mardi 11 décembre 2012

Sur les traces de Matoub Lounès


Sur les traces de Matoub Lounès

mar, 2012-12-11 08:38 -- Benamghar Rabah
KABYLE.COM - Tizi-Ouzou - Pendant notre chemin vers les Ath douala où repose éternellement, dans un sommeil du juste, le célèbre chanteur kabyle Matoub Lounèss, assassiné par les sanguinaires du GSPC en juin 98, l’impression que  quelque chose de bizarre nous suit est omniprésente. Là où il est, six pieds sous terre, il culmine fièrement avec le Djurdjura et les montagnes qui s’offrent au regard à perte de vue pour celui qui les a toujours vénérées. Il garde jalousement sa maison comme un sphinx qui renaitrait de ses cendres, lui qui n’a pas laissé de descendance.
De la Kabylie maritime (Ivehriyen) d’où nous partons jusqu’aux collines, en haut des Ath aissi, aux adrets illuminés par un soleil qui s’échappe derrière les nuages automnaux, des Ath douala (igawawen)  qui surplombent l’étendu barrage de taksebt, le fantôme du poète ne nous a pas quitté un seul instant, comme pour nous servir de guide et de protecteur providentiel. Sa présence invisible rend le trajet court. L’image imposante de ce monument hante les horizons à mesure que nous approchons de son village natal, Taourirt Moussa, devenu entre-temps la Mecque des inconditionnels.
Nous roulons nerveusement en fixant les alentours  comme si son ombre pouvait surgir après chaque virage, lui qui aimait à en mourir sa montagne abrupte et sauvage. Il a arpenté les chemins de la Kabylie dans tous les sens.il était allé par monts et vaux sur l’étendu d’un territoire accidenté et ingrat, laissé en jachère par les tenants d’un anti-kabylisme maladif. Aucun buisson ne   lui est étranger. Il était viscéralement attaché à la terre qui l’a vu naitre. « ulac ta3zibt ur nartih , asebhi ur nentih s lhasnaoui d el 3anka » dixit le poète indomptable. Le mot Adrar ou montagne  revient  maintes fois dans ses chansons comme pour souligner son attachement à ce bout de territoire nu qui est le sien, les montagnes du Djurdjura.  L'artiste des masses populaires etavocat des sans-voix, a été surpris au détour d’une route qu’il avait l’habitude d’emprunter pour rentrer chez lui. Une route qui lui inspirait sérénité et sécurité, malgré son infestation par les hordes terroristes depuis le début des années quatre-vingt dix, lui qui croyait en la protection des saints perchés sur toutes les crêtes de notre belle, sa belle patrie. Les sanguinaires du GIA et de son corolaire le GSPC ont toujours désigné Matoub Lounès comme ennemi à abattre.
En octobre 88, il fut victime de blessures par balles tirées par un gendarme dans la région de Ain-el hammam en haute kabyle. En septembre 94, il fut encore une fois victime d’un kidnapping orchestré par le GSPC alors dirigé par Hassan hattab. Il n’est relâché qu’après une mobilisation sans précédent de la population. La résistance populaire et l’union ont eu raison de ses bourreaux ravisseurs en le  libérant sans conditions. Sa vie entière est un dramatique roman. Malgré l’acharnement  d’un sort maléfique, il est allé illico-presto prêcher la résistance comme seul impératif pour la survie démocratique face au projet théocratique et intégriste des islamistes de l’ex-FIS. C’est enfin à Tala Bounane où ses tueurs ont eu raison de son courage et de son tempérament intrépide que nous faisons notre première halte. Et là, la chair de poule  fait sortir nos cheveux et nos poils de leurs racines. L’adrénaline monte en puissance en provoquant des migraines terribles. Sur ce lieu funeste, une de ses chansons nous vient à l’esprit pour nous assener une vérité : il a tout prédit avec ses prémonitions et ses prophéties.
En effet, dans cette chanson (asagi ligh azekka wisen) il  disait : «  cfut di targa ma ghligh d anza’w ara wand i siwlan ». Et c’est justement là, sur les abords d’une chaussée, qu’il a été rattrapé par ceux qui ont juré d’avoir sa peau, d’achever ses rêves et d’éteindre son étoile étincelante, lui l’irréductible militant de la cause Amazigh et de la démocratie.
Sur place, une stèle et des fleurs fanées et déposées ça et là, témoignent de l’attachement des inflexibles fans à ce monument que seule sa mère Nna Aldjia a enfanté. Il vénérait les montagnes kabyles et sa majestueuse chaine du Djurdjura qu’il ne voulait déserter pour rien au monde. « Al 3emriw, al 3emriw, d idurar i d el 3emriw ». Ce jour là, un certain vingt cinq juin 1998, les anges qui l’accompagnaient l’ont abandonné un fatal instant. Et ceux qui juraient son élimination ont happé sa vie avec une lâcheté sans pareil. La lâcheté de s’attaquer à un homme en présence de sa femme (sa famille). Il a eu tort de faire confiance aux saints, lui qui disait qu’ils avaient fui ce pays dépravé (ula deselah hugern Ur debrinen ara). He oui, ce jour là en tout cas, ils ne lui ont pas été d’un grand secours.
Apres une courte halte dans ce lieu qui rappelle à tous la monstruosité de la doctrine dévastatrice des islamistes, nous continuons notre chemin vers Taourirt Moussa. Finalement, revenir revisiter les deux dernières demeures de feu Lounès, à savoir sa maison vitale et la tombe qui l’a volé aux siens pour en faire un invité éternel, est un voyage inoubliable, tellement la communion avec lui est comme réelle. Rare sont ceux qui vont vers ce lieu sans être accompagner par ses airs et sa voix inoxydable. Lounes est une légende que l’histoire n’oubliera pas de sitôt tellement il a marqué son passage ici bas dans le laps de temps qui lui a été imparti. De son vivant il était adulé, idolâtré et même sacralisé au point où certains n’hésitaient pas à le « prophétiser ». Dans sa carrière, il n’a laissé personne indifférent y compris ses émules et ses ennemis. Il était un parolier, un compositeur et un interprète sans égal pour sa génération. Il ne faisait que chanter son idéal. Il a chanté l’amour, la fraternité, sa terre, sa langue et sa culture. Il est de cette race d’hommes qui ne savent pas se taire devant les incertitudes et les injustices. Sa langue est une arme redoutable qui fait mal aux ennemis de la liberté et de la coexistence pacifique. Le message qu’il véhiculait faisait peur aux partisans des ténèbres et de la régression multidimensionnelle. Il était le phare éclaireur de la famille qui avance dans son combat contre la menace de la famille qui recule.il avait choisi son camps contrairement à beaucoup d’autres. Depuis son jeune âge, il a  prit sa guitare comme seul munition pour combattre les négationnistes et les nihilistes de tous bords. Il s’est engagé corps et âme en faveur de la cause berbère. Sa mère dit de lui qu’il était prédestiné à ce sort fatidique. Déjà enfant, il n’était pas d’humeur à se laisser piétiner sur les pieds. C’était le fouroulou de la famille à la tête dure. Il était imprégné d’un altruisme et d’un désintéressement pour la chose matérielle jusqu’à se faire mal. Il donnait plus qu’il en recevait. Sa générosité n’a pas d’égale auprès de ses semblables. Affaibli par les souffrances et les épreuves il lança à ses concitoyens : «  in tasen yak adi semhan ma yella u ghur yeqbah yiles iw ». Au plus haut de son arrogance envers la déchirure fratricide entre ses frères kabyles, il dit : «  à mes frères, à l’Algérie entière, des montagnes du Djurdjura jusqu’au fin fond du désert, montrons notre courroux, montrons que nous nous aimons… »  Avec des mots acérés et acerbes, il fustigeait les renégats et  les partisans de la division dans tous les camps mais sans renier personne. Aux antagonismes fratricides kabyles, il adresse des fléchettes empoisonnées et provocatrices pour les inciter à l’union qui fait tant défaut dans un langage pédagogique. « xas ma wteghd di gma asagi tasa’w ur tugi bghigh kan ad yefriwes »

