samedi 11 janvier 2014
mercredi 8 janvier 2014
Matoub Lounès Uzu n tayri sous-titré
Mise en ligne le 14 oct. 2008
http://matoub.rebelle.free.fr/
Chanson de Matoub Lounès "Uzu n tayri" (Le couteau de l'amour). Vidéo sous-titrée en kabyle avec la traduction française de la chanson.
(Transcription en Tamazight et traduction/adaptation en français de Yalla Seddiki - Matoub Lounès, Mon nom est combat).
Chanson de Matoub Lounès "Uzu n tayri" (Le couteau de l'amour). Vidéo sous-titrée en kabyle avec la traduction française de la chanson.
(Transcription en Tamazight et traduction/adaptation en français de Yalla Seddiki - Matoub Lounès, Mon nom est combat).
samedi 4 janvier 2014
La Kabylie dans la révolution : de l’instrumentalisation à la trahison
La Kabylie dans la révolution : de l’instrumentalisation à la trahison
Mots clés : Algerie, Kabylie
Par Le Matin DZ | 05/07/2012 11:52:00 | 11385 lecture(s) | Réactions(44)
De nos jours, on assiste au retour aux vieux réflexes racistes ou régionalistes de la part des courants ou clans islamo-arabistes qui nichent dans les hautes sphères du régime.
Dès la fin des années quarante (crise berbériste de 1949), le courant anti-algérianiste et exclusionniste, mené par un Messali qui se ressourçait d’un panarabiste et d’un panislamisme raciste et intolérant, affichait déjà son anti-amazighisme par la marginalisation des Kabyles militant au sein du PPA pour cause de sentiments affichés par ceux-ci en faveur de leur langue maternelle. Plus tard, il y avait eu même des assassinats au sein des militants kabyles. Cela aurait dû suffire pour réveiller tous les doutes à propos de la destiné des Kabyles dans la future Algérie indépendante. Mais, l’amour des Kabyles à leur patrie les avait empêchés de s’unir pour leur propre cause. Ainsi, bien des militants kabyles avaient accepté de s’effacer et d’enfourcher le cheval de batail islamo-arabiste de Messali pour défendre une Algérie qui ne serait jamais la leur.
Toujours dans leur torpeur, les Kabyles se sont donné à fond dans la guerre dite de libération de 1954. L’histoire rapporte que la wilaya III avait même dû exporter quelques-uns de ses combattants vers d’autres wilayas pour pouvoir déclencher la guerre contre l’armée française. Puis, vint le Congrès de la Soummam et le problème de l’identité de la future Algérie ressurgit. L’hostilité affichée par les adeptes d’une Algérie arabe envers la charte issue de ce grand congrès était un deuxième signe d’une grande trahison qui se profilait à l’horizon. Hélas, prisonniers de leur propre patriotisme, les Kabyles continuaient à se sacrifier même quand des combattants de valeur comme Abane et Amirouche tombaient dans des embuscades douteuses.
Puis peu après 1962, date de libération du joug colonial, un Ben Bella nassirien jusqu’à la moelle déclara de la tribune de la présidence dont il s’était appropriée que «nous sommes des Arabes, des Arabes, des Arabes !», affichant ainsi avec une telle violence verbale que les Berbères en général et les Kabyles en particulier étaient des citoyens de second degré dans leur propre pays. Cette énième gifle avait enfin fait son effet au sein des Kabyles, du moins pour quelque temps. Car en 1963, Aït Ahmed et le colonel Mohand Oulhadj reprirent le maquis pour relibérer l’Algérie. Pour désunir les Kabyles et casser cette révolte, Ben Bella avait alors recouru avec une grande malignité au patriotisme kabyle. En provoquant une fausse guerre avec le Maroc, le régime de Ben Bella avait réussi à vider la Kabylie d’une partie de ses combattants (le colonel Mohand Oulhadj et ses troupes s’étaient dépêchés aux frontières algéro-marocaines). L’autre partie, restée avec Aït Ahmed, subit alors une véritable descente punitive où des centaines de combattants épargnés par les feux de l’armée française étaient tués.
En 1970, ce fut le tour du chef de la diplomatie algérienne aux Accords d’Évian, le valeureux moujahid Krim Belkacem ; comme reconnaissance à tout son combat pour l’Algérie, il eut été étranglé dans une chambre d’hôtel en Allemagne.
Puis depuis les années 80, un franc combat identitaire, qui avait laissé son lot de victimes (emprisonnement et assassinat de militants) était mené essentiellement par les Kabyles en Kabylie et en Algérois. Le Printemps Berbère (1980) et le Printemps Noir (2001-2004) étaient deux périodes qui avaient rapporté bien des acquis à l’Algérie en général et à la cause amazighe en particulier. Du moins pour quelque temps encore. Car de nos jours, on assiste au retour aux vieux réflexes racistes ou régionalistes de la part des courants ou clans islamo-arabistes qui nichent dans les hautes sphères du régime et qui ont des hommes de main dans la société algérienne, aussi bien parmi les arabophones que parmi les berbérophones. Nul n’ignore que la concentration du terrorisme et du banditisme actuellement en Kabylie n’est qu’un plan bien préparé destiné à punir et à assujettir cette région trop consciente, trop revendicatrice, trop gênante.
En conclusion, tant que les Berbères en général et les Kabyles en particulier ne jouissent pas de tous leurs droits sur cette terre arrosée de leur sang, cette date du 5 juillet 1962 ne signifie rien pour eux.
D. Messaoudi
vendredi 6 décembre 2013
Smaïl Medjeber rend hommage à Saïd Mekbel
Smaïl Medjeber rend hommage à Saïd Mekbel
06/12/2013 - 14:46
VGAYET (SIWEL) — Au lendemain de "l’élection"; (je mets ce mot
entre guillemets, car il n’a pas le sens exact d’une élection), de
Liamine Zeroual, en Algérie, Saïd Mekbel a publié, sur le quotidien Le
Matin, une caricature d’Ali Dilem, avec cette phrase : "Zorro est
arrivé"
La lettre « Z » coïncidant, en plus, avec la première lettre du nom
de « Zerroual ». Ce jour-là, en allant le voir à son bureau, à
Hussein-Dey, je le rencontre à l’entrée, il me dit : "Tu sais d’où je
viens, Smaïl ?" A ma réponse négative, il me dit :" Je viens du cabinet
de la présidence. J’ai été convoqué parce que j’ai publié la caricature
de Dilem, avec la phrase qui les dérange "Zorro est arrivé"."
