Rares sont ceux qui bâtissent abondants ceux qui détruisent peut sont ceux qui agissent nombreux ceux qui se vantent le monde est à l'envers, tout va mal l'honneur est jeté au feu et ils ont attisé les flammes un souci à peine écarté qu'un autre pointe son nez la peine ne veut guère nous lâcher elle nous colle comme la gale d'aucuns au nom de la religion exploitent la peine des autres pillant centimes par centimes pour accéder à leurs fins ceux la qui élèvent des palais d'ou la fortune leurs vient-elle? aujourd'hui ils contrôlent tout leur fortune parle pour eux leurs enfants les voila qui baignent dans le savoir à l'étranger. quand à nous sous le joug de l'humiliation c'est l'arabe qu'on nous enseigne...
Un film documentaire de Youcef LALAMI Métamorphose films 52mn
Message de mass Lhassen Ziani
ministre kabyle de la culture et de la langue et coordinateur des
actions de l'ANAVAD, à la fondation Gusi peace prize à l'occasion de la
remise du prix international de la paix décerné cette année à mas Ferhat
Mehenni, président du Gouvernement Provisoire Kabyle.
« Le poète assassiné ne meurt pas, ses vers gagnent en puissance »Pablo Neruda
Lorsque le poète, par la magie de la création artistique, s’érige en
porte parole de la cause d’un peuple frappé d’illégitimité et vidé de
son identité ancestrale, qu’il est l’emblème charismatique d’une
revendication porteuse de liberté et de démocratie, alors le chant
devient profane ou sacré…Tout dépend de quel coté on se place. Lwennas Tu murissais tes propos, affutais ton arme et dégainais ton
mandole, pour hurler à la face du monde ton refus d’être phagocyté par
un pouvoir arabo-musulman basant son existence sur notre déni
identitaire et notre déclin. Perturbateur agité, adulé ou haï, tes détracteurs s’en tiraient au mieux avec cette éloquente réponse : « Je ne joue pas au martyr, je le suis », tant il est vrai qu’il n’y a pire outrage que de vivre sans exister. Ici, un inconnu aux mains nues, défie la machine de guerre sur la
place Tiananmen, en opposant aux chars de l’armée …sa seule volonté. Là, un athlète noir, poing levé, tête baissée tandis que retentit
l’hymne américain, exprime par la symbolique du geste, son hostilité à
la politique ségrégationniste qui asservit son peuple. Là encore, un insoumis, enfant terrible de la Kabylie, sacrifié sur l’autel de l’intolérance, pour avoir crié trop fort « sa soif de justice et de réparation pour les siens » Ces actes de bravoure et de résistance s’inscrivent dans le cœur des
opprimés et renvoient au monde une leçon magistrale : Le triomphe de
l’homme sur la barbarie. Lwennas, je repense à cette fascination qu’exerçait sur toi ce poète
chilien, à qui la junte militaire coupa les doigts pour l’empêcher de
jouer sa musique, synonyme de son engagement. Était-elle liée à
l’horrible supplice ? Au courage de l’homme levant les mains en sang
pour entonner un hymne ? A sa fin tragique ? Ou n’était-ce que la
projection d’un écorché vif auquel se posait déjà la question du choix
entre mourir pour rien ou pour avoir essayé ? La grandeur des hommes résiderait-elle aussi dans la façon dont ils nous quittent ? Le Cheadresse
à son compagnon d’armes une lettre d’adieu expliquant que dans une
véritable révolution, il faut vaincre ou mourir, puis démissionne de ses
fonctions officielles pour exporter son idéal révolutionnaire vers
d’autres champs de bataille. Toi, avant de mourir, tu révèles les
scandaleuses couleurs du mensonge avec lesquelles on a enlaidi l’Algérie
: « jegren s ddin d tεaravt tamurt n Lzzayer… i llasel samesn udem… ». Tu nous assènes un message affligeant de vérité, « amsedrar ur ihekkem xas yeghra yezwer »,…et
nous laisses orphelins, dans un pays ravagé, en proie aux pires
incertitudes quant à son devenir pris en étau entre un pouvoir fasciste
et une perspective intégriste. Témoin de ton temps, tu portais dans ton âme et dans ta chair
meurtries les stigmates des coups infligés à ton peuple et les arborais
avec fierté, comme une blessure de guerre. Le courage que tu incarnais
te manquait-il pour supporter l’affront suprême ? La reddition des
lâches que tu savais prochaine « …amendil ur t-id-udregh… », la récupération de tamazight à des fins partisanes et, surtout, la mort annoncée de notre rêve de construire « toutes et tous une Algérie meilleure ». ? Le constat est sans appel : La lame de fond, censée provenir des
profondeurs du pays en ralliant toutes les forces progressistes, n’aura
englouti que nos espoirs chimériques de construire un jour une Algérie
plurielle, fraternelle et moderne «…des montagnes du Djurdjura jusqu’au fin fond du désert… ». Le
rêve d’une Algérie ouverte et tolérante à finalement été assassiné.