Arrivé sur les lieux où repose le lion indomptable prés de la maison qu’il avait bâtie  à la sueur de son front, nos poils se dressent sur tout le corps tellement l’image de lounes est omniprésente. On a l’impression qu’il est là, quelque part, entre les interstices des murailles avoisinantes à guetter, à épier nos gestes. Et s’il était vraiment là à nous maudire de l’avoir un peu oublié, de l’avoir renié ou renier le serment que nous lui avions fait le jour de sa partance. Il n’a jamais voulu être une icône ou un quelconque fabuleux personnage. Les nombreuses personnes qui s’invitaient chez lui sont des gens du petit peuple avec qui, il ripaillait ou arrosait des nuits et des jours autour de repas maison. L’hospitalité était, indéniablement, collée à sa personne. La porte de sa maison ne se refermait jamais sur ceux qui venaient le voir. Il introduisait chez lui les gens sans  demander ni leurs rangs ni leurs affiliations. Il était humblement modeste pour accepter d’être élever au rang de héros.  Même à titre posthume, il ne le permettrait pas aujourd’hui. Là où il est, il doit rire de notre propension à rendre hommage aux morts et se faire passer pour des justiciers en jurant sur leurs tombes qu’ils leur seront fidèles. Les morts, nos morts, ne sont pas dupes, ils doivent nous regarder avec dédain et mépris. Leurs serments ne sont que des lettres mortes qui sommeillent dans nos tiroirs de l’amnésie. Abane, Amirouche, Mammeri, Guermah doivent savoir quelques choses sur nos reniements. 
De temps à autres, entre les murmures de sa mère que les jours ont courbée, un anza lointain venant de Tala Bounane, peut-être (!?), chatouille nos oreilles et nous oblige à regarder tout autour pour s’assurer que lounes n’est pas avec nous. Son image plane dans toute la maison. Ses chansons hantent les esprits qu’elles deviennent des bourdonnements incessants  qui nous empêchent de faire  le deuil des années après sa disparition. Tant que les circonstances de sa mort ne sont pas élucidées, son fantôme nous poursuivra pour toujours et empoisonnera ainsi, le cheminement de notre histoire. Sa Mercedes noire, criblée de balles, témoigne de la sauvagerie inhumaine de ceux qui l’ont abattu. Chaque impact balistique sur la carrosserie est un  signe  de la haine inqualifiable des tueurs. Le nombre de balles renseigne sur la nervosité des assassins qui surement se disaient qu’ils ne pouvaient pas venir à bout de cette légende.
Un poète peut-il mourir ? La ressemblance avec la mort du colonel Amirouche est frappante. C’est comme si Massu et ses milliers de soldats, les tueurs de lounes croyaient vraiment à l’invincibilité du chantre et du révolutionnaire émérite. Les deux légendes étaient, chacun en son temps, les cauchemars des ennemis de l’élite kabyle.  De Jugurtha à Matoub, en passant par Abane, Amirouche, Benai et les autres, nos héros et symboles ne nous pardonneront pas notre désengagement. Notre rage et nos serments durent le temps d’un enterrement et ne quittent que rarement les haies des cimetières.  Chaque week-end et à chaque anniversaire de sa naissance ou de sa mort ‘surtout), sinon tous les jours, des processions d’hommes et de femmes slaloment avec  les escarpements des chemins qui montent vers taourirt Moussa, son village natal. Les pèlerins qui se succèdent dans la demeure du rebelle, visitent le lieu avec révérence et deuil. Les questions fusent des regards de tout un chacun et reçoivent les mêmes réponses télépathiques des vis-à-vis qui se croisent dans l’enceinte d’une maison devenue la Mecque des amoureux du « barde flingué ». Chacun semble dire : ce n’est pas possible qu’il ne soit plus là. Et pourtant il n’est plus là. Chaque jour qui passe, son lot de visiteurs qui se recueillent sur la tombe de l’enfant terrible des Ath douala. Mais chaque jour qui passe, un petit « chouya » de lounes s’estompe. Les visites deviennent récréatives ou carrément festives. Les recueillements deviennent furtifs et sans larmoiements. Les mines désolées des premières années laissent la place aux visages décrispés et joviaux. Des couples d’amoureux viennent se recueillir en pensant plus à leurs escapades juvéniles qu’à l’âme de lounes même s’ils s’attardent un peu sur la beauté des pierres tombales qui enveloppent la dépouille du grand ami.

Quand à nous, nous quittons les lieux les yeux baissés et l’envie de revenir une autre fois et encore et encore...une autre fois.