Le 3 décembre 1994, Said Meqbel est assassiné de deux balles dans
la tête dans un restaurant à Alger. Said Mekbel succombera à ses
blessures le lendemain à l'hôpital et sera enterré en Kabylie, au
cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Vgayet (PH/DR).
Au lendemain de "l’élection"; (je mets ce mot entre guillemets,
car il n’a pas le sens exact d’une élection), de Liamine Zeroual, en
Algérie, Saïd Mekbel a publié, sur le quotidien Le Matin, une caricature
d’Ali Dilem, avec cette phrase : "Zorro est arrivé"
La lettre « Z » coïncidant, en plus, avec la première lettre du nom de « Zerroual ». Ce jour-là, en allant le voir à son bureau, à Hussein-Dey, je le rencontre à l’entrée, il me dit : "Tu sais d’où je viens, Smaïl ?" A ma réponse négative, il me dit :" Je viens du cabinet de la présidence. J’ai été convoqué parce que j’ai publié la caricature de Dilem, avec la phrase qui les dérange "Zorro est arrivé"." Des reproches lui ont été faits avec une grande véhémence, pour cela. Six mois après, le triste jour du 3 décembre 1994, Saïd Mekbel sera assassiné, à deux pas de son bureau.
Quotidiennement, comme il me l’avait dit, il se savait en danger de mort. Chaque soir, il n’était pas sûr d’arriver jusqu’à chez lui. C’était pour cette raison, le sachant donc en danger, je lui avais proposé, en cas de nécessité et urgence, de venir se réfugier chez moi, à la Cité Amirouche, à Hussein-Dey, pas loin de son bureau. Je me souviens aussi que, lui ayant demandé de sponsoriser une rencontre culturelle amazighe qui aura lieu à Bejaïa, en lui offrant un espace publicitaire, il me dit :
-En plus c’est à Bejaïa ? Tu me fais un double piège, Smaïl. Bejaïa !
Je ne savais pas encore qu’il était natif de Bejaïa, et donc il ne pouvait pas refuser de faire quelque chose pour sa belle région de naissance, d’une part, et, d’autre part, pour la culture amazighe. Il offrit donc ce bel espace à l’association qui organisa cet événement culturel. Saïd Mekbel était d’une simplicité et d’une modestie exemplaire. Il restera, pour l’éternité, un GRAND et INCORRUPTIBLE HOMME de la PLUME LIBRE.
Je m’incline devant lui, devant sa Mémoire.
Brèf récit biographique de Saïd Mekbel :
Saïd Mekbel naquit le 25 mars 1940 à Bejaïa, en Kabylie.
En 1974, il obtient le diplôme d'ingénieur électromécanicien, spécialisé en mécanique des fluides.
1974 -1975, il sera professeur d’écoulement des fluides compressibles au centre de Ben Aknoun et Conférencier technique à l’école technique de Blida.
1975 – 1976, il fait une année à l’école des applications du gaz à Paris.
Il poursuivra ses études à la Faculté des Sciences d'Alger et obtient son doctorat d'ingénieur en mécanique des fluides qu'il soutient en 1978. Puis sera nommé Ingénieur Chef de Région Années 80, il sera professeur associé à l’école polytechnique d’El Harrach (ENP) et membre du jury d’examen de l’IAP de Boumerdes, période durant laquelle, en amateur, il s'adonnera à la photo et montera son laboratoire chez lui.
Il fut Chroniqueur satirique connu sous le pseudonyme Mesmar Dj'ha
Il fera ses premières armes à Alger Républicain où il se fait critique de cinéma.
Sur les conseils d’Henri Allez, alors directeur de publication, il participe à la chronique satirique de L’Ogre ouverte à tous les journalistes du quotidien, qu’il reprendra ensuite sous le nom d’El Ghoul, au même moment il crée sa propre chronique... Mesmar Djeha.
Il reste à Alger Républicain jusqu’au 19 juin 1965 date de la prise de pouvoir d'Houari Boumédiène coïncidant avec l’interdiction du journal à paraître.
En 1989, à l’appel d’anciens d’Alger Républicain, il reprend la plume pour faire renaître la chronique d’El Ghoul, qu'il accompagnera souvent de ses propres caricatures.
Il participe au journal satirique El Manchar.
En 1991, il quitte Alger républicain. Avec une équipe de journalistes qui créent en septembre de la même année, Le Matin où il réapparaît avec Mesmar j’ha, qu’il décide de planter en haut à droite de la 24.
En avril 92, Il crée son propre bimensuel satirique Baroud qu’il arrête après une dizaine de numéros suite à des problèmes administratifs.
1993, il collabore à l'hebdomadaire Ruptures. En septembre de la même année, il sera nommé directeur de la publication du quotidien le Matin.
Saïd Mekbel échappe à un premier attentat le 8 mars 94 à la sortie de son domicile.
Le 3 décembre 1994, il est de nouveau victime d'un attentat dans un restaurant proche du journal à Hussein-Dey. Touché de deux balles dans la tête, Said Mekbel succombera à ses blessures le lendemain à l'hôpital d’Ain Naâdja d’Alger.
Il sera enterré, au cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Béjaia.
Son dernier billet « Ce voleur qui », publié le jour-même de son assassinat, fera le tour de la presse mondiale. (Source Wikipedia)
Par Smaïl Medjeber
SIWEL 061446 DEc 13
La lettre « Z » coïncidant, en plus, avec la première lettre du nom de « Zerroual ». Ce jour-là, en allant le voir à son bureau, à Hussein-Dey, je le rencontre à l’entrée, il me dit : "Tu sais d’où je viens, Smaïl ?" A ma réponse négative, il me dit :" Je viens du cabinet de la présidence. J’ai été convoqué parce que j’ai publié la caricature de Dilem, avec la phrase qui les dérange "Zorro est arrivé"." Des reproches lui ont été faits avec une grande véhémence, pour cela. Six mois après, le triste jour du 3 décembre 1994, Saïd Mekbel sera assassiné, à deux pas de son bureau.