L’Algérie qui triomphe aujourd’hui, c’est l’Algérie qui recule, celle
dénoncée par Djaout, celle sortie des entrailles d’un pouvoir pervers et
falsificateur d’histoire, pour notre plus grand malheur. Son regard
s’est tourné vers le Moyen-Orient épousant de fait les archaïsmes qui
donnent à l’Islam son visage le plus hideux pour mieux succomber à cette
religion moderne que sont devenus les cours d’une économie indexée sur
les richesses d’une manne pétrolière acquise à des pouvoirs mafieux «…win i εarden tachriht n tsekurt ,ur iqqenaε ara… » « Le greffon ne veut..» toujours «…pas prendre..» et,
maigre consolation, « l’ennemi de l’intérieur » les empêche toujours de
digérer leur malformation identitaire. Mais c’est seul que le peuple
kabyle tente de forcer les portes verrouillées de l’Histoire. « Tasarutt mazal-itt ar tarwa n-baxta », entre les mains de ces usurpateurs qui, jamais, ne lâcheront prise « Aken a s-d-vrun d lmuhal ! » Ah, si nous pouvions poursuivre notre « regard sur l’histoire d’un pays damné » :
La récréation démocratique est terminée…Bouteflika s’est libéré d’une
opposition réduite au rang de faire valoir d’une présidence acquise à
vie et nous avons perdu la chance historique de vivre une transition
démocratique pacifique vers un état de droit. Sur fond d’injustice et de
corruption, l’islamisme social prospère et gangrène tous les secteurs
de la société. La Kabylie stagne dans la précarité et la marginalisation
identitaire et économique. Elle découvre l’insécurité liée à une
nouvelle forme de délinquance habilement entretenue par un pouvoir bien
décidé à jouer la carte du pourrissement. Nous, les survivants, devenons spectateurs abasourdis d’un monde
Kafkaïen, fait de paradoxes dont nous entrevoyons pourtant clairement la
logique : L’argent public finance la mise en chantier d’une mosquée
pharaonique, projet applaudi par d’anciens laïcs miraculeusement touchés
par la Grâce. Et ce même pouvoir promet, dans un processus de
perversion, de dilapider ce qui reste de notre héritage, en favorisant
la prolifération de lieux de dépravation pour importer en Kabylie un
modèle culturel contraire à notre mode de vie et étranger à nos mœurs… « Amek ara tqavlemt lesnin a sut umeqyas ?.. » Des appels « fraternels » sont lancés aux auteurs de crimes contre
l’humanité au nom d’un Grand Pardon rédempteur, instauré pour
réconcilier bourreaux, ayant érigé le meurtre en mode de gouvernance,
égorgeurs promis à l’impunité d’avec leurs centaines de milliers de
pauvres victimes. Quel autre pays au monde a ce genre de pratiques ???
Le peuple est, lui, forcé d’occulter et de ravaler son traumatisme, au
nom de la « rahma ». Curieusement, lorsque la Kabylie s’embrase sous l’impulsion de sa
jeunesse, la violence exercée sur des civils est celle d’une guerre. Des
manifestations pacifiques débouchent sur un carnage. Vous, les martyrs
d’une autre époque, n’auriez pu imaginer ce que nos nouveaux gouvernants
ont fait de votre cause mais Il faut pérenniser le système tortionnaire
vaille que vaille, et tant pis si l’imposture revêt aujourd’hui
d’autres formes allant même jusqu’à s’enticher de clichés ! Zik tamazirt ulac,ulac ulac , Assagini Yeqwel uqelmun s idaren!« Eh oui ! » C’est
affublé d’un burnous que le président de l’Algérie se dédouane de sa
responsabilité dans la gestion de ces événements. Il ne frappe plus dans
le dos, depuis qu’il s’est anobli de ses (très) lointaines origines.
Mais seulement en face, et avec des balles explosive plus efficaces pour
exterminer une jeunesse, oh combien difficile à tuer tant elle est déjà
morte. Il vante notre tradition d’hospitalité ( ?) et nous nargue de sa
sérénité retrouvée : L’Algérie se porte bien ! Aurait-il, à notre insu, anéanti le dernier bastion de la résistance ?
La Kabylie serait-elle définitivement alignée ou décérébrée par la
liquidation de ses élites, pensant que l’école Algérienne n’en
produirait plus ? Il oublie que nos élites ne sortent pas de son école
mais des entrailles de notre société et de notre culture de l’excellence
! HUUUMMMMM, UR TEN-TTAMNET…MA TFEN-TT, A TTENGER TEKFA ! Nous n’entendons plus personne ! Pas même ceux qui louent ta mémoire en des termes falsificateurs : « Poète Algérien d’expression Berbère».
Comme si l’officialité faisait la réalité. TOI, la figure de proue du
militantisme Kabyle, ressortissant d’une nation sans état, tombé pour
ses prises de position courageuses en chantant toutes les vérités te
voilà doublement assassiné : par l’Algérie dans le cadre d’un génocide
anti-Kabyle, et par tous ceux qui occultent ton identité kabyle ! Nous ne prêterons plus le flanc à la supercherie, d’ou qu’elle vienne
! Accepterons-nous d’être réduits à une vague référence à l’histoire du
peuplement nord-africain ou au patrimoine national au même titre que
les ruines romaines ? «…Laisserons-nous cette terre ancestrale aux mains de ces tristes sires qui l’ont plongée dans le chaos ?…» Nous possédons, au delà de la cohésion linguistique et historique,
tous les éléments constitutifs d’une nationalité toujours en puissance
mais jamais pleinement réalisée, avec le sentiment VOLONTAIRE,
d’appartenir à un même peuple. Nous, qui bataillons pour la survie,
transcendons nos peurs pour que notre culture ne soit pas confinée dans
l’insignifiance car nous sommes une réalité légitime et toujours vivante
de ce pays. Notre combat n’est plus d’amener le pouvoir à de vulgaires
concessions « am win itseqin i wassif »mais de lui
faire prendre acte, à son corps défendant, qu’un peuple a choisi de se
réapproprier son Histoire pour reconstruire son destin. Le message de Kamel Irchane, avec le mot « Liberté » immortalisé avec son sang sur un mur de marbre ne nous renvoie pas seulement à ce que nous fumes : d imazighen,
mais aussi à ce que nous serons : des hommes libres, refusant en tant