Benamghar Rabah

vendredi 7 décembre 2012

Hommage à Mohya : hypocrisie des officiels, colère des autonomistes


Hommage à Mohya : hypocrisie des officiels, colère des autonomistes

ven, 2012-12-07 20:14 -- Dalil Makhloufi
Il fallait être du côté d'Ath Eurvah (daira d'Iboudrarene) ce matin pour voir à quel point la Kabylie est devenu le terrain des satellites du pouvoir qui viennent aujourdhui tenir des discours aussi faux cul qu'hyppocrites sur la tombe du grand dramaturge kabyle Muhand U yahia dit "Mohya" qui est et restera comme le précurseur du théâtre kabyle dont bénéficie aujourdhui des dividendes, les jeunes artistes kabyles et tout ceux qui croient encore à la profondeur de ses textes.
Beaucoup de monde s'est déplacé ce matin. Les uns pour rendre hommage à l'artiste, les autres pour montrer le bout de leurs nez avec l'étiquette des officiels sur le front.... La cérémonie s'est déroulée en deux temps. Tout d'abord avec les responsables de la culture et notamment Ould Ali l'Hadi, quelques personnalités de la chanson kabyle, Lounis ait Menguellet, Zedek Mouloud, Karim Branis et d'autres mais aussi la famille Mohya et les médias "soit disant Berbères".
Après de nombreux discours faisant l'éloge du grand Mohya par ceux la même qui aujourdhui mangent dans la soupe des bourreaux du dramaturge, il s'en suivra d'une collation à la sortie du cimetière sous des airs musicales d'Ait menguellet et quelques passages des sketchs du dramaturge kabyle, à se demander si c'était un hommage au fils d'Ighil Bouamas ou alors à Muhend U Yahia. Suite à cela, une délégation du Mouvement pour l'autonomie de la kabylie, emmenée par Bouaziz Ait Chebib est arrivée au moment même où la foule imputée des officiels a quitté le cimetière... La délégation du Mak, embellie de jolis drapeaux berbères si chers à Mohend U yahia est venue rectifier le tir afin de remettre les choses en place et eviter à Mohya de se retourner dans sa tombe toute la journée!
Le président du Mak a appelé les associations et des comités de village pour défendre le peuple kabyle de tout détournement et défendre les symboles de la Kabylie en proies aujourdhui aux pions du pouvoir en Kabylie afin de normaliser la région et soustraire toute connotation berbère et kabyle aux symboles de la région. Comme disait Bessaoud Mohand Arav "heureux les martyrs qui n'ont rien vu". Il a ensuite évoqué le parcours militant du regretté et son attachement profond à la Kabylie et souligné le rôle joué par Ferhat Imazighen imula, Djurdjura et d'autres afin que les messages de Mohya arrivent à bon port par la voix de nos artistes.
Très touché par le contexte de cette matinée il enchainera avec cette phrase qui en dit longt "Si Mohya s'était réveillé devant les discours qui ont lui eu lieu plus tôt dans la matinée il les aurait allumé".
A noter que Da Hacene Cherifi, compagnon du regretté Mohand Haroun dans l'affaire des poseurs de bombes a été tout simplement écarté et censuré par les organisateurs et médias alors qu'il a perdu 10 ans de sa vie à croupir dans les geôles du pouvoir pour qu'aujourdhui ces messieurs puissent parler librement et exercer pour certains leurs métiers, il dénoncera cette censure pendant les discours des makistes et lançant un avertissement sur l'oubli pour les générations futurs, privés de leurs histoires, conditionnés par des médias étatiques et promis à l’exil ou à l'assimilation dans l’Algérie de demain.
De nombreux jeunes ont dénoncé la main-mise sur l’évènement des officiels, retenant que l'assistance locale et parmi eux des membres du comité de village ont été écartés des discours ainsi que l'absence du drapeau berbère. Ils ont remercié la délégation du Mak d'avoir honoré Muhend u Yahia en donnant de l'importance au drapeau dont les Matoub, Mohya, Harroun, Taos Amrouche ou Bessaoud ont payé le prix fort.
Dalil Amazigh Kabyle.com

Le MAK rend hommage au dramaturge kabyle d'envergure universelle : Muhend U Yehya







En arrivant au village d’Ait Eurbah où repose Mohya, la délégation du MAK a tenu à se démarquer de la cérémonie officielle organisée par la direction de la culture de Tizi-Ouzou, et le chef de Daira, « venue représentent ici l’administration coloniale d’Alger » précise le président du MAK. Ce n’est que vers 11h 30 que la délégation du MAK, accompagné de jeunes du village, est montée au cimetière du village pour se recueillir sur la tombe de Muhya, devenu une véritable icône de la culture kabyle. La tombe de Mohya a été parée du drapeau amazigh, symbole de la culture ancestrale que le célèbre dramaturge a enrichi de nombreuses œuvres. Après une minute de silence à la mémoire de l’intellectuel engagé, le président du MAK, outré par le culot du régime raciste d’Alger, a dénoncé la « souillure dont a été victime Mohya par les officiels de ce régime raciste en lui imposant leur présence sur sa propre tombe, après avoir vainement tenté de le museler » Pour le président du MAK, « les hommages posthumes du régime visent à récupérer et à détourner la mémoire de Muhya ». Selon Bouaziz Ait-Chebib, « ces cérémonies officielles ont un objectif : permettre aux Kabyles de service de se faire une virginité sur le dos d’un géant de notre culture ». En effet, « Voir les vautours du régime qui l’ont privé de parole en train de récupérer sa mémoire et détourner son combat est la meilleure manière de l’assassiner » a-t-il dit. Rajoutant sur cet aspect ,jugé blasphématoire, « lemmer ad d-yekker Muhya, ad ten-id iwali, ad yughal ». Il conclu en rappelant que « de toutes les descriptions faite sur le totalitarisme et le despotisme du régime algérien, celle de Muhya est la plus adéquate, la plus percutante. Muhya avait en effet dit : en 1962, l’Algérie a remplacé le France ! ». « C’est on ne peut plus clair » a-t-il-dit. Le président du MAK a ensuite lancé un appel en direction des associations et des comités de village afin de « protéger la mémoire collective du peuple kabyle de tout détournement » et « soustraire les hommes et les femmes, qui font notre fierté, des griffes du régime et de ses relais locaux » Revenant sur le parcours de Muhen U Yehya, le président du MAK a mis en valeur « les différentes facettes d’une magnifique œuvre engagée, allant de la poésie, dont les textes ont été chantés par les ténors de la chanson kabyle : Ferhat, Idir, Ideflawen, Djudjura, Debza, à l’adaptation en kabyle des œuvres universelles dont la célèbre Jarre de Luigi Pirandello ». Ce qui démontre, selon l’orateur à quel point « notre langue est vivante et peut, comme toutes les langues dites développées, véhiculer l’art et la culture universelle ». Bouaziz Ait-Chebib considère que les fabuleux textes des pièces de théâtres de Muhya « font de lui le père fondateur du théâtre amazigh », avant de rajouter que « au-delà du fait que Muhya était kabyle, ce qui est incontestable, Muhya était d’abord et avant tout un militant d’une Algérie plurielle réconciliée avec son amazighité : une histoire plurimillénaire ». « Muhya était un défenseur de toutes les causes justes et sa dimension dépasse le cadre kabyle, algérien ou nord-africain : sa dimension est universelle » précise encore le président du MAK. Bouaziz Ait-Chebib a regretté l’absence des drapeaux amazighs en Kabylie. Il a souligné que « Tous les amazighs aujourd’hui, brandissent haut et fort ce drapeau, alors qu’en Kabylie, en dehors du MAK, les formations kabyles boudent, quand ils ne l’interdisent pas, ce drapeau qui incarne à lui seul le combat de Muhya ». Revenant sur la commémoration en elle-même, le président du MAK fera remarquer que « les textes forts de Muhay, ceux qui ont fait la gloire de la chanson kabyles engagée dans les années 80, sont absents de cette commémoration », en précisant que « c’est là une grave amputation de son œuvre, très certainement due au fait que les suppôts du régime raciste d’Alger rodent autour de tous nos repères pour les vider de leur substance ». Après avoir récité un de ses poèmes « ayen vghigh » et raconté quelques anecdotes concernant ce personnage hors du commun, le président du MAK a conclu en disant que « le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Muhya, c’est de défendre sa mémoire et continuer son combat dans la fraternité, sans jamais perdre de vue la terre qui l’a vu naitre : la Kabylie ». Hsen Cherifi, un des compagnons de Muhend U harun dans l’affaire des poseurs de bombes, a ensuite demandé la parole, pour dire : « j’étais présent à la cérémonie officielle, j’ai demandé la parole, ils ont refusé de me la donner en chuchotant : ne lui donnez pas la parole, il pourrait dire quelques vérités. Sur la tombe du chantre du combat pour la liberté d’expression, j’ai été censuré. C’est scandaleux. » A la fin du recueillement, plusieurs jeunes, touchés par le langage de vérité développé ,sont allés saluer la délégation du MAK en leur demandant comment adhérer au mouvement. Un des jeunes du village d’Ait Eurbah est allé demander un drapeau amazigh au président du MAK pour « orner la fresque de Muhya ». Le drapeau lui a été remis avec grand plaisir. Enfin, en redescendant du cimetière, quelques membres du comité de village d’Ait Eurbah ont intercepté la délégation du MAK pour les remercier d’avoir boycotté et surtout d’avoir dénoncé haut et fort la cérémonie officielle à laquelle ils avaient également refusé de se rendre. Ils ont dénoncé cette cérémonie de façade et l’ont dénoncée comme une tentative « d’usurpation de la mémoire de Muhya par le pouvoir ». Ils ont dénoncé le fait que « le Comité de village ait été évincé par le pouvoir et ses relais locaux pour le détourner et cacher l’idéal qui transparait dans l’œuvre de Muhya ». Ils ont refusé d’y participer en leur assénant : « Faites tout ce que vous voulez : Muhya ne vous appartient pas, il appartient à son peuple ». zp SIWEL 071542 DEC 12 