Quotidiennement, comme il me l’avait dit, il se savait en danger de mort. Chaque soir, il n’était pas sûr d’arriver jusqu’à chez lui. C’était pour cette raison, le sachant donc en danger, je lui avais proposé, en cas de nécessité et urgence, de venir se réfugier chez moi, à la Cité Amirouche, à Hussein-Dey, pas loin de son bureau. Je me souviens aussi que, lui ayant demandé de sponsoriser une rencontre culturelle amazighe qui aura lieu à Bejaïa, en lui offrant un espace publicitaire, il me dit :
-En plus c’est à Bejaïa ? Tu me fais un double piège, Smaïl. Bejaïa !
Je ne savais pas encore qu’il était natif de Bejaïa, et donc il ne pouvait pas refuser de faire quelque chose pour sa belle région de naissance, d’une part, et, d’autre part, pour la culture amazighe. Il offrit donc ce bel espace à l’association qui organisa cet événement culturel. Saïd Mekbel était d’une simplicité et d’une modestie exemplaire. Il restera, pour l’éternité, un GRAND et INCORRUPTIBLE HOMME de la PLUME LIBRE.
Je m’incline devant lui, devant sa Mémoire.
Brèf récit biographique de Saïd Mekbel :
Saïd Mekbel naquit le 25 mars 1940 à Bejaïa, en Kabylie.
En 1974, il obtient le diplôme d'ingénieur électromécanicien, spécialisé en mécanique des fluides.
1974 -1975, il sera professeur d’écoulement des fluides compressibles au centre de Ben Aknoun et Conférencier technique à l’école technique de Blida.
1975 – 1976, il fait une année à l’école des applications du gaz à Paris.
Il poursuivra ses études à la Faculté des Sciences d'Alger et obtient son doctorat d'ingénieur en mécanique des fluides qu'il soutient en 1978. Puis sera nommé Ingénieur Chef de Région Années 80, il sera professeur associé à l’école polytechnique d’El Harrach (ENP) et membre du jury d’examen de l’IAP de Boumerdes, période durant laquelle, en amateur, il s'adonnera à la photo et montera son laboratoire chez lui.
Il fut Chroniqueur satirique connu sous le pseudonyme Mesmar Dj'ha
Il fera ses premières armes à Alger Républicain où il se fait critique de cinéma.
Sur les conseils d’Henri Allez, alors directeur de publication, il participe à la chronique satirique de L’Ogre ouverte à tous les journalistes du quotidien, qu’il reprendra ensuite sous le nom d’El Ghoul, au même moment il crée sa propre chronique... Mesmar Djeha.
Il reste à Alger Républicain jusqu’au 19 juin 1965 date de la prise de pouvoir d'Houari Boumédiène coïncidant avec l’interdiction du journal à paraître.
En 1989, à l’appel d’anciens d’Alger Républicain, il reprend la plume pour faire renaître la chronique d’El Ghoul, qu'il accompagnera souvent de ses propres caricatures.
Il participe au journal satirique El Manchar.
En 1991, il quitte Alger républicain. Avec une équipe de journalistes qui créent en septembre de la même année, Le Matin où il réapparaît avec Mesmar j’ha, qu’il décide de planter en haut à droite de la 24.
En avril 92, Il crée son propre bimensuel satirique Baroud qu’il arrête après une dizaine de numéros suite à des problèmes administratifs.
1993, il collabore à l'hebdomadaire Ruptures. En septembre de la même année, il sera nommé directeur de la publication du quotidien le Matin.
Saïd Mekbel échappe à un premier attentat le 8 mars 94 à la sortie de son domicile.
Le 3 décembre 1994, il est de nouveau victime d'un attentat dans un restaurant proche du journal à Hussein-Dey. Touché de deux balles dans la tête, Said Mekbel succombera à ses blessures le lendemain à l'hôpital d’Ain Naâdja d’Alger.
Il sera enterré, au cimetière de Sidi Mohand Amokrane, à Béjaia.
Son dernier billet « Ce voleur qui », publié le jour-même de son assassinat, fera le tour de la presse mondiale. (Source Wikipedia)
Par Smaïl Medjeber
SIWEL 061446 DEc 13
jeudi 5 décembre 2013
Said Mekbel… 03 décembre 1994: La vérité a besoin de témoins
Said Mekbel… 03 décembre 1994: La vérité a besoin de témoins
2 décembre 2013 23:19
De ses écrits, il dira « je ne comprends pas grand chose à ce qui se passe… j’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux…dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. »
Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec, quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil régla ses comptes … en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 88… ».
Mais c’est Double Casquette paru à la Une du premier numéro d’Alger-Rép en 89, qui signe son retour à la presse, il demande alors, à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la république « d’aucuns souhaitent que le président de la république abandonne la présidence du FLN. ». Il reprend en 91 « De la stature de notre président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? »
Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque «Il apparaît avec un chapelet de prières à la main …qui pourrait bien annoncer… le ralliement …la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre «Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…et cette personnalité du pouvoir: dorénavant les journalistes devront arracher la liberté de la presse » ?
Au Cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires. Il répondra «… je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. »
A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note L’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant « ce morceau de datte qui est recraché … signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge »
Concernant le passé de la presse, il écrira « nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs»
De Boutefika notre président, il aura cette prémonition, « après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler »
Puis à certains qui proposent la création d’un Comité d’éthique, il répondra «Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession…Ceux qui retournent la veste, Ceux qui s’agenouillent et se prosternent offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. »
Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant «qu’ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier. »
A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… »
De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah «qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir »
Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : «…Son frère répétant sans cesse : » Khad’ouna » – ils nous ont trahis – » Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut «vous trouvez normal …qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autre énergumène politique peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? »
Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer, «j’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car plus encore «Je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ».
A un avertissement du HCE, il répondra «mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés qui risquent leurs vies …gendarme, soldat, policier et aujourd’hui, simple citoyen… il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. »
De la jeunesse, il se demande «quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogues, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… »
Des femmes, il dira «combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme, qui vient de recevoir, une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique «je ne dors plus car je ne sais quoi faire…» Il conseil «confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. »
Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées. ..», il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles. « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu …qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde. Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière? ».
L’avenir du pays ? Il constate « chaque jour qui passe vaut une année de perdue…au moins dix ans de retard sur les terrains…on a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… ».
Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux, en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen…car, la vérité est comme la justice: elle a besoin de témoins…Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »
Nazim Mekbel, article publié avec son aimable autorisation
lundi 2 décembre 2013
Entretien avec Lounès Matoub | Interviews | D.N.Kabylie
Entretien avec Lounès Matoub
9 novembre 2013 22:42
Son œuvre riche de 36 albums traite les thèmes les plus variés : la revendication berbère, les libertés démocratiques, l’intégrisme, l’amour, l’exil, la mémoire, l’histoire, la paix, les droits de l’Homme, les problèmes de l’existence …
Enfant du peuple je suis, enfant du peuple je resterai. Certes, comme tout un chacun, j’ai mûri, et la popularité m’a sans doute fait prendre davantage conscience de mes responsabilités. Car, plus vous étés connus, plus vous avez des responsabilités.
Je me dois d’être fidèle à moi-même. C’est que, profondément, mon personnage est resté le même. J’essaie d’être un homme honnête, peu apte aux compromissions. Je veux aller jusqu’au bout de moi-même, sans tricherie, sans concessions. Je sais encore dire non. Alors qu’il y a tant de béni-oui-oui, qui à force de dire oui, ont perdu leur « non ».
Je ne veux pas flouer mes admirateurs en leur promettant des lendemains qui chantent, en sachant pertinemment que le monde meilleur dont on annonçait tranquillement la venue s’éloigne de plus en plus. Gagner par une telle voie ne m’intéresse pas. Je risque de me perdre ou, pis encore, de couler dans la facilité. Je veux rester tel que je suis, sans verser dans la moindre concession commerciale. Et pourtant, actuellement, l’artistique est bien souvent obligé de se plier au veto du commercial. Poète d’indiscipline, insurgé, je n’ai jamais mis un poil de brosse dans mes poèmes et chansons. Jamais. Les mots caisse d’épargne et les mots -Email Diamant sont bannis de mon répertoire. Je suis sans cesse en lutte contre ce qui me paraît mauvais et détestable. Je me sers de l’amour pour fustiger ce que le monde des hommes a de laid et d’odieux. Pour me révolter contre la veulerie et la duperie, dénoncer l’imposture aux mille visages.
Ma poésie est à tout instant une remise en cause, un prétexte à protestation contre les injustices, les abus, les tabous, etc.
Tu dois avoir pas mal d’ennemis ?
Mes ennemis sont les tyrans, les oppresseurs quels qu’ils soient, les lâches, les veules, les hypocrites, et surtout les « parachutés » (.. Je n’aime pas les nouveaux riches plus attachés à leurs biens, à leurs privilèges, qu’à leur pays. Le soleil se lève tous les jours pour chaque citoyen(ne). Heureusement qu’il n’est pas importé à coups de devises, sinon il ne brillerait que pour une classe donnée.
Quels sont tes rapports avec les journalistes algériens ?
Ambigus. Mi-figue mi-raisin. Si on ne m’accorde pas beaucoup d’entretiens, c’est parce que je refuse toute concession dans l’expression de mes opinions. On n’a rien à me reprocher. Sinon d’avoir un franc -parler. Et de ne pas être un béni oui – oui. Je ne suis pas l’homme des concessions. Je ne triche pas avec ma nature. Je m’affirme sans gêne aucune, en parfait dédain des convenances. J’aurais pu me pousser dans le monde et monnayer ma popularité, voire ma célébrité. Je ne l’ai jamais fait. Car je ne suis d’aucun pouvoir le dévoué serviteur. A travers RadioTrottoir interposé, certains journalistes (arabophones surtout) ont essayé de me présenter sous un éclairage peu flatteur, de me coller une réputation de raciste, de violent, d’ennemi public n°1, de voyou sans foi ni loi.
Ils ont fait de moi le familier des prostituées et des truands. Ils ont inventé, pour me salir, des légendes scabreuses.
Dans les rédactions algériennes, on me discute longuement. J’étonne et j’inquiète.
Certains journalistes (critiques de variétés) ont de quoi me rendre circonspect. Pour des raisons qu’on devinera aisément, je me méfie de certains d’entre eux.
Plusieurs rédacteurs en chef ou directeurs de rédaction coupent cyniquement, dans des articles, tout ce qui se rapporte (de positif) à moi. A part quelques articles élogieux (parus après octobre 88, il faut le souligner), les journalistes algériens de la culturelle m’ont ostensiblement, pour une raison de censure ou autres, dédaigné, et tout cela à cause de mes audaces de vocabulaire, la franchise et la précision des images, le caractère même des réponses et des sujets traités. Ignorant les interdictions, dédaignant les menaces, j’ai continué de composer et de chanter, quand même, envers et contre tous. C’est par la suite que j’ai appris que tout honneur est source de contraintes.
Que signifie pour toi le fait de chanter en tamazight ?
En tant que chanteur, je suis le représentant d’une vision et d’une _expression personnelle du monde qui m’entoure et de moi-même. Je ne veux pas mourir pour un héritage que je n’aurais pas assumé.
Je revendique le fait d’être chez moi dans ma tête et dans mes mots et de vivre comme je le sens.
C’est la raison pour laquelle j’utilise la langue amazighe pour brasser des émotions qui n’appartiennent qu’à nous parce que voir le monde à travers des yeux arabes du fond d’une âme berbère entraîne la mort. Et mon problème est que depuis l’indépendance, nous avons été honnis, bannis, écrasés, spoliés, chassés, traqués, arabisés de force au nom d’une idéologie arabo-islamiste qui est devenue officielle au lendemain de l’indépendance.
Cela dit, pour moi le public auquel je m’adresse possède un inconscient collectif qu’il s’agit de réveiller. Je veux lui faire retrouver une identité qu’il pensait avoir perdue. La langue que parle mon peuple, perfectionnée et enrichie par des siècles d’oppression coloniale et raciste, offre sur l’Algérie un angle de vision unique.
Que représente pour toi la culture amazighe ?
Qui ne sait rien de son passé ne sait rien de son avenir. Le but n’est pas, ne peut être, de revenir à un mythique age d’or du passé. La culture amazighe, c’est une question de civilisation et l’avenir de notre pays se jouera peut-être dessus. A travers la prise de conscience de mon identité, j’ai découvert le génocide culturel et le viol linguistique subis par les miens. J’ai, aussi découvert toute une culture méprisée, humiliée, déclassée, exclue des deux écrans (le grand et le petit), interdite de colonne et de séjour.
Un sujet dont on ne parlait qu’à mi-voix. On est dans une situation pire que celle des Bretons, des Occitans, des Corses, des Kurdes, des Arméniens et des Indiens.