que Kabyles l’allégeance à l’infamie. Nous ne pardonnons pas aux
porteurs d’une idéologie de la haine, la dette de sang laissée par 126 « authentiques»
enfants de la région, tombés sous des balles assassines dans une
indifférence algérienne qui ressemble à une troublante complicité. Notre
devoir de mémoire nous impose de conjurer notre sort d’éternels
colonisés et de poursuivre notre combat libérateur jusqu’à
l’affranchissement total de notre peuple. Les hasards (prévus) du calendrier ont fait « coïncider » ton
assassinat avec la généralisation d’une loi scélérate qui te fit
prendre conscience que nous avions gâché nos énergies à nous battre pour
un idéal de société perdu d’avance. « a lufan i d-zegwir temghar… ur nettruhu d iseflan af ayen ur ichqan. Ta solution pour garantir notre survie commençait juste à se dessiner sous d’autres formes, la parole de trop : « EDDW-AS A NCHERREG TAMURT ».Fédéralisme
peut être, ou, en tout cas toute démarche allant dans le sens de
l’instauration d’un état Kabyle. 10 ans après, ce projet n’est plus un
choix mais une nécessité, porté par ton frère de lutte, souvent rival
car trop semblable, qui en brisant le mur du silence a ouvert la
dernière page de l’histoire de notre quête identitaire. Accusé d’avoir franchi la ligne rouge, le voila contraint à l’exil, (tout comme toi, passé hier sans transition… des casemates ar lgherva,
pour avoir osé l’impensable : vouloir rendre à son peuple sa dignité en
le guidant vers la voie de l’autonomie. Meurtri dans sa chair, il porte
la plus abjecte, la plus ignoble, la plus abominable des blessures
humaines : celle « d’être assassiné chaque jour un peu plus ». Toutefois, il a appris à apprivoiser sa douleur pour Ameziane,
et puisé dans son inébranlable conviction la force de reconquérir
l’espoir, malgré le vide et la détresse. Preuve que les stratagèmes
ourdis pour anéantir les hommes pétris de réelles valeurs sont parfois
voués à l’échec…Ferhat porte aujourd’hui notre voix sur la scène
internationale. « Tameslayt i gh-d-inejern avrid , umi dlan ssdid » a
résonné entre les murs de l’ONU, n’en déplaise à l’hydre bicéphale. Nos
interlocuteurs sont les représentants d’organisations de défense des
peuples autochtones, et notre requête, celle du droit des peuples à
disposer d’eux même. Notre cri se soldera forcement, un jour ou l’autre
(c’est inscrit dans nos gènes), par l’organisation d’un référendum
régional sur l’autonomie de notre Kabylie. Un monde est à construire
pour lequel nous avons déjà payé notre part de sang et d’innocence
sacrifiée. Le chemin sera tortueux mais, riches de nos erreurs passées,
nous resterons sourds aux manœuvres d’intoxication et aux épouvantails
brandis pour discréditer notre mouvement, au nom d’une
pseudo-homogénéité du « peuple Algérien ». L’histoire poursuivra inexorablement sa course, opposant aux ténèbres
de la dictature la lumière des nouveaux espoirs suscités par la
contestation autonomiste. Nous élaborerons et structurerons une culture
de l’action pour construire un avenir de paix et de liberté aux
générations futures. « Rien d’autre ne pourrait, ni ne saurait nous guider » Mais…d’où provient cette voix rassurée qui jadis gonflée de rancœur
et de colère nous réchauffait les os ? Serais-je aliénée par les
fantômes de nos martyrs ? J’entends comme un souffle venu de très loin
portant les mots des disparus que seul le poète peut ranimer. «…D aghuru…» n’était
donc pas l’ultime message ? Nous te croyions parvenu au sommet de ton
art et je sens un chant nouveau palpiter dans mes veines…Il vient de «…D aghuru…» :ce
testament que tu nous as laissé et qui sert de rampe de lancement ! Il
manquait…ah, Roulez tambours, sonnez trompettes…cela ressemble à un
hymne, celui d’un jeune état célébrant, l’amour sacré de sa terre, la
mémoire de nos aïeux, et la témérité de son peuple. Sewjed imeslayen-ik, serreh i taghucht-ik, ssut-ik yak…yittbaεziq ! Nous entrevoyons un cortège, dont le dernier convoi est fait de 126
innocents, traverser les cieux de notre pays, brandissant l’étendard de
notre liberté reconquise, par delà nos monts éternels. Danse, oh !
Vestale, tes enfants t’ont extirpée des griffes du tyran, ressuscitée à
jamais du fin fond de l’oubli. Chante-leur Lwennas, notre liberté
arrachée et qu’importe le sacrifice, l’autonomie sera… le dernier goût
dans nos bouches… « Chante Matoub chante ! » et c’est nous qui bientôt …« POURRONS ALLER MOURIR TRANQUILLES», apaisés d’avoir renvoyé la bête immonde en dehors de nos frontières…pour vous restituer enfin la clef, tasarutt ugerruj-negh : D taεelamt n wegdud agrawliw. Saadia.
Au cours du soulèvement
populaire des citoyens en Kabylie, communément appelé Printemps Noir,
par appui de la force, les kabyles ont réussi, à l’arracher, à baptiser
certains lieux par des noms, longtemps omis par l’Etat. La maison de la
Culture de Vgayet portait alors le nom de Taos Amrouche, sans que cette
nomination soit officielle, aux travaux de rénovation de l’édifice,
Taos est de nouveau chasser de « chez elle ».
15/11/2013 - 10:07 mis a jour le 15/11/2013 - 11:06 par
Youcef Oudjedi
Le jeudi 14 novembre a eu lieu l’ouverture du Salon du livre à Bejaia
dans sa deuxième édition, un rendez-vous littéraire qui a l’ambition de
devenir important régionalement. Cette manifestation se tient
habituellement à la maison Taos Amrouche, éminente romancière, à qui le
pouvoir avait déclaré la guerre dès l’expression de son attachement à sa
culture et ses précieux efforts à la sauvegarder. L’Etat arabo-musulman
algérien tente de déposséder l’émérite de son mérite.
Marie Louise Taos Amrouche, ou plus connu sous le nom de Marguerite
Taos Amrouche, était une écrivaine et interprète de talent contre qui
s’acharnait le pouvoir. Son seul crime était d’être de confession autre
que musulmane et qui de surcroit, une kabyle qui s’assume.