jeudi 6 décembre 2012

MATOUB L'IMMORTEL (VIDEO2).flv


Ajoutée par  le 26 janv. 2010
Mon souhait et de partager avec vous, vidéos et discussions instructives sur notre eternel MATOUB Lounes notre envoyé du ciel, parmi tant d'autres Kabyles ou qu'ils soient le Djurdjura veille sur eux, ils ont versé leur sang pour nous permettre un jour de relever la tête vers les cieux de les voir parmi les étoiles et tout simplement nous faire un sourire et nous faire comprendre que le seigneur et du côté de la vérité et du juste combat pour la liberté.
Le vide qu'ils ont laissé, à nous de le comblé pour que notre pays malade et qui semble inguérissable et cela depuis plusieurs siècles, trouve enfin sa place parmi les peuples justes et libres, car nous aussi nous avons droit à notre rayon de soleil.
A nous et nos enfants la relève pour que notre Algérie soit fière de ses hommes et que les virus soient bannies à jamais. Notre pays est-il malade de ses ressources ? Car de quoi voler ?, mais si il était pauvre certains ne déterreraient-ils pas les morts pour voir sils n'ont pas étaient ensevelis avec quelques trésors ? Le change de devise à qui profite-il ? Un pour dix voir un pour douze, mais à ceux qui se servent à la brouette, notre richesse nationale et devenue leur richesse personnel, sinon pourquoi les ouvriers nen profiteraient-ils pas ? Que de gagner un salaire de misère sans même être assurés, un pays dilapidé par qui pour qui ? Nous le savons tous !
La Kabylie !!! Des arbres calcinées par qui pourquoi ? Des commissariats dont nous pouvons toujours appeler au secours sans qu'ils ne bougent, raison simple ont nous surveille, nous sommes encerclés.
Le pire c'est que depuis notre indépendance, si durement arrachée notre pays semble plus que jamais invivable, par l'injustice, et la corruption. Des mosquées dans certains villages tout les cinq cents mètres, alors que les hôpitaux sont là juste pour faire mieux misère, ou alors le Allah des barbus suffit à nos maux, puisque ses envoyés du diables sont là pour nous meurtrir chaque jour un peu plus. Qui peut atténuer nos souffrances, qui peut faire abattre sur nous la paix, qui peut chasser de notre pays les assassins, qui peut nous aider à changer ce pouvoir qui ne pense qu'à ses poches, qui peut crier pour nous démocratie, liberté et justice....... Ne compter que sur soit, et dans ce cas "SOIT" c'est nous tous; sommes-nous à la hauteur ??? Ou alors attendre que pousse des dents à la poule ??? Dans l'histoire il est écrit que seul le peuple peut faire trembler n'importe quel pouvoir et tous les meurtriers, mais pour cela il faut des sacrifices; la paix vaut-elle le sang ? pour moi OUI car ma vie ne vaut pas grand chose, mais la leur aïe, aïe, aïe.
Mais l'intolérable c'est de voir nos femmes Kabyles habillées en afghanes, des hommes en robes blanches ou noirs avec des barbes a balayés les trottoirs, à ces gens qui veulent faire peur qui leurs fera peur ??? Si ce n'est nous, comme le disait MATOUB. Qui peut obliger quiconque à prier contre sa volonté, qui peut obliger un tiers à choisir une religion contre son gré.
La religion c'est l'esprit et le cœur, donc c'est personnel, chacun avec sa conscience ; alors chaque personne a le droit de vivre en paix quelques soient ses convictions.
Voila la démocratie que nous avons gagné par notre indépendance ceux qui ont donnés leur vie doivent se retourner dans leurs tombes.
Nos enfants à l'école jusqu'à leur bac en arabe en quoi cela leur sert-ils ? A tenir les murs ? Ou à se vanter de parler arabe en plein Tizi ? Et notre langue alors ? Je pourrais écrire ma tristesse pendant des jours et des mois, mais peut-être comme des personnes de mon âge, la vision de notre pays nous fait frémir de tristesse et de douleur. Amicalement Ramdane.