Impossible que soient toujours vainqueurs les plus corrompus et les plus honnis par l’histoire ! Et c’est pourquoi nous refusons d’être les nègres blancs, les indiens, le tiers-monde du pouvoir. Nous refusons d’être bougnoulisés, quoi ! Il reste fort à faire pour préserver ce pays paisible et lui épargner les fléaux de la violence et de l’intolérance.
Tout est encore possible, il faut seulement prendre des risques avec sa vie pour préparer des lendemains meilleurs. Je me défends donc je suis. On veut tout leur faire oublier, aux imazighen : Leur identité, leur langue, leur culture.
Ils se trouvent rangés dans une catégorie mineure de citoyens ; pire, ils n’existent pas en tant que tels, hormis pour le service national et comme force de travail.
Et quand ce n’est pas un gros bonnet de la nomenklatura locale ou un officier supérieur de l’ex Sécurité militaire qui leur cherche midi à quatorze heures alors qu’il est dix heures, c’est un wali qui grignote leurs terres ancestrales à coups d’édits et de décrets d’utilité publique et sans indemnisation ou si peu, tellement peu que les indemnisés n’en veulent pas.
A ces représentants du pouvoir, je dénie le droit de débarquer en Kabylie en conquérants. Je rejette leur tutelle. Ce peuple à qui l’on a volé l’âme refuse d’être un peuple rampant.
Il refuse aussi de perpétuer l’état colonial dans lequel les pouvoirs en place ont voulu tenir les deux Kabylie qui n’ont d’intérêt pour eux que lorsque nos frontières sont menacées. Ils ne nous auront pas. Tu peux leur dire qu’il ne faudra plus compter sur la jeunesse Amazighe pour aller au casse-pipe.
Est-il vrai que MATOUB est raciste envers les Arabes ?
Fais-moi pas rire. C’est un jugement volontairement faux et un brin raciste, mais qui trahit bien le malentendu qui a toujours existé entre mes détracteurs et moi. Il y a une incompréhension totale qui me gêne car le public a rarement les données globales et objectives en main. Tout est politique et nous sommes bien ici en pleine politique. Je suis responsable de mes actes et la vérité se fait sur ce que je chante. Comment peut-on être raciste quand on a toute sa vie souffert du racisme ! J’ai trop souffert du racisme, de leur racisme, pour accepter à mon tour d’être raciste.
Quelle est ta véritable culture ?
Ma seule véritable culture est celle que je me suis trouvée en Kabylie puisqu’on sait que « l’oiseau ne chante bien que dans son arbre généalogique ». La vie de mon peuple contient la somme de l’expérience des hommes. D’où le rapport charnel que j’ai avec ma terre natale, mes racines. La culture amazighe est, pour chaque Imazighen, la pierre de touche de son identité.
C’est pourquoi je recrée chaque fois que je chante mon peuple. Je dépoussière ses histoires, ses contes, j’enrichis ses chants, préserve sa langue et ses valeurs, parce que tout cela m’a façonné et que si ce n’est pas moi qui le fais, qui le fera ?
Tout enfant, j’avais fait cette pénible découverte : je n’avais pas le droit de parler ma langue et de connaître ma culture. Alors que nous étions censés être libres et indépendants.
La langue maternelle, ça aide à se penser debout. Mon pays, c’est l’ALGERIE. Mais je suis le citoyen d’une autre patrie : LA CHANSON.
Quant à la langue amazighe, c’est ma langue maternelle, la langue du foetus, la langue intérieure J’ai la double nationalité car j’ai deux pays : mon pays et mon pays intérieur.
C’est dans la différence que je trouve mon identité.
Entretien réalisé par Abderhmane LOUNES ,extrait de son livre » Le testament » un longue entretient realisé en 1997.
jeudi 28 novembre 2013
Lounès MATOUB la voix d'un peuple (FILM COMPLET)
Mise en ligne le 30 janv. 2012
Rares sont ceux qui bâtissent
abondants ceux qui détruisent
peut sont ceux qui agissent
nombreux ceux qui se vantent
le monde est à l'envers, tout va mal
l'honneur est jeté au feu
et ils ont attisé les flammes
un souci à peine écarté
qu'un autre pointe son nez
la peine ne veut guère nous lâcher
elle nous colle comme la gale
d'aucuns au nom de la religion
exploitent la peine des autres
pillant centimes par centimes
pour accéder à leurs fins
ceux la qui élèvent des palais
d'ou la fortune leurs vient-elle?
aujourd'hui ils contrôlent tout
leur fortune parle pour eux
leurs enfants les voila qui baignent dans le savoir à l'étranger.
quand à nous sous le joug de l'humiliation
c'est l'arabe qu'on nous enseigne...
Un film documentaire de Youcef LALAMI
Métamorphose films
52mn
abondants ceux qui détruisent
peut sont ceux qui agissent
nombreux ceux qui se vantent
le monde est à l'envers, tout va mal
l'honneur est jeté au feu
et ils ont attisé les flammes
un souci à peine écarté
qu'un autre pointe son nez
la peine ne veut guère nous lâcher
elle nous colle comme la gale
d'aucuns au nom de la religion
exploitent la peine des autres
pillant centimes par centimes
pour accéder à leurs fins
ceux la qui élèvent des palais
d'ou la fortune leurs vient-elle?
aujourd'hui ils contrôlent tout
leur fortune parle pour eux
leurs enfants les voila qui baignent dans le savoir à l'étranger.
quand à nous sous le joug de l'humiliation
c'est l'arabe qu'on nous enseigne...
Un film documentaire de Youcef LALAMI
Métamorphose films
52mn
mercredi 27 novembre 2013
Message de mass Lhassen Ziani à la fondation Gusi
http://www.youtube.com/watch?v=HqCIgfWYhv8&hd=1
Publiée le 27 nov. 2013
Message de mass Lhassen Ziani
ministre kabyle de la culture et de la langue et coordinateur des
actions de l'ANAVAD, à la fondation Gusi peace prize à l'occasion de la
remise du prix international de la paix décerné cette année à mas Ferhat
Mehenni, président du Gouvernement Provisoire Kabyle.
mardi 26 novembre 2013
Lwennas, tu n’es pas mort !
Lwennas, tu n’es pas mort !