En 1947, elle publiait son premier roman, « Jacinthe noire » qui lui
valu le mérite d’être la première femme romancière de toute l’Algérie.
Elle enchaînait avec « Grain magique » un recueil du riche patrimoine
orale dont elle avait hérité de sa mère. Continuant dans la même logique
de traduire et de faire hisser la culture berbère et kabyle au plus
haut rang, Marguerite enregistrait son premier disque, « Chants berbère
de Kabylie » pour ne citer que ces succès-là.
Elle fut membre fondatrice de l’Académie Berbère, créée en 1966 par
de jeunes intellectuels kabyles réunis chez la sœur de Jean Amrouche, à
Paris.
Depuis sa percée au monde de l’art, les tenants du pouvoir n’arrêtaient
plus d’essayer de la faire taire. Son engagement de faire connaitre la
culture kabyle et berbère en général l’avait amenée à se produire sur
différentes scènes notamment africaines.
Malgré son talent confirmé, sa voix exceptionnelle, ses différentes
apparitions, les distinctions qu’elle avait reçues, les organisateurs du
Festival Culturel Panafricain d’Alger de 1969, décidèrent de l’ignorer
et choisissèrent de ne pas l’inviter au festival. Ce fut la première
notification de haine et de mépris. On lui avait défendue de chanter sur
des planches « chez elle ».
Les attaques n’ont pas cessé, après son décès en 1976, elles se sont
tout simplement amplifiées. La maison familiale, sise à Ighil Ali (Vgayet)
qui ne l’a pas vu naître (en effet elle est née le 04 mars 1913 à
Tunis), est menacée de destruction. D’un silence complice les autorités
ne veulent rien entendre quant à la démolition de la demeure des
Amrouche. Rassemblements, pétition, procès, sit-in … et bien d’autre
vaines voies empruntées par les défenseurs des Amrouche. Là aussi on
tente de la déloger, la déporter et la faire disparaître de son « chez
elle » légitime.
Au cours du soulèvement populaire des citoyens en Kabylie,
communément appelé Printemps Noir, par appui de la force, les kabyles
ont réussi, à l’arracher, à baptiser certains lieux par des noms,
longtemps omis par l’Etat. La maison de la Culture de Vgayet portait
alors le nom de Taos Amrouche, sans que cette nomination soit
officielle, aux travaux de rénovation de l’édifice, Taos est de nouveau
chasser de « chez elle ». Sur les affiches des activités de la maison de
Culture de Vgayet, on ne mentionne aucunement son nom.
Par une orchestration et une politique dévastatrice, le pouvoir ou
les régimes qui se succèdent à sa tête, tente tant bien que mal de faire
disparaître tous ce qui remettra en cause leur règne.
Taos Amrouche, n’a nullement besoin d’être citée dans un journal
officiel d’un pays arabiste, se croyant plus arabe que l’Arabie, pour
exister.
Marie Louise Taos Amrouche dite (par gratitude à sa mère, qui lui a
transmis toute la ferveur et la passion de défendre son identité.)
Marguerite est à jamais dans sa belle demeure, « la mémoire
collective ».
Youcef OUDJEDI
Rachid Boubegra (ACB Nancy) : les villages kabyles ont été des républiques avant l'heure
15/11/2013 - 00:14
PARIS (SIWEL) — A l'occasion d'un colloque sur la laïcité au Sénat à
Paris, Rachid Boubegra, Président de l'Association de Culture Berbère
de Nancy (France) rappelle l'essence laïque de la société kabyle.
Rachid Boubegra, Président de l'Association de Culture Berbère de
Nancy (France). Ici à l'occasion du dépot de gerbe de la Rue Matoub
Lounès en compagnie d'adjointes au Maire de Nancy. (PHOTO ACB 54, droits
réservés)
« On le ne soulignera jamais assez,
explique Rachid Boubegra, les villages kabyles ont été, et sont en
grande partie encore aujourd’hui, des républiques avant l'heure. »
Ce fervent rappel des fondements de la société kabyle a été
proclamé par le Président de l'ACB 54, colloque intitulé "La Laîcité en
actes" qui se tenait dans l'enceinte même du Sénat français le 26
octobre dernier auquel a assisté SIWEL.
M. Boubegra a rappelé à cette occasion que les associations, comme celle qu'il préside,« plongent des racines dans l'histoire de l'immigration, une immigration essentiellement kabyle. » Il convoque cette mémoire pour, en France,« donner des outils facilitateurs à l’appropriation des valeurs républicaines. » Il relève qu'il y a dans les références kabyles « matière à puiser des ressources nécessaires permettant de vivre pleinement la démocratie et de se reconnaître dans la laïcité. »« Celles-ci ne sont pas étrangères, poursuit-il, mais au contraire familières de notre histoire et de nos parcours. »
Dans un illustration sociologique, Rachid Boubegra rappelle que « dans
les villages kabyles la gestion des affaires du village est
complètement séparée de la gestion du culte, la croyance est reléguée
au-delà des frontières du village pour laisser place à la civilité à
l’intérieur du village. »
Il termine son propos par un appel à la vigilance. « Ce
qui est à protéger dans notre société française, c’est ce qu’il y a
d’universel dans cette culture kabyle dont nous assumons l’héritage,
entre autre la laïcité. »« Et c'est cela qui est menacé, conclut-il. »
mau
SIWEL 15 0014 NOV 13
Journée nationale de l’étudiant kabyle : Hommage à Kamel Amzal
Pour la 31e commémoration de
l’assassinat de Kamel Amzal par les hordes islamistes, le MAK appelle le
peuple kabyle à rendre hommage à la mémoire du brillant étudiant fauché
par le sabre des intégristes à l’âge de 20 ans. Le MAK ira se recueillir sur la tombe de Kamel Amzal dans le village
de Tiferdouth, le 02 novembre prochain et appelle plus particulièrement
la jeunesse estudiantine kabyle à honorer la mémoire du martyr Amzal. Le
2 novembre, jour de son assassinat par les intégristes, ayant été
proclamée journée nationale de l’étudiant kabyle. Le départ, à partir de
l’université Mouloud Mammeri vers le village natal de Kamel Amzal, est
prévu à 9h du matin. Honneur et gloire aux martyrs de la Kabylie Nous avons le devoir d’honorer leur mémoire et de faire vivre pour
l’éternité leurs noms inscrits en lettre de sang dans notre Histoire. Bouaziz Ait-Chebib,