mercredi 5 décembre 2012

Bessaoud Mohand Arab L’insoumis Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh. 05/12/2012 - 13:34 mis a jour le 05/12/2012 - 13:33 par Yahia Yanes Bessaoud Mohand Arab L’insoumis Bessaoud Mohand Arab, officier de l’ALN naquit en 1924 à Taguemount El Djedid (lesOuadhias), il est l’auteur de plusieurs œuvres dont le fameux « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu », de chants patriotiques et chansons (Agujil, Massinissa, Nesla i yimaziγen, Ay asseggas…). Et des textes mis en musique et chantés par Takfarinas et Malika Domrane. (Ne wwet tafat s wudem, tenniv-iyi γileγ d ṣṣeḥ, makken i d-ffγeγ seg uxxam). Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh. Nous lui devons aussi le réaménagement des signes de l’alphabet Tifinagh et la création des chiffres Amazighs. C’est lui qui a choisi la lettre (Z : amazigh) comme symbole des amazighs.C’est aussi sous sa direction que le premier journal amazigh (bulletin Agraw Imazighen) a été édité en 1967. Fondateur à Paris de l’Académie Berbère « Agraw Imazighen », il en devint le Président dés son inauguration en 1966 . Le 1er janvier 2002, le père de l’Académie Berbère, ce militant intraitable de la cause Amazigh, ce brillant officier de la glorieuse ALN s’éteint à l’hôpital Saint Mary’s de New Port en Angleterre. Il repose au cimetière d’Akaoudj en Kabylie où il est enterré le 12 janvier 2002 . * Bessaεud Muḥend Aεrab. Tεemmreḍ agraw meqqeṛ D agraw-nni ara k-id-yadren Albaz a mmi-s n Ğeṛğeṛ Mmi-s n Dihiya d Yugurten Iṭṭij n tidett-ik inqaṛ Mačči di zmiren a t-nekren Tifinaγ i wumi tegiḍ leqder D amusnaw kečč d anaẓur D agrawliw γef Lezzayer Γef uzref illan d ameḥquṛ Textareḍ lγurba s ṣṣbeṛ Wala ddel d yir amur. * * * * * * * * * * * * Fell-ak ad yaεfu Ṛebbi A dda Muḥend Aεrab Bessaεud. YAHIA YANES. (Enseignant, poète et écrivain)


Bessaoud Mohand Arab
Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh.
05/12/2012 - 13:34 mis a jour le 05/12/2012 - 13:33 par Yahia Yanes
Bessaoud Mohand Arab L’insoumis
Bessaoud Mohand Arab, officier de l’ALN naquit en 1924 à Taguemount El Djedid (lesOuadhias), il est l’auteur de plusieurs œuvres dont le fameux « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu », de chants patriotiques et chansons (Agujil, Massinissa, Nesla i yimaziγen, Ay asseggas…). Et des textes mis en musique et chantés par Takfarinas et Malika Domrane. (Ne wwet tafat s wudem, tenniv-iyi γileγ d ṣṣeḥ, makken i d-ffγeγ seg uxxam).
Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh. Nous lui devons aussi le réaménagement des signes de l’alphabet Tifinagh et la création des chiffres Amazighs.
C’est lui qui a choisi la lettre (Z : amazigh) comme symbole des amazighs.C’est aussi sous sa direction que le premier journal amazigh (bulletin Agraw Imazighen) a été édité en 1967. Fondateur à Paris de l’Académie Berbère « Agraw Imazighen », il en devint le Président dés son inauguration en 1966 . Le 1er janvier 2002, le père de l’Académie Berbère, ce militant intraitable de la cause Amazigh, ce brillant officier de la glorieuse ALN s’éteint à l’hôpital Saint Mary’s de New Port en Angleterre. Il repose au cimetière d’Akaoudj en Kabylie où il est enterré le 12 janvier 2002 .
* Bessaεud Muḥend Aεrab.
Tεemmreḍ agraw meqqeṛ D agraw-nni ara k-id-yadren Albaz a mmi-s n Ğeṛğeṛ Mmi-s n Dihiya d Yugurten Iṭṭij n tidett-ik inqaṛ Mačči di zmiren a t-nekren Tifinaγ i wumi tegiḍ leqder D amusnaw kečč d anaẓur D agrawliw γef Lezzayer Γef uzref illan d ameḥquṛ Textareḍ lγurba s ṣṣbeṛ Wala ddel d yir amur. * * * * * * * * * * * * Fell-ak ad yaεfu Ṛebbi A dda Muḥend Aεrab Bessaεud.
YAHIA YANES. (Enseignant, poète et écrivain)
Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh.
05/12/2012 - 13:34 mis a jour le 05/12/2012 - 13:33 par Yahia Yanes
Bessaoud Mohand Arab L’insoumis
Bessaoud Mohand Arab, officier de l’ALN naquit en 1924 à Taguemount El Djedid (lesOuadhias), il est l’auteur de plusieurs œuvres dont le fameux « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu », de chants patriotiques et chansons (Agujil, Massinissa, Nesla i yimaziγen, Ay asseggas…). Et des textes mis en musique et chantés par Takfarinas et Malika Domrane. (Ne wwet tafat s wudem, tenniv-iyi γileγ d ṣṣeḥ, makken i d-ffγeγ seg uxxam).
Passionné par tout ce qui touche à l’ amélioration et au renouveau de sa culture, ce grand militant s’attela à organiser la semaine Amazighe en dotant chacun de ses jours d’un nom Amazigh bien propre vite adoptés par tout le monde ; il choisit lui-même la forme et les couleurs de l’emblème Amazigh ainsi que la confection en collaboration de Hemiche Med Saïd d’Agraw Imazighen du calendrier Amazigh. Nous lui devons aussi le réaménagement des signes de l’alphabet Tifinagh et la création des chiffres Amazighs.
C’est lui qui a choisi la lettre (Z : amazigh) comme symbole des amazighs.C’est aussi sous sa direction que le premier journal amazigh (bulletin Agraw Imazighen) a été édité en 1967. Fondateur à Paris de l’Académie Berbère « Agraw Imazighen », il en devint le Président dés son inauguration en 1966 . Le 1er janvier 2002, le père de l’Académie Berbère, ce militant intraitable de la cause Amazigh, ce brillant officier de la glorieuse ALN s’éteint à l’hôpital Saint Mary’s de New Port en Angleterre. Il repose au cimetière d’Akaoudj en Kabylie où il est enterré le 12 janvier 2002 .
* Bessaεud Muḥend Aεrab.
Tεemmreḍ agraw meqqeṛ D agraw-nni ara k-id-yadren Albaz a mmi-s n Ğeṛğeṛ Mmi-s n Dihiya d Yugurten Iṭṭij n tidett-ik inqaṛ Mačči di zmiren a t-nekren Tifinaγ i wumi tegiḍ leqder D amusnaw kečč d anaẓur D agrawliw γef Lezzayer Γef uzref illan d ameḥquṛ Textareḍ lγurba s ṣṣbeṛ Wala ddel d yir amur. * * * * * * * * * * * * Fell-ak ad yaεfu Ṛebbi A dda Muḥend Aεrab Bessaεud.
YAHIA YANES. (Enseignant, poète et écrivain)

