle j’utilise la langue amazighe pour brasser des émotions qui n’appartiennent qu’à nous parce que voir le monde à travers des yeux arabes du fond d’une âme berbère entraîne la mort. Et mon problème est que depuis l’indépendance, nous avons été honnis, bannis, écrasés, spoliés, chassés, traqués, arabisés de force au nom d’une idéologie arabo-islamiste qui est devenue officielle au lendemain de l’indépendance.
Cela dit, pour moi le public auquel je m’adresse possède un inconscient collectif qu’il s’agit de réveiller. Je veux lui faire retrouver une identité qu’il pensait avoir perdue. La langue que parle mon peuple, perfectionnée et enrichie par des siècles d’oppression coloniale et raciste, offre sur l’Algérie un angle de vision unique.

Que représente pour toi la culture amazighe ?
Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n’est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d’or du passé. La culture amazighe, c’est une question de civilisation et l’avenir de notre pays se jouera peut-être dessus. A travers la prise de conscience de mon identité, j’ai découvert le génocide culturel et le viol linguistique subis par les miens. J’ai, aussi découvert toute une culture méprisée, humiliée, déclassée, exclue des deux écrans (le grand et le petit), interdite de colonne et de séjour.
Un sujet dont on ne parlait qu’à mi-voix. On est dans une situation pire que celle des Bretons, des Occitans, des Corses, des Kurdes, des Arméniens et des Indiens.
Impossible que soient toujours vainqueurs les plus corrompus et les plus honnis par l’histoire ! Et c’est pourquoi nous refusons d’être les nègres blancs, les indiens, le tiers-monde du pouvoir. Nous refusons d’être bougnoulisés, quoi ! Il reste fort à faire pour préserver ce pays paisible et lui épargner les fléaux de la violence et de l’intolérance.
Tout est encore possible, il faut seulement prendre des risques avec sa vie pour préparer des lendemains meilleurs. Je me défends donc je suis. On veut tout leur faire oublier, aux imazighen : Leur identité, leur langue, leur culture.
Ils se trouvent rangés dans une catégorie mineure de citoyens ; pire, ils n’existent pas en tant que tels, hormis pour le service national et comme force de travail.
Et quand ce n’est pas un gros bonnet de la nomenklatura locale ou un officier supérieur de l’ex Sécurité militaire qui leur cherche midi à quatorze heures alors qu’il est dix heures, c’est un wali qui grignote leurs terres ancestrales à coups d’édits et de décrets d’utilité publique et sans indemnisation ou si peu, tellement peu que les indemnisés n’en veulent pas.
A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je rejette leur tutelle. Ce peuple à qui l’on a volé l’âme refuse d’être un peuple rampant.
Il refuse aussi de perpétuer l’état colonial dans lequel les pouvoirs en place ont voulu tenir les deux Kabylie qui n’ont d’intérêt pour eux que lorsque nos frontières sont menacées. Ils ne nous auront pas. Tu peux leur dire qu’il ne faudra plus compter sur la jeunesse Amazighe pour aller au casse-pipe.

Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ?
Fais-moi pas rire. C’est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J’ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d’être raciste.
Quelle est ta véritable culture ?
Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu’on sait que « l’oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique ». La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité.
C’est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j’enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m’a façonné et que si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?
Tout enfant, j’avais fait cette pénible découverte : je n’avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants.
La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c’est l’ALGERIE. Mais je suis le citoyen d’une autre patrie : LA CHANSON.
Quant à la langue amazighe, c’est ma langue maternelle, la langue du foetus, la langue intérieure J’ai la double nationalité car j’ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur.
C’est dans la différence que je trouve mon identité.


Entretien réalisé  par Abderhmane LOUNES ,extrait de son livre  » Le testament » un longue entretient realisé en 1997.

jeudi 28 novembre 2013

Lounès MATOUB la voix d'un peuple (FILM COMPLET)







Mise en ligne le 30 janv. 2012
Rares sont ceux qui bâtissent
abondants ceux qui détruisent
peut sont ceux qui agissent
nombreux ceux qui se vantent
le monde est à l'envers, tout va mal
l'honneur est jeté au feu
et ils ont attisé les flammes
un souci à peine écarté
qu'un autre pointe son nez
la peine ne veut guère nous lâcher
elle nous colle comme la gale
d'aucuns au nom de la religion
exploitent la peine des autres
pillant centimes par centimes
pour accéder à leurs fins
ceux la qui élèvent des palais
d'ou la fortune leurs vient-elle?
aujourd'hui ils contrôlent tout
leur fortune parle pour eux
leurs enfants les voila qui baignent dans le savoir à l'étranger.
quand à nous sous le joug de l'humiliation
c'est l'arabe qu'on nous enseigne...

Un film documentaire de Youcef LALAMI
Métamorphose films
52mn