Président Pour ne pas oublier le lâche assassinat de Kamel Amzal Le 2 novembre 1982, la Kabylie fut endeuillée par l’ignoble
assassinat de Kamal Amzal, son premier martyr. Il a été lâchement
assassiné à la Cité universitaire Taleb Abderahmane de Ben Aknoun
(Alger) par les hordes islamistes, sous la protection et la bénédiction
des services de sécurité de l’Etat algérien. Le jour de son enterrement,
le village de Tiferdout accueille les milliers de personnes médusés qui
sont venues accompagner le jeune Kamel Amzal à sa dernière demeure. C’est devant ses camarades, partis avec lui afficher un appel à une
Assemblée générale de la cité universitaire, que les hordes islamistes,
conformément à leurs méthodes inhumaines et sanguinaires ont éventré
Kamel Amzal avec un sabre en hurlant "Allah Akbar". Kamel Amzal était un militant kabyle, démocrate et laïc que les
intégristes appelaient le « diable rouge ». A la cité universitaire de
Ben Aknoun, il luttait contre les intégristes pour instaurer un
fonctionnement démocratique. Or, fidèles à leur doctrine totalitaire,
les islamistes refusaient toute idée de démocratie au sein de
l’université et comptaient bien prendre le contrôle total de la cité
avec l’active collaboration de l’Etat arabo-islamiste Algérien pour
contrer la mouvance démocratique, exclusivement portée par la jeunesse
kabyle du mouvement amazighe déclenché par le printemps amazigh de 1980. Aujourd’hui, plus aucun kabyle ne doute que le régime algérien ait de
tout temps été l’allié objectif de l’intégrisme islamiste. Il lui a
donné les moyens de s’organiser et de prospérer à l’ombre des
institutions algériennes. Pour contrer les aspirations démocratiques de la Kabylie, le régime
algérien a actionné l’intégrisme islamiste afin de faire barrage à la
jeunesse militante kabyle imprégnée de démocratie, de liberté, de
justice et d’équité. Le régime algérien a prêté main forte aux
intégristes pour briser les militants kabyles, au moment où l’opposition
idéologique entre les islamistes et les militants kabyles était
frontale (fin des années 70, début des années 80). Et en effet, si les
islamistes étaient rares et insignifiants à l’université de Vgayet ou de Tizi-Ouzou, il n’en était pas de même à Alger où le militantisme kabyle était en perpétuel conflit avec les intégristes. Mais si les militants kabyles étaient armées des belles idées de
démocratie, de liberté de justice et chérissaient par-dessus tout
Tamazight, les intégristes eux étaient armées de haine, de sabres et de
couteaux. C’est dans ce contexte que Kamel Amzal a été éventré avec un
sabre sous la protection et la bénédiction du régime algérien à la cité
universitaire de ben Aknoun sans que la gendarmerie, impassible,
n’intervienne à aucun moment. Le lendemain, à Tizi-ouzou, les étudiants kabyles ont décidé
d’organiser une riposte en évacuant les intégristes des pavillons que le
FLN, par le biais du wali, Hamid Sidi Said, leur avait attribués en
guise de salles de prières au sein des cités universitaires. L’opération
fut menée par les étudiants des cités de Hasnaoua, de Oued
Aissi et de Mdouha. Sous l’effet de la colère qui a suivi l’assassinat
de Kamel Amzal, les islamistes ont effectivement été délogés par les
étudiants kabyles. Seulement voilà, après l’enterrement de Kamel Amzal, le Wali de
Tizi-Ouzou a convoqué les membres des Comité de Cité, pour prévenir les
étudiants kabyles des conséquences de l’action qu’ils avaient menée
contre leurs étudiants islamistes. Ils ont "averti" les étudiants
kabyles que le personnel du rectorat de l’université de Tizi-Ouzou,
accompagné des services du wali « Sidi Said Hamid », allaient changer
les serrures des locaux et les remettre aux « pauvres étudiants chassés
par les berbéristes ». Les services du rectorat et de la wilaya ont en effet réaménagé de
fond en comble les pavillons d’où avaient été chassés les « frères des
assassins » de Kamel Amzal avec de magnifiques tapis amazighs avant de
remettre les clefs aux intégristes. Durant les 31 années qui suivirent, le régime algérien a continué de
favoriser l’idéologie intégriste dans toutes les institutions
algériennes et durant dix longues années, il a entreprit d’actionner les
terroristes qu’il continue encore de fabriquer dans les institutions de
l’Etat pour décapiter physiquement l’élite kabyle et terroriser tout le
monde avec pas moins de 200 000 victimes avant d’amnistier leurs
assassins et de livrer une guerre sournoise et multidimensionnelle à la
Kabylie. Depuis 50 ans, la Kabylie ne cesse d’enterrer ses enfants et compte
déjà bien trop de Martyrs à qui elle a le devoir de rendre hommage. De
kamel Amzal à Kamel Irchen, beaucoup trop de sang a coulé. Il est temps que la Kabylie prenne l’exacte mesure du drame qu’elle vit depuis au moins 51 ans. zp,
Il y a 31 ans, Kamel Amzal était assassiné par les hordes islamistes: le MAK appelle le peuple Kabyle à lui rendre hommage
30/10/2013 - 18:14
TIFERDOUT (SIWEL) — Le Mouvement pour l'autodétermination de la
Kabylie (MAK) appelle le peuple Kabyle à rendre hommage à la mémoire de
l'étudiant kabyle Kamel Amzal, assassiné par les islamistes le 2
novembre 1982. Pour rappel, afin d'immortaliser le nom du martyr et de
rendre hommage à la victime assassiné par les islamistes dans les
enceintes universitaires d’Alger, le Gouvernement provisoire kabyle
(GPK) avait proclamé la journée du 2 novembre "Journée nationale de
l’étudiant kabyle". Ci après le communiqué du MAK
Bouaziz Ait-Chebib, président du MAK : " Nous avons le devoir
d’honorer leur mémoire et de faire vivre pour l’éternité leurs noms
inscrits en lettre de sang dans notre Histoire " (PH/DR)
MOUVEMENT POUR L’AUTODÉTERMINATION DE LA KABYLIE Journée nationale de l'étudiant kabyle: Hommage à Kamel Amzal
Pour la 31ème commémoration de l'assassinat de Kamel Amzal par les
hordes islamistes, le MAK appelle le peuple kabyle à rendre hommage à
la mémoire du brillant étudiant fauché par le sabre des intégristes à
l’âge de 20 ans.