«Mesmar Djeha» confessait avant son assassinat : «Il faut que l’on sache que je n’ai plus peur» | DNA - Dernières nouvelles d'Algérie


«Mesmar Djeha» confessait avant son assassinat : «Il faut que l’on sache que je n’ai plus peur»

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Said Mekbel, 54 ans, journaliste-chroniquer et directeur du quotidien Le Matin, a été assassiné de deux balles dans la tête samedi 3 décembre 1994 à Alger. Son assassinat faisait suite à une longue liste de journalistes algériens abattus dont le premier à être liquidé fut l’écrivain et journaliste Tahar Djaout. Entre novembre et décembre 1993, Said Mekbel s’est longuement entretenu avec Monika Borgmann, journaliste et cinéaste allemande aujourd’hui installée au Liban. Ces trois entretiens ont donné lieu en 2008 à un livre intitulé « Said Mekbel : une mort à la lettre ».

Au fil de ces entretiens, le chroniqueur, qui signait chaque jour un papier d’humeur sous la rubrique « Mesmar Djeha » dans les colonnes du Matin, interdit de parution depuis 2004, s’est prêté à confesse.
Said Mekbel raconte la vie au quotidien d’un homme condamné à mort; il raconte les assassinats de journalistes et d’intellectuels, les lettres de menaces qu’il recevait, les petites et grandes précautions qu’il prenait au jour le jour pour échapper à ses assassins, les angoisses et les terreurs qui le saisissaient de jour comme de nuit, ainsi que la liquidation méthodique de l’intelligentsia algérienne.
Said Mekbel raconte également ses déboires avec le régime algérien qu’il n’aura de cesse d’éreinter dans ses écrits aussi bien dans le journal Alger Républicain que dans les colonnes du Matin où il avait sa place en page 24.