26 novembre 2013 11:56
« Le poète assassiné ne meurt pas, ses vers gagnent en puissance » Pablo Neruda
Lorsque le poète, par la magie de la création artistique, s’érige en
porte parole de la cause d’un peuple frappé d’illégitimité et vidé de
son identité ancestrale, qu’il est l’emblème charismatique d’une
revendication porteuse de liberté et de démocratie, alors le chant
devient profane ou sacré…Tout dépend de quel coté on se place.Lwennas Tu murissais tes propos, affutais ton arme et dégainais ton mandole, pour hurler à la face du monde ton refus d’être phagocyté par un pouvoir arabo-musulman basant son existence sur notre déni identitaire et notre déclin.
Perturbateur agité, adulé ou haï, tes détracteurs s’en tiraient au mieux avec cette éloquente réponse : « Je ne joue pas au martyr, je le suis », tant il est vrai qu’il n’y a pire outrage que de vivre sans exister.
Ici, un inconnu aux mains nues, défie la machine de guerre sur la place Tiananmen, en opposant aux chars de l’armée …sa seule volonté.
Là, un athlète noir, poing levé, tête baissée tandis que retentit l’hymne américain, exprime par la symbolique du geste, son hostilité à la politique ségrégationniste qui asservit son peuple.
Là encore, un insoumis, enfant terrible de la Kabylie, sacrifié sur l’autel de l’intolérance, pour avoir crié trop fort « sa soif de justice et de réparation pour les siens »
Ces actes de bravoure et de résistance s’inscrivent dans le cœur des opprimés et renvoient au monde une leçon magistrale : Le triomphe de l’homme sur la barbarie.
Lwennas, je repense à cette fascination qu’exerçait sur toi ce poète chilien, à qui la junte militaire coupa les doigts pour l’empêcher de jouer sa musique, synonyme de son engagement. Était-elle liée à l’horrible supplice ? Au courage de l’homme levant les mains en sang pour entonner un hymne ? A sa fin tragique ? Ou n’était-ce que la projection d’un écorché vif auquel se posait déjà la question du choix entre mourir pour rien ou pour avoir essayé ?
La grandeur des hommes résiderait-elle aussi dans la façon dont ils nous quittent ? Le Cheadresse à son compagnon d’armes une lettre d’adieu expliquant que dans une véritable révolution, il faut vaincre ou mourir, puis démissionne de ses fonctions officielles pour exporter son idéal révolutionnaire vers d’autres champs de bataille. Toi, avant de mourir, tu révèles les scandaleuses couleurs du mensonge avec lesquelles on a enlaidi l’Algérie : « jegren s ddin d tεaravt tamurt n Lzzayer… i llasel samesn udem… ». Tu nous assènes un message affligeant de vérité, « amsedrar ur ihekkem xas yeghra yezwer »,…et nous laisses orphelins, dans un pays ravagé, en proie aux pires incertitudes quant à son devenir pris en étau entre un pouvoir fasciste et une perspective intégriste.
Témoin de ton temps, tu portais dans ton âme et dans ta chair meurtries les stigmates des coups infligés à ton peuple et les arborais avec fierté, comme une blessure de guerre. Le courage que tu incarnais te manquait-il pour supporter l’affront suprême ? La reddition des lâches que tu savais prochaine « …amendil ur t-id-udregh… », la récupération de tamazight à des fins partisanes et, surtout, la mort annoncée de notre rêve de construire « toutes et tous une Algérie meilleure ». ?
Le constat est sans appel : La lame de fond, censée provenir des profondeurs du pays en ralliant toutes les forces progressistes, n’aura englouti que nos espoirs chimériques de construire un jour une Algérie plurielle, fraternelle et moderne «…des montagnes du Djurdjura jusqu’au fin fond du désert… ». Le rêve d’une Algérie ouverte et tolérante à finalement été assassiné. L’Algérie qui triomphe aujourd’hui, c’est l’Algérie qui recule, celle dénoncée par Djaout, celle sortie des entrailles d’un pouvoir pervers et falsificateur d’histoire, pour notre plus grand malheur. Son regard s’est tourné vers le Moyen-Orient épousant de fait les archaïsmes qui donnent à l’Islam son visage le plus hideux pour mieux succomber à cette religion moderne que sont devenus les cours d’une économie indexée sur les richesses d’une manne pétrolière acquise à des pouvoirs mafieux «…win i εarden tachriht n tsekurt ,ur iqqenaε ara… »
« Le greffon ne veut..» toujours «…pas prendre..» et, maigre consolation, « l’ennemi de l’intérieur » les empêche toujours de digérer leur malformation identitaire. Mais c’est seul que le peuple kabyle tente de forcer les portes verrouillées de l’Histoire. « Tasarutt mazal-itt ar tarwa n-baxta », entre les mains de ces usurpateurs qui, jamais, ne lâcheront prise « Aken a s-d-vrun d lmuhal ! »
Ah, si nous pouvions poursuivre notre « regard sur l’histoire d’un pays damné » : La récréation démocratique est terminée…Bouteflika s’est libéré d’une opposition réduite au rang de faire valoir d’une présidence acquise à vie et nous avons perdu la chance historique de vivre une transition démocratique pacifique vers un état de droit. Sur fond d’injustice et de corruption, l’islamisme social prospère et gangrène tous les secteurs de la société. La Kabylie stagne dans la précarité et la marginalisation identitaire et économique. Elle découvre l’insécurité liée à une nouvelle forme de délinquance habilement entretenue par un pouvoir bien décidé à jouer la carte du pourrissement.
Nous, les survivants, devenons spectateurs abasourdis d’un monde Kafkaïen, fait de paradoxes dont nous entrevoyons pourtant clairement la logique : L’argent public finance la mise en chantier d’une mosquée pharaonique, projet applaudi par d’anciens laïcs miraculeusement touchés par la Grâce. Et ce même pouvoir promet, dans un processus de perversion, de dilapider ce qui reste de notre héritage, en favorisant la prolifération de lieux de dépravation pour importer en Kabylie un modèle culturel contraire à notre mode de vie et étranger à nos mœurs… « Amek ara tqavlemt lesnin a sut umeqyas ?.. »
Des appels « fraternels » sont lancés aux auteurs de crimes contre l’humanité au nom d’un Grand Pardon rédempteur, instauré pour réconcilier bourreaux, ayant érigé le meurtre en mode de gouvernance, égorgeurs promis à l’impunité d’avec leurs centaines de milliers de pauvres victimes. Quel autre pays au monde a ce genre de pratiques ??? Le peuple est, lui, forcé d’occulter et de ravaler son traumatisme, au nom de la « rahma ».