Le MAK ira se recueillir sur la tombe de Kamel Amzal dans le
village de Tiferdouth, le 02 novembre prochain et appelle plus
particulièrement la jeunesse estudiantine kabyle à honorer la mémoire du
martyr Amzal. Le 2 novembre, jour de son assassinat par les
intégristes, ayant été proclamée journée nationale de l'étudiant kabyle.
Le départ, à partir de l'université Mouloud Mammeri vers le village
natal de Kamel Amzal, est prévu à 9h du matin.
Honneur et gloire aux martyrs de la Kabylie
Nous avons le devoir d’honorer leur mémoire et de faire vivre pour
l’éternité leurs noms inscrits en lettre de sang dans notre Histoire.
Bouaziz Ait-Chebib,
Président
SIWEL SIWEL 301814 OCT 13
Pour ne pas oublier le lâche assassinat de Kamel Amzal
Photo publiée sur le site officiel de l'Anavad lors de la
proclamation du 2 novembre '"Journée nationale de l'étudiant kabyle" en
hommage à Kamel Amzal (Ph/ Anavad.org)
Le 2 novembre 1982, la Kabylie fut endeuillée par l’ignoble
assassinat de Kamal Amzal, son premier martyr. Il a été lâchement
assassiné à la Cité universitaire Taleb Abderahmane de Ben Aknoun
(Alger) par les hordes islamistes, sous la protection et la bénédiction
des services de sécurité de l’Etat algérien. Le jour de son enterrement,
le village de Tiferdout accueille les milliers de personnes médusés qui
sont venues accompagner le jeune Kamel Amzal à sa dernière demeure.
C’est devant ses camarades, partis avec lui afficher un appel à
une Assemblée générale de la cité universitaire, que les hordes
islamistes, conformément à leurs méthodes inhumaines et sanguinaires ont
éventré Kamel Amzal avec un sabre en hurlant "Allah Akbar".
Kamel Amzal était un militant kabyle, démocrate et laïc que les
intégristes appelaient le « diable rouge ». A la cité universitaire de
Ben Aknoun, il luttait contre les intégristes pour instaurer un
fonctionnement démocratique. Or, fidèles à leur doctrine totalitaire,
les islamistes refusaient toute idée de démocratie au sein de
l’université et comptaient bien prendre le contrôle total de la cité
avec l’active collaboration de l’Etat arabo-islamiste Algérien pour
contrer la mouvance démocratique, exclusivement portée par la jeunesse
kabyle du mouvement amazighe déclenché par le printemps amazigh de 1980.
Aujourd’hui, plus aucun kabyle ne doute que le régime algérien ait
de tout temps été l’allié objectif de l’intégrisme islamiste. Il lui a
donné les moyens de s’organiser et de prospérer à l’ombre des
institutions algériennes.
Pour contrer les aspirations démocratiques de la Kabylie, le
régime algérien a actionné l’intégrisme islamiste afin de faire barrage à
la jeunesse militante kabyle imprégnée de démocratie, de liberté, de
justice et d’équité. Le régime algérien a prêté main forte aux
intégristes pour briser les militants kabyles, au moment où l’opposition
idéologique entre les islamistes et les militants kabyles était
frontale (fin des années 70, début des années 80). Et en effet, si les
islamistes étaient rares et insignifiants à l’université de Vgayet ou de
Tizi-Ouzou, il n’en était pas de même à Alger où le militantisme kabyle
était en perpétuel conflit avec les intégristes.
Mais si les militants kabyles étaient armées des belles idées de
démocratie, de liberté de justice et chérissaient par-dessus tout
Tamazight, les intégristes eux étaient armées de haine, de sabres et de
couteaux. C’est dans ce contexte que Kamel Amzal a été éventré avec un
sabre sous la protection et la bénédiction du régime algérien à la cité
universitaire de ben Aknoun sans que la gendarmerie, impassible,
n’intervienne à aucun moment.
Le lendemain, à Tizi-ouzou, les étudiants kabyles ont décidé
d’organiser une riposte en évacuant les intégristes des pavillons que le
FLN, par le biais du wali, Hamid Sidi Said, leur avait attribués en
guise de salles de prières au sein des cités universitaires. L’opération
fut menée par les étudiants des cités de Hasnaoua, de Oued Aissi et de
Mdouha. Sous l’effet de la colère qui a suivi l’assassinat de Kamel
Amzal, les islamistes ont effectivement été délogés par les étudiants
kabyles.
Seulement voilà, après l’enterrement de Kamel Amzal, le Wali de
Tizi-Ouzou a convoqué les membres des Comité de Cité, pour prévenir les
étudiants kabyles des conséquences de l’action qu’ils avaient menée
contre leurs étudiants islamistes. Ils ont "averti" les étudiants
kabyles que le personnel du rectorat de l’université de Tizi-Ouzou,
accompagné des services du wali « Sidi Said Hamid », allaient changer
les serrures des locaux et les remettre aux « pauvres étudiants chassés
par les berbéristes ».