Dans cette série d’entretiens, « Mesmar Djeha » narre encore son arrestation en 1967, à l’époque, jeune journaliste à Alger Rep’, par la sécurité militaire ainsi que les tortures qu’il a subies pendant trois mois.
Said Mekbel avoue aussi qu’il soupçonne le général Toufik, de son vrai nome Mohamed Mediene, patron des services de renseignement algérien, d’être derrière certains assassinats de journalistes et d’intellectuels; il explique que le « grand malheur » de l’Algérie est la « corruption financière » et « morale ».
Avec l’autorisation de l’auteur de ces entretiens, nous publions des extraits de ce livre.
• Said Mekbel raconte Tahar Djaout
« Le courage que j’ai trouvé pour lutter et trouver la force de ne pas me laisser faire vient de l’injustice que j’ai éprouvée quand Tahar a été assassiné. Ça a été un moment de révolte. On ne peut pas dire de quelqu’un qu’il a été injustement assassiné. On n’a pas le droit de dire qu’il y a des morts justes et des morts injustes, mais celle de Tahar fait partie de ces morts vraiment cruelles. Elle m’a giflé, elle m’a réveillé. Et c’est un peu pour cette raison que je lutte et que je veux vivre. »
• Assassinat des intellectuels
« Si vous prenez tous ceux que l’on a assassinés, tous, de Lyabès à Flici, en passant par tous les autres, ce sont des gens qui ont toujours cherché, en plus de leurs métiers, à transmettre quelque chose à la jeunesse. Ces gens rencontraient les jeunes et organisaient beaucoup de conférences sur la drogue, sur la jeunesse, sur la poésie, sur la communication...On a cherché à éliminer ceux qui avaient le pouvoir de transmettre. Je pense que c’est un projet qui existe toujours. Il y a des gens qui ne veulent pas que l’on transmette un certain héritage de la civilisation. Je suis persuadé de ça. »
• Mardi, jour des mises à mort
« J’ai réfléchi et j’ai pu reconstituer un scénario. Les gens se rencontrent à la mosquée le vendredi. Le grand chef se réunit avec le petit chef et lui dit : « Cette semaine, tu vas me tuer X. » Ça, c’est le vendredi. Le samedi matin, le petit chef va rassembler sa petite bande et va répartir les tâches. Les tâches, c’est reconnaître les lieux, reconnaître la victime, trouver les armes. Le dimanche, celui qui est chargé d’une mission de reconnaissance se déplace sur les lieux pour reconnaître la rue, les obstacles et, si possible, rencontrer la future victime, recueillir des renseignements, voir si elle prend ou pas sa voiture, si elle sort d’un immeuble, etc. Tout ce qui est pratique. Le lundi, généralement, il y a une deuxième rencontre avec la bande pour voir s’il y a des armes, si la reconnaissance s’est bien passée. Si tous les renseignements sont recueillis, le mardi on assassine. Et le mercredi on se sauve. Il faut que les gens se sauvent le mercredi et le jeudi, pendant deux jours. Puis le vendredi, nouvelle rencontre à la mosquée. »
• Vaincre la peur de mourir
« Actuellement, je ne me protège plus. Je pense qu’il faut que l’on sache que je n’ai plus peur. Quand je dis que je ne me protège plus, non ! Ce que je devrais dire, c’est que je maîtrise mieux ce que je fais. Je ne me cache plus, je prends des risques et je veux qu’on sache que je n’ai plus peur. »
• La corruption, le grand malheur de l’Algérie
« J’ai conscience que je représente une minorité dans le sens où j’ai la chance d’appartenir à cette catégorie qui a les yeux ouverts sur le monde. J’ai la chance d’avoir fait quand même des études, d’avoir vécu dans d’autres pays, France, Italie, Allemagne, d’avoir fréquenté d’autres sociétés. Dans ce sens, je fais partie d’une minorité. Mais mes écrits suscitent des réactions populaires que je peux constater dans la rue. Par exemple, je paie très rarement mes repas dans les restaurants, parce qu’il y a toujours quelqu’un qui me reconnaît et qui paie mon repas.
Pour cela, je suis convaincu d’appartenir quand même à une majorité. Mais je ne partage pas les idées islamistes de cette majorité. C’est cela qui m’en sépare. Je partage cependant leur lutte contre l’injustice sociale, contre la corruption. Le grand malheur de l’Algérie, c’est la corruption. Il n’y a pas que la corruption financière, il y a aussi la corruption morale. Certains intellectuels sont corrompus. Et je crois que c’est cette corruption qui a atteint la famille, qui s’est répandue partout. C’est le grand mal. Et c’est pour ça que les idées des religieux gagnent du terrain, parce que la religion propose la propreté, la propreté morale, etc. Et le premier homme qui viendra chez nous pour réclamer la justice, il va gagner. »
• L’école, ce mal qui gangrène le pays
« Le drame de notre pays, c’est la gangrène qui a frappé l’école. Depuis 1969, 1970. Le mal a été fait à l’école lorsqu’on a choisi l’arabisation systématique. Il y a des apprentis sorciers qui ont mené le pays vers cette ruine. Cela a commencé à l’école. Les troupes du FIS, ce sont les troupes de l’école fondamentale. La justice maintenant, ce qu’elle est devenue, ce sont des juges de l’école fondamentale. Les militaires, bientôt, vont être les militaires de l’école fondamentale. Alors, dès que tous les militaires seront ainsi, il n’y aura plus rien. »
• Les islamistes internés dans les camps du sud d’Algérie
« J’étais le familier de [Sid Ahmed] Ghozali, l’ancien chef du gouvernement. Et c’est sous son gouvernement qu’on a ouvert les camps du sud. J’ai profité de cette situation pour faire libérer beaucoup de jeunes. Ceux que l’on a pu libérer se comptent par centaines. Des jeunes avaient été arrêtés un peu trop arbitrairement. Parmi les personnes qu’on a fait libérer, il y avait de vrais militants du FIS, des activistes.
Mais on est intervenu, parce qu’on connaissait leurs familles ou leurs proches. Je peux donc dire que j’ai fait souvent plus, pour les islamistes, que les islamistes eux-mêmes. J’ai fait ça par devoir. Mais souvent je reçois des lettres insultantes qui me reprochent de n’avoir rien dit ou d’avoir contribué à l’ouverture des camps. Ce sont ces injustices qui me révoltent un peu. Ce qui me touche aussi, c’est quand on porte des jugements sur ma personne, ce qui montre que les gens appliquent des clichés, de manière systématique, à tout le monde. »
• Jeune journaliste torturé en 1967 par la sécurité militaire
« Une fois, un de mes tortionnaires m’a dit, deux jours après m’avoir bien torturé : « Ah, c’est bien, tu as résisté, c’est bien, je te félicite. » Il te torture et après il te félicite. C’est toujours un rapport de force. Il ne faut jamais perdre sa supériorité sur l’autre. Et la seule arme que l’on possède, c’est la réflexion. Il faut sentir l’autre, appréhender comment lui te perçoit... Certains de mes rapports avec mes tortionnaires se sont transformés. Vers la fin, l’un d’eux m’a demandé si je pouvais lui faire une lettre pour son supérieur afin que l’on revoie sa situation.
Voilà, des tortionnaires qui viennent te voir pour que je leur écrive une lettre, c’est quand même terrible. C’est pour cela qu’il faut toujours être lucide. C’est pour apprécier ces moments. Parce que c’est là que ça bascule. Je crois qu’il y a un énorme courage intellectuel qui peut vaincre, à condition que tu restes toujours lucide. Ce qui est dur, c’est la douleur. Ce sont les premiers coups dans le ventre. Pour l’électricité, ce sont les premières décharges. Non, ce ne sont pas les premières d’ailleurs. Ce sont les deuxièmes. Les premières, c’est toujours une surprise.
Mais la deuxième fois, tu sais ce que c’est. Donc, ce sont les deuxièmes qui sont dures. Et par la suite, tu t’habitues vite. C’est tout. Alors, il faut gérer ta situation. Être lucide sans arrêt. Il faut essayer d’identifier tes tortionnaires, de voir si celui-ci a l’air méchant, s’il a l’air sadique, s’il te respecte. Il y en a qui savent que tu es diplômé, que tu es journaliste. Tu sens qu’ils te respectent. Mais d’autres, non. Il faut être lucide, c’est tout. »
Les intertitres sont de la rédaction


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mardi 4 décembre 2012

Monika Borgmann à DNA : « Said Mekbel, un homme d’une rare lucidité même face à sa mort » Mardi, 04 Décembre 2012, 20:17 | Farid Alilat


Monika Borgmann à DNA : « Said Mekbel, un homme d’une rare lucidité même face à sa mort »

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Alger, quartier d’Hussein-dey, samedi 3 décembre 1994. Said Mekbel, journaliste et directeur du quotidien Le Matin est abattu de deux balles dans la tête alors qu’il déjeunait dans un restaurant situé à quelques mètres du siège de son quotidien. Entre novembre et décembre 1993, une année avant son assassinat, Said Mekbel s’est longuement entretenu avec Monika Borgmann, journaliste et cinéaste allemande aujourd’hui installée au Liban.

Ces trois entretiens ont donné lieu en 2008 à un livre intitulé « Said Mekbel : une mort à la lettre ». DNA a recueilli le témoignage de Monika Borgmann. Elle raconte ses rencontres avec l’auteur du célèbre billet « Mesmar Djeha ».
Monika Borgmann : " En 1993, j’étais journaliste free-lance au Caire, en Egypte. Je travaillais notamment pour le compte d’une radio allemande. Je suis partie cette année-là en Algérie pour réaliser des reportages sur le thème de l’assassinat des journalistes et intellectuels algériens. Je voulais savoir et comprendre pourquoi  certains avaient décidé de fuir le pays pour s’exiler et pourquoi d’autres avaient fait le choix d’y rester.
On m’avait alors présenté, dans le cadre de ce travail et pour lequel j’avais interviewé de nombreux journalistes algériens, Said Mekbel, chroniqueur et directeur du quotidien Le Matin. Said Mekbel avait accepté de se confesser longuement et nous avions réalisé trois entretiens. Tous au siège de son journal.
J’ai également rencontré sa femme ainsi que sa belle-fille. Je garde encore aujourd’hui chez moi les enregistrements audio que j’avais réalisés avec Said Mekbel.
J’ai publié à l’époque un article sur les assassinats de journalistes et d’intellectuels algériens, mais je n’avais pas tout raconté de nos entretiens avec Said Mekbel. Notamment la théorie qu’il avait développée sur ces assassinats préparés et méthodiques. J’ai considéré que cette théorie lui appartenait.
Une année après notre rencontre, Said Mekbel est assassine le 3 décembre 1994. J’ai réalisé que j’avais entre les mains son testament. A l’époque, j’étais encore sous le choc de sa mort, tétanisée, incapable de réfléchir sur la manière dont il fallait exploiter ces témoignages recueillis auprès d’un homme d’une extrême lucidité même face à la mort.
Je n’ai pas eu l’occasion de publier ces entretiens d’abord parce que personne n’en voulait, ensuite parce que j’étais très prise par d’autres projets. J’ai bien sûr entrepris des démarches dans le but de les publier, mais le projet n’a pas abouti.
Il aboutira en 2008 avec la publication de ce livre aux éditions Dar Al-Jadeed au Liban, ainsi qu'aux Editions Téraède en France.
J’ai rencontré un homme qui m’a extrêmement touchée. Je le suis encore 19 ans après ces rencontres. Said Mekbel m’a touchée, émue et bouleversée par la clarté de ses idées. J’étais stupéfaite par sa capacité d’analyses. Il avait cette aptitude à décrire jusqu’au moindre détail les circonstances de son assassinat. Sa voix posée, douce, le rendait, le rend encore, plus touchant.
En publiant ce livre, je sentais que devais quelque chose à Said Mekbel.