Curieusement, lorsque la Kabylie s’embrase sous l’impulsion de sa jeunesse, la violence exercée sur des civils est celle d’une guerre. Des manifestations pacifiques débouchent sur un carnage. Vous, les martyrs d’une autre époque, n’auriez pu imaginer ce que nos nouveaux gouvernants ont fait de votre cause mais Il faut pérenniser le système tortionnaire vaille que vaille, et tant pis si l’imposture revêt aujourd’hui d’autres formes allant même jusqu’à s’enticher de clichés !
Zik tamazirt ulac,ulac ulac , Assagini Yeqwel uqelmun s idaren ! « Eh oui ! » C’est affublé d’un burnous que le président de l’Algérie se dédouane de sa responsabilité dans la gestion de ces événements. Il ne frappe plus dans le dos, depuis qu’il s’est anobli de ses (très) lointaines origines. Mais seulement en face, et avec des balles explosive plus efficaces pour exterminer une jeunesse, oh combien difficile à tuer tant elle est déjà morte. Il vante notre tradition d’hospitalité ( ?) et nous nargue de sa sérénité retrouvée : L’Algérie se porte bien !
Aurait-il, à notre insu, anéanti le dernier bastion de la résistance ? La Kabylie serait-elle définitivement alignée ou décérébrée par la liquidation de ses élites, pensant que l’école Algérienne n’en produirait plus ? Il oublie que nos élites ne sortent pas de son école mais des entrailles de notre société et de notre culture de l’excellence !
HUUUMMMMM, UR TEN-TTAMNET…MA TFEN-TT, A TTENGER TEKFA !
Nous n’entendons plus personne ! Pas même ceux qui louent ta mémoire en des termes falsificateurs : « Poète Algérien d’expression Berbère». Comme si l’officialité faisait la réalité. TOI, la figure de proue du militantisme Kabyle, ressortissant d’une nation sans état, tombé pour ses prises de position courageuses en chantant toutes les vérités te voilà doublement assassiné : par l’Algérie dans le cadre d’un génocide anti-Kabyle, et par tous ceux qui occultent ton identité kabyle !
Nous ne prêterons plus le flanc à la supercherie, d’ou qu’elle vienne ! Accepterons-nous d’être réduits à une vague référence à l’histoire du peuplement nord-africain ou au patrimoine national au même titre que les ruines romaines ? «…Laisserons-nous cette terre ancestrale aux mains de ces tristes sires qui l’ont plongée dans le chaos ?… »
Nous possédons, au delà de la cohésion linguistique et historique, tous les éléments constitutifs d’une nationalité toujours en puissance mais jamais pleinement réalisée, avec le sentiment VOLONTAIRE, d’appartenir à un même peuple. Nous, qui bataillons pour la survie, transcendons nos peurs pour que notre culture ne soit pas confinée dans l’insignifiance car nous sommes une réalité légitime et toujours vivante de ce pays. Notre combat n’est plus d’amener le pouvoir à de vulgaires concessions « am win itseqin i wassif » mais de lui faire prendre acte, à son corps défendant, qu’un peuple a choisi de se réapproprier son Histoire pour reconstruire son destin.
Le message de Kamel Irchane, avec le mot « Liberté » immortalisé avec son sang sur un mur de marbre ne nous renvoie pas seulement à ce que nous fumes : d imazighen, mais aussi à ce que nous serons : des hommes libres, refusant en tant que Kabyles l’allégeance à l’infamie. Nous ne pardonnons pas aux porteurs d’une idéologie de la haine, la dette de sang laissée par 126 « authentiques » enfants de la région, tombés sous des balles assassines dans une indifférence algérienne qui ressemble à une troublante complicité. Notre devoir de mémoire nous impose de conjurer notre sort d’éternels colonisés et de poursuivre notre combat libérateur jusqu’à l’affranchissement total de notre peuple.
Les hasards (prévus) du calendrier ont fait « coïncider » ton assassinat avec la généralisation d’une loi scélérate qui te fit prendre conscience que nous avions gâché nos énergies à nous battre pour un idéal de société perdu d’avance. « a lufan i d-zegwir temghar… ur nettruhu d iseflan af ayen ur ichqan. Ta solution pour garantir notre survie commençait juste à se dessiner sous d’autres formes, la parole de trop : « EDDW-AS A NCHERREG TAMURT ». Fédéralisme peut être, ou, en tout cas toute démarche allant dans le sens de l’instauration d’un état Kabyle. 10 ans après, ce projet n’est plus un choix mais une nécessité, porté par ton frère de lutte, souvent rival car trop semblable, qui en brisant le mur du silence a ouvert la dernière page de l’histoire de notre quête identitaire.
Accusé d’avoir franchi la ligne rouge, le voila contraint à l’exil, (tout comme toi, passé hier sans transition… des casemates ar lgherva, pour avoir osé l’impensable : vouloir rendre à son peuple sa dignité en le guidant vers la voie de l’autonomie. Meurtri dans sa chair, il porte la plus abjecte, la plus ignoble, la plus abominable des blessures humaines : celle « d’être assassiné chaque jour un peu plus ». Toutefois, il a appris à apprivoiser sa douleur pour Ameziane, et puisé dans son inébranlable conviction la force de reconquérir l’espoir, malgré le vide et la détresse. Preuve que les stratagèmes ourdis pour anéantir les hommes pétris de réelles valeurs sont parfois voués à l’échec…Ferhat porte aujourd’hui notre voix sur la scène internationale. « Tameslayt i gh-d-inejern avrid , umi dlan ssdid » a résonné entre les murs de l’ONU, n’en déplaise à l’hydre bicéphale. Nos interlocuteurs sont les représentants d’organisations de défense des peuples autochtones, et notre requête, celle du droit des peuples à disposer d’eux même. Notre cri se soldera forcement, un jour ou l’autre (c’est inscrit dans nos gènes), par l’organisation d’un référendum régional sur l’autonomie de notre Kabylie. Un monde est à construire pour lequel nous avons déjà payé notre part de sang et d’innocence sacrifiée. Le chemin sera tortueux mais, riches de nos erreurs passées, nous resterons sourds aux manœuvres d’intoxication et aux épouvantails brandis pour discréditer notre mouvement, au nom d’une pseudo-homogénéité du « peuple Algérien ».
L’histoire poursuivra inexorablement sa course, opposant aux ténèbres de la dictature la lumière des nouveaux espoirs suscités par la contestation autonomiste. Nous élaborerons et structurerons une culture de l’action pour construire un avenir de paix et de liberté aux générations futures.