Les services du rectorat et de la wilaya ont en effet réaménagé de
fond en comble les pavillons d’où avaient été chassés les « frères des
assassins » de Kamel Amzal avec de magnifiques tapis amazighs avant de
remettre les clefs aux intégristes.
Durant les 31 années qui suivirent, le régime algérien a continué
de favoriser l’idéologie intégriste dans toutes les institutions
algériennes et durant dix longues années, il a entreprit d’actionner
les terroristes qu'il continue encore de fabriquer dans les institutions
de l'Etat pour décapiter physiquement l’élite kabyle et terroriser tout
le monde avec pas moins de 200 000 victimes avant d’amnistier leurs
assassins et de livrer une guerre sournoise et multidimensionnelle à la
Kabylie.
Depuis 50 ans, la Kabylie ne cesse d'enterrer ses enfants et
compte déjà bien trop de Martyrs à qui elle a le devoir de rendre
hommage. De kamel Amzal à Kamel Irchen, beaucoup trop de sang a coulé.
Il est temps que la Kabylie prenne l'exacte mesure du drame qu'elle vit depuis au moins 51 ans.
Devoir de mémoire : Hommage à Smaïl Yefsah, le journaliste-militant de la cause amazighe.
24/10/2013 - 12:07
TIZI-WEZU (SIWEL) — Issu de la génération post-indépendance, Smaïl
Yefsah, né le 29 octobre 1962 à Tala Amara, dans le département de
Tizi-Ouzou, était l’un de ses beaux et intelligents fleurons en lesquels
l’Algérie libre comptait énormément.
Smaïl Yefsah, le journaliste kabyle victime de l'intolérance. PH/DR
Par Smaïl Medjeber
Licencié en sciences politiques «option relations internationales
», Smaïl Yefsah occupa plusieurs postes de responsabilité au sein de
l’une des institutions les plus fermées : la télévision algérienne.
Pour le gentil, beau, souriant et chaleureux enfant de Tala-Amara
cela relève, à la fois, d’un prodige et d’un grand défi que d’être à
l’intérieur de cette unique chaîne de télévision, chasse fortement
gardée du pouvoir, où le journaliste a peu sinon aucune chance de
s’exprimer librement surtout lorsqu’il s’agit de langue et culture
amazighes.
Smaïl Yefsah osera défier cette omnipotente institution, en
produisant et en diffusant un reportage en langue amazighe, en novembre
1988, c’est-à-dire juste après les sanglants événements d’octobre 1988
d’Alger.
-Dans mon reportage, me confiera-t-il, à Béjaïa, à l’occasion des
Poèsiades (Festival de poésies), j’ai fait parler les témoins de la
guerre, les anciens moudjahidine, les vieux et les vieilles de nos
montagnes, en amazigh. Quelquefois, je traduisais en arabe, d’autres
fois, non, j’enregistrais dans la langue de mes interlocuteurs.
Une fois mon reportage fini, ma bande remise à la rédaction, je ne
tardais pas à être convoqué par le Directeur… – un amazigh de service
bien sûr -… Il n’osa pas me dire explicitement de supprimer la partie
amazighe de mon reportage, mais supposa que je comprendrais et que je
m’autocensurerais par moi-même en me limitant uniquement mon temps
d’antenne. Je compris certes le sous-entendu, mais je fis exactement le
contraire, c’est-à-dire j’ai respecté le temps de diffusion qui m’est
imparti… en rognant sur l’enregistrement fait en langue arabe. Ainsi,
et pour la première fois, un reportage journalistique est effectué et
diffusé presque intégralement en langue amazighe. »
Malheureusement, Smaïl Yefsah ne connaîtra ni une longue carrière -
grandement méritée - ni le bonheur conjugal qui s’éteindra avec son
sublime sourire, trente-neuf jours après son mariage, assassiné par des
voyous formés voire envoyés par les tenants du Pouvoir illégitime,
militariste et terroriste, le triste matin du 18 octobre 1993, près de
son domicile (et pas loin de mon bureau), à Bab-Ezzouar.
Cela m’avait beaucoup choqué. Et j’en suis toujours attristé.
Tristesse que je partage, cœur, corps et âme avec sa veuve et toute sa
famille.
Il avait eu le courage de diffuser, et pour la première fois dans
cette chaine de télévision unique du pouvoir unique et dictatorial, son
reportage presque intégralement en langue amazighe. C’était
extraordinaire, bien plus : un acte courageux, militant et
révolutionnaire au service de la cause amazighe.
Je me rappelle un fait que j’avais vécu à la radio nationale
chaine 2, autre chasse gardée de ce même Pouvoir dictatorial, invité par
une excellente animatrice, Khedidja.
Avant de passer à l’antenne, en direct, elle fut convoquée par son
supérieur - un autre amazigh de service -, qui lui ordonna de me
limiter le temps de parole et, surtout, de faire attention sur les
sujets à aborder. « Pas de politique ! » Insistât-t-il. Khedidja, m’en
informa et me dit :
« Monsieur Medjeber, dites tout ce que vous voulez, prenez tout le
temps que vous voulez. S’il veut me virer après, qu’il me vire ! »
Voilà donc l’une des images de ce pouvoir dictatorial qui sévit
encore en Algérie : le bâillonnement du peuple et l’assassinat des
nobles citoyens-militants pour la liberté d’expression et la démocratie
– à l’instar du Grand Homme, le défunt Smaïl Yefsah qui nous a quitté
il y a vingt ans maintenant.
-Repose en paix cher frère, Smaïl Yefsah, le digne fils de ce beau
village de Tala Amara. Un village qui porte précisément le nom de
Source et c’en est une. La preuve : toi ! Nous ne t’oublierons jamais.