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Krim Belkacem, le film en tournage - La Dépêche de Kabylie


DRAÂ EL MIZAN DES SÉQUENCES RETRAÇANT UN PAN DE SA VIE, TOURNÉES DIMANCHE DANS LA VILLE

Krim Belkacem, le film en tournage

     
La journée de dimanche dernier restera, à jamais dans la mémoire de nombreux citoyens de la ville de Draâ El Mizan.

En effet, aux environs de midi, venant par la route de Boghni, un important convoi de véhicules,  civiles et militaires, précédé par celui de la gendarmerie qui ouvrait le passage, attira l’attention et la curiosité non seulement des badauds et des nombreux lycéens, mais même ceux qui étaient à l’intérieur des cafés, des restaurants et des magasins qui se mirent de la partie pour contempler ce défilé d’une douzaine de fourgons tollés aux châssis longs, des camions militaires, de véhicules spéciaux ainsi que des voitures de toutes marques, occupées par des hommes et des femmes en tenues civiles. Alors, chacun y allait de sa version. Il fallait donc attendre quelques instants pour que la nouvelle se répande comme une traînée de poudre à travers toute la ville, car les arrivants se sont arrêtés au centre-ville, plus précisément au carrefour de la station service et du café «Markès». En fait, il s’agissait de l’équipe de tournage du film retraçant la vie et le parcours du héros de la révolution, Krim Belkacem, conduite par le réalisateur Ahmed Rachedi. Aussitôt la délégation arrivée, les policiers durent fermer le boulevard Amirouche où sera installé le plateau de tournage, ainsi que la ruelle qui lui est perpendiculaire, une impasse baptisée Rue de la Paix. L’installation du matériel dura presque une heure, alors que les comédiens, ainsi que les figurants choisis parmi les jeunes de la ville commençaient à se concentrer. Pour la première séquence, qui est en fait la douzième du film, l’action se déroule au niveau de la Rue de la Paix, où deux jeeps militaires aux écussons de l’armée française étaient installées, alors que plus loin, au bout de la ruelle, un camion était stationné, tandis que des figurants aux tenues d’anciens harkis se mêlaient aux badauds qui ne voulaient, à aucun prix, rater une telle occasion d’assister à l’événement. «C’est vraiment fantastique. C’est la première fois depuis l’indépendance, alors que j’avais une dizaine d’année, que je revois de telles tenues et de tels véhicules qui me faisaient une peur terrible, et j’en tremble encore à les regardant », nous confie, presque en larmes, un citoyen qui se tenait debout devant un petit salon de coiffure. Pour les jeunes, ce spectacle inédit ne leur rappelle rien, sinon des scènes de cinéma et de télévision. «C’est vraiment fabuleux pour moi qui suis jeune, d’abord, j’ai la chance d’être parmi les figurants, ce qui est très important dans ma vie de désœuvré, ce sera un souvenir impérissable pour mes enfants et mes petits enfants, même si je n’apparaîtrait que dans deux séquences», nous déclare  Nabil, un jeune tout content de participer au tournage.  «C’est Krim Belkacem !» Ce cri fusa de nombreuses poitrines, comme s’il s’agissait d’une apparition divine, lorsque l’acteur principal qui campait le rôle du Lion du Djebel se tint au bout de la ruelle. Tous les yeux étaient braqués sur lui. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, la fascination prenait de l’ampleur. «Silence… ça tourne !», cet ordre se répercuta entre les techniciens et on vit s’avancer l’acteur principal, avant d’être accosté par un homme âgé qui sortait d’une échoppe, tenant deux paniers. Il lui fit remarquer qu’il y a un bon bout de temps qu’ils ne s’étaient pas rencontrés. Ils firent un bout de chemin ensemble. Cette séquence sera refaite trois fois, avant que Ahmed Rachedi ne soit satisfait. Les deux autres séquences seront tournées sur ce même plateau de la Rue de la paix et vont durer un temps interminable, surtout que les figurants n’ont pas l’habitude. Il avait donc fallu plus de trois heures pour mettre en boîte deux minutes de séquences de ce film, qui ont tout de même une très grande importance, d’autant plus qu’il s’agit de la réaction du colonialisme face au mécontentement des jeunes à la suite du truquage des élections de 1947. La quatrième et dernière séquence sera tournée au boulevard Amirouche où était installée la brigade de gendarmerie. Elle durera un peu plus d’une demi-heure, mais ne sera refaite que deux fois. Dans cette séquence, Krim Belkacem et ses amis descendront la rue, du côté de la gendarmerie, alors la patrouille motorisée de l’armée française remontait cette voie, mais sans qu’il n’y eut d’incident, dans l’indifférence la plus totale. Il était plus de dix huit heures quand le réalisateur décida d’arrêter le travail. Toute l’équipe poussa un grand ouf de soulagement, tout en remerciant la population de sa collaboration. Aussitôt, les techniciens commencèrent à ranger leur matériel dans un désordre indescriptible, d’autant plus que les jeunes n’hésitaient pas à saisir cette occasion pour prendre des photos avec les acteurs qui ont tous été ovationnés, à l’image de Malik Hamiche, Hakim Aoudjit, Ali Chikh ainsi que Nacer Mouhaouche. Par ailleurs, pour ce tournage, outre la mobilisation des éléments de la sûreté de daïra, l’aide matérielle de l’ANP a été plus qu’appréciable, de même que la mobilisation d’une ambulance de la protection civile et de nombreux citoyens activant dans le mouvement associatif.