« Rien d’autre ne pourrait, ni ne saurait nous guider »
Mais…d’où provient cette voix rassurée qui jadis gonflée de rancœur et de colère nous réchauffait les os ? Serais-je aliénée par les fantômes de nos martyrs ? J’entends comme un souffle venu de très loin portant les mots des disparus que seul le poète peut ranimer. «…D aghuru…» n’était donc pas l’ultime message ? Nous te croyions parvenu au sommet de ton art et je sens un chant nouveau palpiter dans mes veines…Il vient de «…D aghuru…» : ce testament que tu nous as laissé et qui sert de rampe de lancement ! Il manquait…ah, Roulez tambours, sonnez trompettes…cela ressemble à un hymne, celui d’un jeune état célébrant, l’amour sacré de sa terre, la mémoire de nos aïeux, et la témérité de son peuple.
Sewjed imeslayen-ik, serreh i taghucht-ik, ssut-ik yak…yittbaεziq !
Nous entrevoyons un cortège, dont le dernier convoi est fait de 126 innocents, traverser les cieux de notre pays, brandissant l’étendard de notre liberté reconquise, par delà nos monts éternels. Danse, oh ! Vestale, tes enfants t’ont extirpée des griffes du tyran, ressuscitée à jamais du fin fond de l’oubli. Chante-leur Lwennas, notre liberté arrachée et qu’importe le sacrifice, l’autonomie sera… le dernier goût dans nos bouches… « Chante Matoub chante ! » et c’est nous qui bientôt … « POURRONS ALLER MOURIR TRANQUILLES », apaisés d’avoir renvoyé la bête immonde en dehors de nos frontières…pour vous restituer enfin la clef, tasarutt ugerruj-negh : D taεelamt n wegdud agrawliw.
Saadia.
vendredi 15 novembre 2013
Taos Amrouche : chronique d’une animosité | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie
Taos Amrouche : chronique d’une animosité
Youssef Oudjedi pour Tamurt.info
Au cours du soulèvement
populaire des citoyens en Kabylie, communément appelé Printemps Noir,
par appui de la force, les kabyles ont réussi, à l’arracher, à baptiser
certains lieux par des noms, longtemps omis par l’Etat. La maison de la
Culture de Vgayet portait alors le nom de Taos Amrouche, sans que cette
nomination soit officielle, aux travaux de rénovation de l’édifice,
Taos est de nouveau chasser de « chez elle ».
15/11/2013 - 10:07 mis a jour le 15/11/2013 - 11:06 par
Youcef Oudjedi
Le jeudi 14 novembre a eu lieu l’ouverture du Salon du livre à Bejaia dans sa deuxième édition, un rendez-vous littéraire qui a l’ambition de devenir important régionalement. Cette manifestation se tient habituellement à la maison Taos Amrouche, éminente romancière, à qui le pouvoir avait déclaré la guerre dès l’expression de son attachement à sa culture et ses précieux efforts à la sauvegarder. L’Etat arabo-musulman algérien tente de déposséder l’émérite de son mérite.
Marie Louise Taos Amrouche, ou plus connu sous le nom de Marguerite Taos Amrouche, était une écrivaine et interprète de talent contre qui s’acharnait le pouvoir. Son seul crime était d’être de confession autre que musulmane et qui de surcroit, une kabyle qui s’assume.
En 1947, elle publiait son premier roman, « Jacinthe noire » qui lui valu le mérite d’être la première femme romancière de toute l’Algérie. Elle enchaînait avec « Grain magique » un recueil du riche patrimoine orale dont elle avait hérité de sa mère. Continuant dans la même logique de traduire et de faire hisser la culture berbère et kabyle au plus haut rang, Marguerite enregistrait son premier disque, « Chants berbère de Kabylie » pour ne citer que ces succès-là.
Elle fut membre fondatrice de l’Académie Berbère, créée en 1966 par de jeunes intellectuels kabyles réunis chez la sœur de Jean Amrouche, à Paris. Depuis sa percée au monde de l’art, les tenants du pouvoir n’arrêtaient plus d’essayer de la faire taire. Son engagement de faire connaitre la culture kabyle et berbère en général l’avait amenée à se produire sur différentes scènes notamment africaines.
Malgré son talent confirmé, sa voix exceptionnelle, ses différentes apparitions, les distinctions qu’elle avait reçues, les organisateurs du Festival Culturel Panafricain d’Alger de 1969, décidèrent de l’ignorer et choisissèrent de ne pas l’inviter au festival. Ce fut la première notification de haine et de mépris. On lui avait défendue de chanter sur des planches « chez elle ».
Les attaques n’ont pas cessé, après son décès en 1976, elles se sont tout simplement amplifiées. La maison familiale, sise à Ighil Ali (Vgayet) qui ne l’a pas vu naître (en effet elle est née le 04 mars 1913 à Tunis), est menacée de destruction. D’un silence complice les autorités ne veulent rien entendre quant à la démolition de la demeure des Amrouche. Rassemblements, pétition, procès, sit-in … et bien d’autre vaines voies empruntées par les défenseurs des Amrouche. Là aussi on tente de la déloger, la déporter et la faire disparaître de son « chez elle » légitime.
Au cours du soulèvement populaire des citoyens en Kabylie, communément appelé Printemps Noir, par appui de la force, les kabyles ont réussi, à l’arracher, à baptiser certains lieux par des noms, longtemps omis par l’Etat. La maison de la Culture de Vgayet portait alors le nom de Taos Amrouche, sans que cette nomination soit officielle, aux travaux de rénovation de l’édifice, Taos est de nouveau chasser de « chez elle ». Sur les affiches des activités de la maison de Culture de Vgayet, on ne mentionne aucunement son nom.
Par une orchestration et une politique dévastatrice, le pouvoir ou les régimes qui se succèdent à sa tête, tente tant bien que mal de faire disparaître tous ce qui remettra en cause leur règne.
Taos Amrouche, n’a nullement besoin d’être citée dans un journal officiel d’un pays arabiste, se croyant plus arabe que l’Arabie, pour exister. Marie Louise Taos Amrouche dite (par gratitude à sa mère, qui lui a transmis toute la ferveur et la passion de défendre son identité.) Marguerite est à jamais dans sa belle demeure, « la mémoire collective ».
Youcef OUDJEDI
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