Tu es et tu le resteras, pour l’éternité, immortel et un exemple à
donner aux générations actuelles et futures. Merci encore à toi de
t’être confié à moi. Je m’en rappellerais toujours. Dont acte. »
SM
(Extrait de la revue Abc Amazigh, n°27, et Abc Amazigh : une expérience éditoriale en Algérie, volume 2)
SIWEL 24 1207 OCT 13
Les artistes qui ont ouvertement pris part à des luttes ne manquent pas à travers les siècles et les continents. Pourtant, parmi eux, seuls quelques-uns sont allés plus loin, mêlant irrémédiablement leur œuvre, leur lutte et leur vie. Artistes entiers et sans concessions, ils ont consacré tout leur temps, toute leur énergie à écrire et chanter leurs luttes. S’ils l’ont payé de leur vie, leur musique reste à jamais liée à leur combat. Nous leur rendons hommage à travers une série de portraits, en commençant par Lounès Matoub.
ounès Matoub, c’est parcourir le chemin tumultueux et semé de drames de laKabylie. Rarement un artiste aura été aussi intimement lié à un peuple et à sa lutte. Ce peuple berbère qui lutte continuellement pour sa reconnaissance, notamment depuis l’indépendance de l’Algérieet la politique d’arabisation menée par le pouvoir.
En 20 ans (de 1978 à 1998), Matoub produira 28 albums mélangeant le chaâbi (musique kabyle des montagnes) avec des influences orientales plus modernes. Une carrière artistique à l’image de sa vision de la vie : se battre pour faire vivre le patrimoine culturel de son peuple sans jamais s’enfermer dans un entre-soi communautaire. « Le Berbère que je suis est frère du Juif qui a vécu la Shoah, de l’Arménien qui a vécu le terrible génocide de 1915, de Taslima Nasreen et de toutes les femmes qui se battent de par le monde; frère du Tibétain acculé par-delà les glaciers, frère du Kurde qui lutte sur les tirs croisés de multiples dictatures et frère de l’Africain déraciné. Nous avons en commun la mémoire de nos sacrifices ».
A l’âge de neuf ans, Lounès Matoub fabrique sa première guitare à partir d’un bidon d’huile. Il se construit artistiquement avec l’influence presque évidente de Dahmane El Harrachi, figure incontournable du chaâbi (compositeur du fameux Ya Rayah popularisé par Rachid Taha). En 1978, Matoub débarque à Paris et se produit rapidement dans des cafés fréquentés par la communauté kabyle. Pris sous son aile par Idir, il enregistre la même année son premier album. Le succès est immédiat puisqu’en 1980, le chanteur se produit à l’Olympia. En plein printemps berbère, le porte-parole de tout un peuple arrive habillé d’une tenue militaire pour manifester son soutien aux manifestants.
Frontalement opposé au pouvoir en place, Lounès Matoub militait pour la reconnaissance de Tamazighten tant que langue nationale et officielle de l’Algérie. Ses chansons furent également de nombreuses fois l’occasion de diatribes contre ceux qui instrumentalisent l’Islam comme outil d’oppression. Condamnant régulièrement les actes des terroristes islamistes, il composera en juin 1993 quelques semaines après le meurtre de Tahar Djaout, une chanson à sa mémoire,Kenza, du prénom de la jeune fille de la victime.
Lounes Matoub aura ainsi passé toute sa vie et sa carrière à combattre deux fronts (pourtant eux-mêmes opposés) : le pouvoir en place et les islamistes. Ces deux combats (qui, pour lui, ne faisaient qu’un), lui coûteront très cher : En 1988, alors qu’il distribuait des tracts appelant à la grève, des gendarmes lui tirent dessus. Atteint de cinq balles (dont une lui traverse l’intestin), il subira 14 opérations chirurgicales. Quelques jours après sa sortie de l’hôpital, encore en béquilles, il anime un gala dans un stade de Tizi-Ouzou devant une immense foule. Le 25 septembre 1994, cet écorché vif est enlevé par un groupe armé islamiste. La Kabylies’embrase et se mobilise massivement, permettant à Matoub d’être libéré dix jours plus tard. Il restera condamné à mort par un tribunal islamique. Ce fervent partisan de la laïcité, qui se battait pour le droit des femmes, vivra très durement ses dix jours de séquestration. Son retour « à la vie » n’en sera pourtant pas moins marqué par une farouche volonté de continuer la lutte. Une lutte qui, du début à la fin de sa vie, n’utilisa comme seule arme sa musique et ses textes, véritables poèmes révolutionnaires. Lounès Matoub fut assassiné le 25 juin 1998. Son dernier album, sorti quelques semaines plus tard, contient une parodie de l’hymne national algérien dans laquelle il dénonce le pouvoir en place. Aujourd’hui encore, le doute subsiste sur l’identité des assassins, le pouvoir accusant les islamistes tandis que le peuple kabyle soupçonne le régime de l’époque.
Interdit de radio et de télévision algérienne tout au long de sa vie, Lounès Matoub restera pourtant l’artiste kabyle le plus reconnu et respecté dans le monde. Sa musique, sa poésie et sa passion transcendent années après années des générations d’artistes, qu’ils soient Kabyles, Arabes ou autres. Emel Matlhouthi termine tous ses concerts et son titre phare Kelmti Horra (Ma parole est libre) par cette citation de Matoub : » Tant que dans mes orbites, mes yeux verront le jour, je serai à jamais aux côtés des victimes. Ni les dangers ni la mort ne m’en éloigneront. Je mènerai la lutte, à l’est comme à l’ouest, peu importe la langue de celui qui m’appelle« . La rebelle tunisienne à la voix d’ange nous explique que ces mots de Lounès Matoub l’ont profondément touché : « Il existe très peu d’artistes dans la veine de Lounès, ses chansons dégagent une telle sensibilité, de telles émotions que l’on adhère tous à cette cause si noble et si universelle. Son destin tragique et son talent immense font de lui une icône, un mythe qu’on oubliera jamais. Un exemple d’intégrité, de dignité. Sa créativité n’a d’égal que sa simplicité, sa bonté et son amour de sa patrie, de la vérité et de l’humain. »